Actualités économiques détailléesAfriqueEnergie

Énergie : l’Autriche cherche en Afrique une alternative au GNL américain

GNL
Dans un contexte de réorganisation des flux gaziers européens et de sortie progressive du gaz russe, Vienne mise sur la diversification des approvisionnements et le développement des énergies renouvelables pour sécuriser son approvisionnement et stabiliser les prix.
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Publié le 19/02/26 à 18:55

La secrétaire d’État autrichienne à l’Énergie, Elisabeth Zehetner, a annoncé le 18 février dernier, lors d’une réunion de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à Paris, que l’Autriche envisage de réduire sa dépendance excessive au gaz naturel liquéfié (GNL) américain en se tournant vers l’Afrique. Cette stratégie repose sur deux axes : diversifier les importations de gaz depuis le continent africain, dont les capacités d’exportation augmentent rapidement, et accélérer le développement des énergies propres.

Importations de gaz africain accrues
La décision s’inscrit dans la dynamique européenne de sortie progressive du gaz russe d’ici 2027, engagée après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Depuis le début de l’année 2025, l’Autriche n’importe plus de gaz en provenance de Russie. Toutefois, cette rupture a entraîné un basculement massif vers le GNL américain. En 2025, les États-Unis ont représenté plus de 77% des importations européennes de GNL, contre 57,64% en 2024, selon S&P Global.

Pour les autorités autrichiennes, cette évolution représente un défi stratégique comparable à celui qu’a posé la Russie par le passé. La responsable a souligné l’incertitude des États-Unis dans le contexte politique actuel : « Les États-Unis ne sont pas prévisibles en ce moment, c’est pourquoi l’Autriche veille de très près à s’assurer qu’elle dispose de GNL provenant de différentes sources », a-t-elle précisé.

Dans cette perspective, Vienne prévoit d’accroître ses importations de gaz africain via le gazoduc Transmed, qui relie l’Afrique du Nord à l’Italie. Le pays souhaite également renforcer ses approvisionnements depuis le champ gazier Neptun Deep, en mer Noire, développé par l’entreprise autrichienne OMV, dont la production devrait débuter en 2027. L’Autriche importe déjà du gaz de Norvège, du Qatar et des États-Unis, mais l’objectif est désormais de réduire la concentration des sources.

En parallèle, les responsables autrichiens insistent sur le rôle central des énergies renouvelables, une source domestique, plus fiable et moins coûteuse à produire. Le consensus exprimé lors de la réunion de Paris est que le gaz restera nécessaire pour la stabilité des réseaux pendant de nombreuses années, mais que la priorité doit être donnée à l’électricité renouvelable pour réduire structurellement les importations.

Un potentiel africain en forte croissance
La stratégie autrichienne prend une dimension particulière au regard de la dynamique africaine. L’Algérie, d’où part le gazoduc Transmed, travaille activement à dynamiser l’exploration pour doper sa production de gaz afin de contrer l’arrivée à maturité de ses champs, mieux répondre à la demande domestique et se positionner davantage sur celle de l’Europe.

D’autres options comme le GNL s’offrent. En effet, d’après des prévisions réalisées par Fitch Solutions en août 2025, les exportations de GNL d’Afrique subsaharienne devraient passer de 35,7 milliards de mètres cubes en 2024 à 98 milliards en 2034, soit une hausse de 174,5%. Cette croissance sera principalement portée par le Nigeria et le Mozambique, mais aussi par l’entrée sur le marché de nouveaux producteurs comme la Mauritanie et le Sénégal.

Par ailleurs, certains pays, notamment le Congo et le Gabon, renforcent leurs capacités grâce à des projets d’unités flottantes de liquéfaction.

Cette montée en puissance africaine ouvre une possibilité concrète de diversification pour l’Europe, à un moment où les flux russes disparaissent et où la dépendance américaine devient politiquement sensible. Elle permet aussi d’envisager une répartition plus équilibrée des importations entre plusieurs régions productrices, réduisant ainsi les risques liés à un choc géopolitique ou à une décision unilatérale d’un fournisseur dominant.

Olivier de Souza, Agence Ecofin

Rapide info avec latribune.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires