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Tribune : freiner l’exode des compétences en Mauritanie et reconstruire l’avenir

Dans cette tribune, Abdoulaziz DEME plaide pour une réponse politique à l’exode des compétences en Mauritanie : emplois qualifiés, recrutements fondés sur le mérite, meilleures conditions de travail, recherche, innovation, diaspora et entrepreneuriat.

Abdoulaziz DEME appelle à faire de l’emploi qualifié, du mérite, de la recherche et de la diaspora des priorités pour la Mauritanie.

Mauritanie : reprendre nos cerveaux, reconstruire notre avenir

L’exode des cerveaux n’est plus une simple inquiétude, c’est une réalité nationale.

En Mauritanie, de plus en plus de diplômés, d’ingénieurs, de médecins, d’enseignants et de chercheurs quittent le pays pour l’Europe, les États-Unis ou le Canada, attirés par de meilleures conditions de travail, mais surtout poussés par l’absence de perspectives locales solides .

Cette fuite silencieuse affaiblit notre capacité à bâtir un État moderne, juste et performant.
Il faut le dire clairement : le pays ne perd pas seulement des individus, il perd du capital humain, de l’expérience, de l’innovation et de la souveraineté .

Quand les meilleurs profils partent, ce sont les hôpitaux, les écoles, les administrations, les laboratoires et les entreprises qui s’appauvrissent.

Le développement ne se décrète pas ; il se construit avec des compétences, et ces compétences s’échappent aujourd’hui trop souvent.
Une rupture historique
Pendant longtemps, le diplôme garantissait un avenir professionnel.

Aujourd’hui, cette promesse s’est brisée. Les rapports disponibles montrent que le chômage des jeunes reste élevé en Mauritanie, et qu’il touche particulièrement les personnes les plus qualifiées, notamment les diplômés du supérieur.

Autrement dit, plus on étudie, plus l’insertion devient incertaine.
Cette situation nourrit une frustration profonde. Comment demander à un jeune ingénieur, à une jeune pharmacienne ou à un enseignant formé avec effort de rester, si le pays ne lui offre ni emploi digne, ni reconnaissance, ni environnement de travail adapté ?

L’exode devient alors une réponse individuelle à un problème collectif .

Les causes profondes
L’exode des cerveaux ne s’explique pas par une seule raison. Il résulte d’un ensemble de blocages : faible création d’emplois qualifiés, inadéquation entre formation et marché du travail, faiblesse de l’investissement productif, insuffisance des salaires, manque de transparence dans les recrutements et conditions de travail souvent décourageantes .

À cela s’ajoute un autre facteur majeur : la jeunesse mauritanienne est nombreuse, diplômée, ambitieuse, mais trop souvent laissée en marge des opportunités.

Les données de la Banque mondiale montrent que l’insertion des jeunes dans le marché du travail reste difficile, avec un taux de participation très inférieur à celui de la population active générale .

Lorsque le mérite ne rencontre pas l’opportunité, l’exil devient une tentation.
Une perte nationale
Chaque départ est une perte pour la nation.

Le médecin qui s’installe à l’étranger, l’ingénieur qui construit sa carrière ailleurs, le chercheur qui ne trouve pas de laboratoire chez lui, emportent avec eux un savoir que le pays a contribué à former .

Cette situation crée une contradiction politique et morale : la Mauritanie finance des compétences, mais ce sont d’autres économies qui en récoltent les fruits.
Les conséquences sont concrètes.

Dans la santé, la recherche et l’éducation, les départs fragilisent les services publics.

Dans les secteurs stratégiques comme le numérique, l’énergie, les infrastructures ou l’agriculture, ils ralentissent la transformation du pays. Et dans la société, ils alimentent un sentiment de découragement chez ceux qui restent.
Ce qu’il faut faire
Face à ce défi, le discours ne suffit plus.
Il faut une volonté politique claire, des mesures crédibles et une vision de long terme.

La Mauritanie doit considérer sa diaspora qualifiée non comme une perte définitive, mais comme une force nationale dispersée .

Quelques priorités s’imposent :

Créer des emplois qualifiés dans les secteurs publics et privés.
Réformer les recrutements pour privilégier la compétence et le mérite.

Améliorer les salaires et les conditions de travail dans les métiers stratégiques.
Investir dans la recherche, l’innovation et les formations techniques.

Mettre en place une politique active de retour et de circulation des compétences.

Valoriser les experts de la diaspora à travers des missions, des partenariats et des contrats temporaires.
Soutenir l’entrepreneuriat des jeunes diplômés.

Un choix de souveraineté

L’exode des cerveaux est un signal d’alarme.
Il dit quelque chose de profond sur l’état de nos institutions, de notre économie et de notre rapport à la jeunesse.

Un pays qui laisse partir ses talents sans stratégie de retour se prive lui-même de son avenir.

La vraie question n’est donc pas seulement : pourquoi partent-ils ?

Elle est aussi : que faut-il changer pour qu’ils puissent revenir, servir et construire ici ?

C’est à cette réponse que se mesure la maturité d’une nation.
La Mauritanie ne manque pas de talents.

Elle manque encore trop souvent de conditions pour les retenir. Et c’est précisément là que se joue l’avenir politique du pays.

Abdoulaziz DEME
Vice-président PAREN VE
Le 30 Août 2026

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