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Former, travailler, produire : le pari de la jeunesse – Rapide info

Découvrez l'éditorial d'Ahmed Ould Bettar sur l'appel du président Ghazouani en Adrar et Inchiri : former, travailler, produire pour l'avenir de la jeunesse mauritanienne.

Il y a des discours qui passent avec la poussière des tournées officielles, et d’autres qui posent une exigence. L’appel lancé par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, à Chinguitty, Ouadane puis Akjoujt, au fil de son déplacement dans l’Adrar et l’Inchiri, appartient à la seconde catégorie. Il tient en trois verbes, former, travailler, produire, et il en fait la clé d’un pays qui veut cesser de subir son destin pour le fabriquer.

Le chef de l’État a demandé à la jeunesse de s’investir dans la formation, le travail et la production, et de convertir ses énergies en force productive au service de l’économie nationale. À Akjoujt, il est allé plus loin en affirmant que la jeunesse est la véritable richesse du pays et qu’il lui revient de transformer les ressources nationales en prospérité réelle. Il a aussi invité les Mauritaniens à donner au travail une place centrale dans le système de valeurs, jusque dans les comportements quotidiens.

L’idée dépasse le registre économique. Elle touche à quelque chose de plus profond : un rapport au travail, à l’effort, à la dignité que procure un salaire gagné plutôt qu’attendu. Dans un pays où le diplôme a longtemps fait figure de titre de rente, où l’administration a longtemps paru le seul horizon respectable, dire que le travail doit devenir le fondement des relations sociales est presque un programme culturel.

Encore faut-il que l’offre suive l’exhortation. Sur ce terrain, le président avance des chiffres. Selon lui, les établissements de formation technique et professionnelle accueillent désormais quelque 23 000 apprenants, contre environ 5 000 en 2019, et des milliers d’emplois ont été créés. La progression est réelle et mérite d’être saluée. Mais je ne dois pas me contenter de saluer : je dois demander où ces jeunes formés trouveront leur place. Une formation qui ne débouche sur aucun poste fabrique de la frustration, non de la compétence.

C’est là que le second volet de l’appel prend tout son sens. À Ouadane, le président a invité le secteur privé à investir davantage dans les villes de l’intérieur, notamment dans le tourisme, afin de créer des emplois pour les jeunes et de fixer les populations sur leurs terres. Il a résumé le défi ainsi : une fois les routes tracées et les services de base assurés, il reste à bâtir un tissu économique capable de retenir les habitants. Le diagnostic est juste. Je désenclave une ville avec du bitume, je la fais vivre avec des entreprises.

La réussite dépendra donc d’une alliance que personne ne peut conduire seul. À l’État, le devoir d’adapter les cursus aux besoins réels, de faciliter l’accès au crédit, de garantir un climat d’affaires lisible. Au secteur privé, celui de prendre des risques hors de Nouakchott et de Nouadhibou, et d’embaucher les diplômés locaux plutôt que de les regarder partir. À la jeunesse enfin, celui de saisir la main tendue sans attendre que tout soit parfait, car aucune économie ne se construit sur la seule attente.

Je pourrai objecter que les appels ne créent pas d’emplois. C’est vrai, et c’est la limite de tout discours. Mais un appel bien posé fixe un cap, et un cap permet de mesurer. Dans un an, je pourrai demander combien de jeunes de l’Adrar et de l’Inchiri sont passés de la salle de formation à l’atelier, à la coopérative, au chantier. Ce sera le seul vrai juge de paix.

En attendant, retenons l’essentiel : le pays dispose d’une jeunesse nombreuse, de ressources minières et agricoles, d’un discours cohérent. Il lui reste à faire coïncider les trois. Former, travailler, produire : la formule est simple. Sa mise en œuvre l’est beaucoup moins, et c’est à elle que sera jugée l’ambition.

Ahmed Ould Bettar- Rapide info

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