En Tunisie, manifestation « contre le coup d’Etat » du président Kaïs Saïed

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En Tunisie, manifestation « contre le coup d’Etat » du président Kaïs Saïed

Malgré un filtrage et beaucoup de contrôles, plus de 5 000 personnes, selon les observateurs, ont afflué vers l’avenue Bourguiba. Selon une source policière, elles étaient au moins 3 000 au début du rassemblement, et la foule a continué de grossir.

Malgré un filtrage et beaucoup de contrôles, plus de 5 000 personnes, selon les observateurs, ont manifesté, dimanche 10 octobre, dans le centre de Tunis pour dénoncer le coup de force du président Kaïs Saïed, qui s’est arrogé les pleins pouvoirs fin juillet. Selon une source policière, elles étaient au moins 3 000 au début du rassemblement, et la foule a continué de grossir.

« Je suis venu en tant que démocrate et partisan de Moncef Marzouki », l’ex-président tunisien (2011-2014) qui réside à Paris, a confié à l’Agence France-Presse (AFP) un quinquagénaire, en achetant un petit drapeau à un vendeur avant de rejoindre la manifestation à l’appel de différentes formations opposées au président, dont le parti d’inspiration islamiste Ennahda.

Toute une portion de l’avenue Bourguiba était néanmoins interdite aux manifestants. Des check-points ont été mis en place aux extrémités avec contrôle des sacs et filtrage des manifestants. Certains se sont plaints de manœuvres d’intimidation des policiers pour les empêcher d’avancer. Une voix dans la foule a protesté à l’adresse des contrôles policiers : « Le rassemblement est bloqué, honte sur vous. »

« La révolution ne meurt pas »

Le gros des protestataires se sont massés devant le théâtre municipal et dans la partie de l’avenue Bourguiba couverte d’arcades qui mène à la médina. « Le peuple contre le coup d’Etat », « Elève la voix, la révolution ne meurt pas », ont crié les manifestants, dont beaucoup d’hommes et femmes qui se sont identifiés comme sympathisants d’Ennahda, la bête noire du président Saïed.

Après des mois de blocage politique et en pleine grave crise socio-économique et sanitaire, M. Saïed a invoqué le 25 juillet un « péril imminent » pour limoger le premier ministre, suspendre les activités du Parlement et reprendre en main le pouvoir judiciaire.

Après deux mois d’incertitudes, le 22 septembre, il a promulgué un décret qui officialise la suspension de plusieurs chapitres de la Constitution et instaure des « mesures exceptionnelles », censées être provisoires, le temps de mener des « réformes politiques », dont des amendements à la Constitution de 2014.

En attendant, le président a maintenu le gel du Parlement – et les salaires des députés –, légifère lui-même par décrets et préside le conseil des ministres. Le 29 septembre, il a nommé la scientifique Najla Bouden comme premier ministre et la formation d’un nouveau gouvernement est attendue d’un jour à l’autre.

Après le coup de force du président, des organisations tunisiennes et internationales ont critiqué un « accaparement du pouvoir » et dit craindre pour les droits et libertés publiques.

Le Monde avec AFP