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Face aux massacres en Iran, le silence coupable du monde arabe « 

Alors que le régime iranien réprime dans le sang les manifestations populaires, le monde assiste à une nouvelle montée de la violence d’État contre des civils sans défense.

Des ONG et des instances internationales évoquent des crimes contre l’humanité, commis au nom d’une prétendue légitimité religieuse et d’intérêts géopolitiques.
Les pays arabes, qui se réclament de la solidarité islamique, peuvent-ils continuer à détourner le regard quand des femmes, des jeunes et des personnes âgées tombent sous les balles et la potence .

Depuis plusieurs mois, l’Iran est secoué par une vague de contestation profonde, née de décennies de répression politique, de discriminations et de crise économique.
Face à ces mobilisations, les autorités ont choisi la voie de la brutalité systématique : usage de munitions réelles contre les manifestants, arrestations massives, procès expéditifs et exécutions.

Des organisations de défense des droits humains ont documenté des centaines, voire des milliers de morts, dont des enfants et des adolescents, ainsi que des milliers de détenus soumis à des mauvais traitements.

Cette violence s’inscrit dans une longue histoire de répression en Iran, marquée par les exécutions de prisonniers politiques dans les années 1980, les massacres de 1988 et la répression sanglante des mouvements de protestation de 2009, 2019 et 2022.

Des experts indépendants mandatés par l’ONU ont déjà qualifié certains de ces actes de crimes contre l’humanité, et évoquent même la notion de génocide pour certaines périodes et catégories de victimes.

Aujourd’hui, a ce mois de janvier 2026 la répression des manifestations s’ajoute à ce bilan et fait craindre une nouvelle tragédie de masse.
Ce qui choque particulièrement une grande partie de l’opinion publique musulmane est le contraste entre le discours religieux du pouvoir iranien et ses pratiques meurtrières envers son propre peuple.

Au nom de la défense de l’« oumma » et de la lutte contre l’Occident, le régime prétend incarner l’islam tout en ordonnant la répression de civils désarmés, parmi lesquels des femmes et des mineurs réclamant dignité et justice.
Cette instrumentalisation du religieux pour justifier la violence politique porte atteinte à l’image de l’islam et scandalise de nombreux croyants, en Iran comme dans le reste du monde.

Pourtant, dans une grande partie du monde arabe, les réactions officielles demeurent timides, prudentes ou purement symboliques.

En public, certains gouvernements se disent préoccupés par les violations des droits humains, mais en coulisses, les calculs géopolitiques, les rivalités régionales et les intérêts économiques l’emportent sur la défense des populations opprimées.

Cette priorité accordée aux alliances fluctuantes, aux échanges commerciaux ou aux équilibres sécuritaires se traduit par une forme de silence complice vis‑à‑vis des victimes iraniennes.
L’argument souvent avancé est celui de la non ingérence : ne pas se mêler des « affaires intérieures » d’un autre pays de la région.
Mais lorsque les forces de sécurité tirent à balles réelles sur des manifestants, lorsque des tribunaux prononcent des peines capitales à l’issue de procès iniques, il ne s’agit plus d’un simple débat politique interne, mais de violations graves et répétées du droit international.

Fermer les yeux, c’est envoyer au régime iranien le message que la répression peut continuer sans véritable coût diplomatique.
Les États arabes disposent pourtant de plusieurs moyens d’action non militaires pour peser sur le comportement de Téhéran.

Ils peuvent, au minimum, adopter un langage clair de condamnation des exécutions sommaires et des tirs contre les civils, soutenir les mécanismes d’enquête de l’ONU et conditionner leurs coopérations à des engagements concrets en matière de droits humains.

Ils peuvent aussi ouvrir davantage leurs médias et leurs espaces publics aux voix de la société civile iranienne, afin de briser le black‑out informationnel imposé par le pouvoir.
Au delà des gouvernements, les opinions publiques, les organisations religieuses, les intellectuels et les médias arabes ont un rôle crucial.

En mettant en lumière les récits des familles de victimes, en relayant les appels des défenseurs des droits humains et en rappelant les principes islamiques de justice, de dignité et de protection des faibles, ils peuvent créer une pression morale difficile à ignorer.

Pour de nombreux Iraniens, voir leurs voisins arabes refuser clairement la violence d’État serait un signal fort de solidarité et d’espoir.

Les crimes commis en Iran ne concernent pas seulement les Iraniens, mais toute une région qui se revendique de valeurs communes et d’une même foi.

Quand un pouvoir qui se dit « islamique » exécute des opposants, des femmes, des personnes âgées et des enfants, c’est l’idée même de justice et de fraternité au cœur du message religieux qui est trahie.

Aux pays arabes de décider si leur silence continuera d’alimenter cette trahison, ou si, au contraire, ils choisiront d’élever enfin la voix pour défendre la vie et la dignité du peuple iranien.
Abdoulaziz DEME
Le 16 janvier 2026

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