Discours du ministre des Affaires étrangères, Nikos Dendias, lors de la manifestation organisée par le RUSI

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Discours du ministre des Affaires étrangères, Nikos Dendias, lors de la manifestation organisée par le RUSI sur le thème « Le renforcement de la sécurité et de la stabilité en Europe et en Méditerranée – Enhancing Security and Stability in Europe and the Mediterranean » (Londres, 25 octobre 2021)Discours du ministre des Affaires étrangères, Nikos Dendias, lors de la manifestation organisée par le RUSI sur le thème « Le renforcement de la sécurité et de la stabilité en Europe et en Méditerranée – Enhancing Security and Stability in Europe and the Mediterranean » (Londres, 25 octobre 2021)

Merci beaucoup, Lord Ricketts, pour votre aimable introduction.

Mesdames et Messieurs,

C’est, si je puis me permettre, un grand plaisir d’être de retour à Londres.

Comme certains d’entre vous le savent peut-être, j’ai fait ici mes études post-universitaires. C’est la seule ville au monde, à l’exception d’Athènes, où je me sens tout à fait chez moi.

Et, bien sûr, c’est un grand honneur de m’adresser à un public aussi distingué au sein  d’un groupe de réflexion prestigieux.

Plus tôt dans la journée, j’ai rencontré mon homologue Liz Truss et j’ai eu l’occasion de souligner l’énorme importance que nous attachons à notre relation bilatérale. Et, bien sûr, nous avons discuté de toutes les questions régionales. Comme vous avez eu la gentillesse de nous le rappeler, Lord Ricketts, il y en a un très grand nombre.

Nous avons également pu aborder les nombreuses choses qui nous lient à travers l’histoire. Nous partageons les mêmes valeurs. Nous sommes des nations maritimes, nous attachons une importance particulière au respect du droit international, une importance particulière au droit international de la mer.

De nombreux Britanniques nous rendent visite chaque année, de nombreux Britanniques vivent en Grèce, mais aussi, il y a une énorme communauté grecque et chypriote grecque ici au Royaume-Uni.

Nous avons combattu ensemble lors de deux guerres mondiales et, je dois dire que, historiquement, nos dirigeants ont souvent été proches les uns des autres. Je peux citer en exemple Eleftherios Venizelos et David Lloyd George.

Mais j’espère que ma visite ici au Royaume-Uni ne sera pas une occasion de parler du passé, mais de l’avenir et, espérons-le, d’un avenir commun, à travers l’établissement d’une relation pour l’ère post-Brexit.

Aujourd’hui, nous avons pu faire un petit pas dans cette direction. Nous avons signé un accord-cadre entre la Grèce et le Royaume-Uni. Il fournit le contexte dans lequel la coopération bilatérale peut encore s’épanouir. Dans de nombreux domaines tels que la politique étrangère, la défense, le commerce, le tourisme, les affaires maritimes et la culture, qu’il ne faut pas oublier car elle constitue un pilier important de la politique étrangère de la Grèce.

Nos objectifs sont assez simples. Promouvoir la paix, la stabilité, créer des conditions de prospérité.

La Grèce se trouve au carrefour de deux régions qui ont connu les conflits les plus sanglants et les plus brutaux de ces 100 dernières années : les Balkans, « la poudrière de l’Europe », et le Moyen-Orient.

Notre objectif est de faire en sorte que les fantômes du passé ne reviennent pas dans ces régions fragiles. Qu’on les appelle fantômes des Balkans, fantômes néo-ottomans ou fantômes islamistes, ce sont des fantômes qui nous hantent encore. Et c’est une partie du monde qui peut très facilement se laisser piéger par sa propre histoire.

Malheureusement, il y a aussi des fauteurs de troubles régionaux qui tentent de faire revivre ces fantômes dont nous parlions. L’un d’entre eux, par exemple, menace la Grèce de guerre si elle exerce ses droits souverains. Vous savez tous que la Turquie a émis depuis la fin des années 90 un casus belli contre la Grèce. En niant le droit inhérent des îles à avoir des eaux territoriales au-delà de 6 miles, une zone économique exclusive et un plateau continental.

Nous, la Grèce, avons choisi une voie tout à fait différente. Nous essayons de nouer des partenariats, nous concluons des accords conformément aux dispositions du droit international. Nous avons signé des accords de délimitation avec l’Italie, avec l’Égypte. Nous sommes parvenus à un accord commun avec l’Albanie en vue de saisir de cette question la Cour internationale de justice.

Et, nous avons aussi conclu d’autres accords. Avec la France, comme vous avez eu la gentillesse de le mentionner.

Mais aussi, je dois le dire, avec les Émirats arabes unis, ce qui a été vraiment un peu moins remarqué que l’accord avec la France. En outre, tout récemment, nous avons déployé des missiles défensifs en Arabie saoudite, après un accord visant à protéger toutes les installations.

Nous pensons que ces accords renforcent l’Alliance atlantique, en améliorant les capacités européennes et en contribuant à un partage plus équitable des charges de part et d’autre de l’Atlantique. Comme vous le savez, nous sommes l’un des rares pays à dépenser plus de 2 % de notre PIB pour notre défense. Actuellement, nous sommes proches de 2,8 %, si je me souviens bien du chiffre.

