Face à la crise sanitaire, les saisonniers étrangers en attente aux frontières

Face à la crise sanitaire, les saisonniers étrangers en attente aux frontières

Le contexte sanitaire a rallongé les procédures de demandes de visa pour les salariés hors Union Européenne. Un casse-tête pour les producteurs du bassin nantais, toujours à la recherche de bras.

Pour la cueillette du muguet dans le bassin nantais, 7 000 contrats courts sont proposés à des saisonniers. | FRANCK DUBRAY OUEST-FRANCE

Ouest-France  Estelle DAUTRY.

L’an dernier, la saison du muguet a été catastrophique. Confinement et fermetures des commerces avaient mis à mal la saison 2020, sans compter qu’une partie des saisonniers n’avaient pas pu venir. Alors, pour ce printemps, les producteurs nantais, qui produisent 90 % du muguet français, ont voulu anticiper. La deuxième quinzaine d’avril, ils proposent jusqu’à 7 000 contrats de travail. 

 ​Avec le muguet, un peu comme pour les vendanges, ce sont majoritairement des saisonniers qui reviennent d’une saison à l’autre. En fonction des dates des vacances scolaires, nous avons aussi plus ou moins d’étudiants », ​décrit Antoine Thiberge, directeur de la fédération des maraîchers nantais. 

Un protocole administratif alourdi

Dans l’agriculture, les saisonniers représentent 40 000 à 50 000 salariés au mois d’avril, 100 000 à partir du mois de mai. La main-d’œuvre locale ne suffit pas à combler les besoins, les producteurs ont également recours à des saisonniers venus de l’étranger, notamment du Maghreb.

« Cette année, le recrutement est plus compliqué. Il y a la mise en place des laissez-passer saisonniers et la réorganisation des services de la Direccte (Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi), qui intervient au 1er avril », ​ ajoute Antoine Thiberge.

Les demandes déposées il y a un mois auprès de la Direccte, pour faire venir des saisonniers étrangers (hors Union Européenne), n’ont toujours pas abouti.

Il y a clairement eu des ratés au démarrage. Des difficultés qui s’entendent car, au lieu d’avoir une procédure nationale, l’instruction a été confiée à l’échelon départemental ou régional. Le dossier est instruit par la Direccte, le protocole sanitaire est, lui, validé par l’ARS (Agence régionale de santé)… », décrit le directeur de la fédération des maraîchers nantais.

Des avions affrétés par les producteurs du Vaucluse

Dans le Vaucluse, les producteurs ont pris les devants depuis plusieurs mois. Une fois un accord trouvé avec la préfecture du département des Bouches-du-Rhône, pour la mise en place d’une dérogation pour les saisonniers venus du Maroc et de Tunisie, les producteurs ont eux-mêmes affrété des avions, via la FDSEA, l’antenne départementale du syndicat majoritaire.

La procédure est longue, il y a environ un mois de délai avec la préfecture. Une fois le dossier validé, nous affrétons un avion pour un vol jusqu’à Marseille, puis un bus pour Avignon. Nous avons fait venir comme cela 800 saisonniers depuis décembre », ​assure Sophie Vache, présidente de la FDSEA du Vaucluse.

Viticulture, puis maraîchages (asperges, fraises, salades, et melon à la fin du printemps).

Billets d’avion, frais de dossier (environ 400 à 500 € par salariés), tout cela est à la charge des producteurs. Sans compter qu’il faut présenter un test PCR négatif avant le départ, et de nouveau à l’arrivée en France, et que les producteurs doivent s’assurer d’avoir un lieu où les salariés peuvent être isolés en cas de contamination.

Un surcoût mais une main-d’œuvre indispensable pour ces agriculteurs. Ce sont des salariés qui viennent pour la plupart depuis longtemps, qui ont un vrai savoir-faire, ils sont formés et autonomes »,​ajoute Sophie Vache.

L’organisation a déjà prévu d’affréter un avion par mois jusqu’au mois d’août, de quoi faire venir 200 à 300 saisonniers supplémentaires par mois. Si les conditions sanitaires restent inchangées, en France comme au Maghreb.

Ouest-France