Ghazouani à Kaédi : le langage de l’unité au cœur d’une immersion présidentielle dans le Gorgol

Ghazouani à Kaédi
En se rendant à Kaédi pour une visite d’information et de travail, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani ne s’est pas contenté d’évaluer les réalités du développement local. À travers un message fort sur les langues nationales, il a également esquissé une vision d’unité culturelle, rappelant que la cohésion mauritanienne passe aussi par la capacité des citoyens à se comprendre.
Une visite à forte portée symbolique
Son Excellence le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a quitté Nouakchott dimanche soir à destination de Kaédi, chef-lieu de la wilaya du Gorgol, dans le cadre d’une visite destinée à constater sur le terrain la réalité du développement et des services essentiels.
Cet après-midi, aux environs de 17 H, l’avion présidentiel a atterri sur la piste de l’aéroport de Kaédi, marquant le début de la visite du Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, dans la wilaya de Gorgol.
Malgré la chaleur, le climat était beau et la foule était nombreuse pour accueillir le chef de l’État. À sa descente d’avion, le Président a été reçu par les autorités administratives et locales de la région, ainsi qu’une troupe d’élus, de notables et de cadres politiques.
Le Président a passé plus d’une trentaine de minutes à saluer le cortège de responsables, échangeant des poignées de main et des mots de bienvenue avec les uns et les autres. Puis, il est allé écouter un groupe d’élèves qui ont chanté l’hymne national avant de se diriger vers le gouvernorat en passant en revue de nombreuses personnes venues l’accueillir. La majeure partie des personnes était vêtue en couleur vert et blanc ou brandissait des drapeaux vert/blanc, couleur de l’UDP, un parti de la mouvance présidentielle.

Dans un État où la centralisation a longtemps dominé l’action publique, cette immersion traduit une volonté affichée de rapprocher le pouvoir des citoyens. Cette première étape à Kaédi augure d’une visite présidentielle réussie dans la wilaya de Gorgol.
Le moment linguistique : un message au-delà des mots
Le Président Ghazwani a débuté son discours à la tribune officielle par son regret de ne pouvoir pas s’exprimer dans toutes les langues afin de pouvoir remercier chacun.
C’est toutefois une séquence particulière de son discours qui a retenu l’attention.
Le président Ghazouani a confié qu’il aurait souhaité s’exprimer en pular ou en soninké, langues largement parlées dans cette partie du pays, avant d’ajouter avec une note de gravité que « c’est le destin ». Il a ensuite exprimé l’espoir qu’à l’avenir, chaque Mauritanien puisse parler la langue de l’autre, esquissant ainsi une ambition de rapprochement culturel et humain.
Ce n’est qu’après cette déclaration qu’il a invité son interprète à traduire son discours.
Au-delà de l’anecdote, ce passage revêt une dimension politique profonde. Dans un pays façonné par la pluralité linguistique — arabe, pulaar, soninké et wolof — la question de la langue touche directement aux enjeux d’identité, d’inclusion et de citoyenneté.
En reconnaissant publiquement cette diversité, le chef de l’État semble promouvoir une vision d’unité qui ne nie pas les différences mais cherche à les relier.
Le Gorgol, miroir des défis structurels
Située au sud du pays, la wilaya du Gorgol incarne plusieurs des grands défis mauritaniens : accès aux services de base, développement agricole, gestion de l’eau, emploi des jeunes et réduction des disparités territoriales.
En choisissant de s’y rendre, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani met en lumière une conviction politique de plus en plus perceptible : le développement national ne peut être durable sans une meilleure intégration des régions intérieures.
Voir, écouter et dialoguer sur le terrain permet de dépasser les rapports administratifs pour appréhender les réalités quotidiennes — une méthode qui tend à s’imposer comme marqueur de sa gouvernance.
La proximité comme stratégie politique
Depuis le début de son mandat, le président a multiplié les déplacements à l’intérieur du pays, installant une forme de diplomatie intérieure destinée à renforcer la confiance entre l’exécutif et les populations.
Les rencontres prévues avec les cadres locaux et les représentants des habitants devraient faire émerger des priorités claires :
- amélioration des infrastructures
- renforcement du système éducatif
- accès aux soins
- soutien aux économies locales
Mais ces visites posent une question essentielle : comment transformer l’écoute en résultats tangibles ?
Car la légitimité d’une politique de proximité se mesure moins à la qualité des accueils qu’à la rapidité des transformations visibles.
Langue, cohésion nationale et stabilité
Le message linguistique prononcé à Kaédi pourrait également s’inscrire dans une lecture politique plus large.
Dans les États sahéliens, la cohésion sociale constitue un pilier de la stabilité. Favoriser l’apprentissage mutuel des langues revient symboliquement à réduire les distances invisibles — celles qui séparent parfois davantage que la géographie.
Cette déclaration présidentielle peut ainsi être interprétée comme un appel à renforcer le socle commun mauritanien, non par l’uniformité, mais par la compréhension réciproque.
Entre attentes sociales et impératif de résultats
Les tournées présidentielles créent un moment d’espoir collectif, rappelant aux citoyens que leurs préoccupations peuvent remonter jusqu’au sommet de l’État.
Cependant, dans un contexte régional exigeant, la Mauritanie doit accélérer la mise en œuvre de projets structurants, notamment dans les zones à fort potentiel agricole comme le Gorgol.
Le véritable enjeu reste la continuité :
- assurer le suivi des engagements
- garantir la transparence
- inscrire l’action publique dans une vision territoriale équilibrée
Vers une nouvelle culture administrative ?
Si elle s’accompagne de mécanismes d’évaluation rigoureux, cette démarche pourrait contribuer à transformer la culture administrative vers davantage de redevabilité.
Une visite présidentielle devient réellement structurante lorsqu’elle déclenche :
- des décisions opérationnelles,
- une meilleure coordination des services publics,
- une allocation plus efficiente des ressources.
Le Gorgol pourrait ainsi devenir un laboratoire de cette gouvernance territoriale.
Conclusion : parler pour rassembler
La visite de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à Kaédi dépasse le simple cadre institutionnel. Entre observation du développement local et message fort sur les langues nationales, elle révèle une conception du pouvoir attentive aux réalités sociales autant qu’aux symboles.
Car parfois, la politique se joue aussi dans les mots.
Et en exprimant le souhait que les Mauritaniens puissent un jour parler la langue les uns des autres, le président a peut-être résumé un horizon : celui d’une nation plus proche, plus lisible et plus unie.
Le discours du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani met résolument l’accent sur les piliers essentiels du développement national. Axé sur la consolidation de l’unité nationale et le renforcement de la cohésion sociale, il appelle à un sursaut collectif pour préserver la stabilité du pays. L’éducation y est présentée comme un levier stratégique pour préparer les générations futures, tandis que la moralisation de la vie publique apparaît comme une condition indispensable pour restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions. Par ailleurs, une attention particulière est accordée aux secteurs de l’agriculture et de l’élevage, considérés comme des moteurs de croissance et de sécurité alimentaire. Dans son ensemble, ce discours se veut résolument tourné vers le développement global, en prônant des réformes capables de soutenir une dynamique économique et sociale durable.
Yahya Niane pour Rapide info





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