En outre, il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion de signer ce que nous considérons comme un accord historique avec les États-Unis. Parce que nous sommes pleinement engagés dans le renforcement des liens transatlantiques.

Au cours des deux dernières années, le gouvernement de mon Premier ministre, de Kyriakos Mitsotakis, a signé plus d’accords que tous les gouvernements grecs précédents au cours des quatre dernières décennies.

De même, nous avons renforcé nos relations avec des pays du monde entier. Nous nous concentrons sur cinq cercles concentriques qui se renforcent mutuellement et qui, permettez-moi de le souligner, sont tous très importants pour nous.

Tout d’abord, l’Europe. Pour nous, l’Europe signifie bien sûr aussi la Grande-Bretagne. Mais, il y a un dicton populaire qui dit « Fog in the Channel, Continent cut off », c’est-à-dire que quand il y a du brouillard sur la Manche, le Royaume-Uni est isolé du continent. Nous pensons que le soleil brille toujours et qu’il ne devrait pas y avoir de brouillard sur la Manche. Notre objectif est de renforcer nos relations avec le Royaume-Uni, nous pensons qu’elles ont été un peu négligées.

De même, bien sûr, nous tenons beaucoup à renforcer nos relations au niveau bilatéral avec nos partenaires de l’Union européenne, ainsi qu’avec les voisins orientaux de l’Europe.

Notre deuxième cercle est celui du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. En l’espace de quelques semaines, j’ai rencontré mes homologues d’Israël, des Émirats, d’Oman, de Libye, d’Égypte, de Bahreïn, du Koweït, d’Algérie, de Tunisie, et je vais recevoir le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe à Athènes après l’avoir rencontré il y a quelques semaines. Il vient vendredi. Nous renforçons nos relations avec tous ces pays. Des relations plus anciennes, comme avec l’Égypte et la Jordanie, et des relations plus récentes, comme avec la Tunisie, l’Algérie et l’Irak. De manière bilatérale, ou par le biais de dispositifs multilatéraux, aux côtés de la République de Chypre, notre nation frère. La raison en est très simple : la stabilité autour de ces pays signifie la stabilité pour la région, la stabilité pour nous. Permettez-moi de prendre un exemple : la Libye, dans le système politique grec des années 2010, semblait un pays très éloigné. C’était malheureusement une approche à très courte vue et géographiquement erronée. La Libye n’est qu’à vingt minutes de vol de la Crète. Les problèmes dans la région sont donc revenus nous hanter.

Le troisième cercle pour nous est celui des Balkans occidentaux. Nous voulons une perspective européenne pour les Balkans occidentaux. Et nous disons clairement à tous les acteurs qu’ils doivent intensifier leurs efforts. Les Européens doivent offrir aux pays des Balkans occidentaux une perspective d’adhésion claire. Permettez-moi de m’expliquer. Je ne parle pas de leur adhésion à l’Union européenne demain. Mais je parle d’une perspective très claire qui servirait d’incitation à ces pays. Ils doivent accélérer le rythme des réformes ; ils doivent respecter leurs engagements internationaux, car l’alternative est sombre. Sans une telle perspective de la part de l’Europe, d’autres qui veulent remonter le temps, combleront, si ce n’est déjà fait, le vide.

Quatrièmement, nous croyons certainement à un partenariat transatlantique fort. Notre relation, la relation de la Grèce avec les États-Unis a atteint un niveau sans précédent. Nous restons des alliés dévoués à la cohésion de l’OTAN et nous nous efforçons de la préserver.

Et notre cinquième cercle est le monde en général. Nous sommes conscients que nous ne faisons pas le poids. Mais nous pensons que les défis tels que le changement climatique, les migrations, la cybercriminalité et la liberté de navigation doivent être relevés au niveau mondial. Nous avons réalisé donc des progrès dans nos relations avec des pays avec lesquels nous partageons les mêmes valeurs, les mêmes principes et la même compréhension. Beaucoup de ces pays sont d’ailleurs membres du Commonwealth : l’Australie, le Ghana, le Rwanda, que je vais visiter la semaine prochaine. Je pense que je serai le premier ministre grec à visiter le Rwanda. Et je dois dire que nous nous intéressons énormément à la plus grande démocratie du monde, l’Inde. Nous pensons que nous devons axer notre attention sur les relations avec l’Inde et les renforcer. Et nous entretenons également des relations avec les pays avec lesquels l’Occident est confronté à de nouveaux défis. Car nous pensons que même si nous avons des différences, nous devons maintenir des canaux de communication ouverts. Avec la Russie, nous avons des liens historiques de longue date et de toutes sortes. Et aussi avec la Chine, dont le ministre des affaires étrangères, M. Wang, viendra à Athènes mercredi.

Mesdames et Messieurs,

Comme je vous l’ai déjà dit, nous n’essayons pas de jouer dans la cour des grands. Mais, face aux défis de la région, et face aux défis internationaux, nous ne pouvons pas rester inactifs. Nous devons tendre la main à ceux qui partagent notre vision du monde et c’est la raison pour laquelle je suis ici aujourd’hui à Londres.

Merci beaucoup de votre attention.

Source : mfa.gr