
Dialogue ou Loya Jourga ?
Nos concitoyens ne se souviennent pas d’avoir vu nos voisins organiser des conférences ethniques ou Loya Jourga pour établir un pacte républicain afin de renforcer l’unité nationale dans leurs pays.
Jamais, pour une raison simple. La lRépublique ne peut être confondue avec les particularismes et idéologies ethnicistes et racistes.
Cela dit, il est triste de voir que les partis politiques négro-mauritaniens, en particulier les nationalistes poulo-toucouleurs, ne défendent que les intérêts de leurs ethnies et de leur race, tout en prétendant être vertueux, exemplaires et exempts d’ethnicisme ou de racisme.
En accusant l’État et leurs nombreux contradicteurs de racisme, les FLAM, l’AJD, l’UFP et l’ONG IRA ont réussi à déclasser l’esprit républicain pour mettre en avant leur logique ethniciste et communautariste. En réalité, les nationalistes pulaars ont pour seul but d’établir un État multinational en Mauritanie, en dynamitant son arabité qui sera diluée dans la pluralité ethnique institutionnelle.
Mais les partis politiques, y compris le parti au pouvoir, INSAF, ont été intimidés, ce qui a étouffé le débat contradictoire et empêché l’entente nationale.
Honnêtement, si l’on ne montre aucun engagement clair ni une lutte assumée pour convaincre du bien-fondé et de la pertinence de ses idées, à quoi ressemblerait alors l’exercice politique ?
Ce serait un patchwork explosif, un cocktail Molotov : promouvoir la République et tolérer l’ethnicisme, soutenir la cohésion nationale et encourager la bantoustanisation linguistique, œuvrer pour l’unité nationale et préparer le lit de la désintégration nationale.
Si jamais une Loya Jourga était mise sur pied pour permettre aux représentants des ethnies et des races de formuler et d’obtenir des concessions à caractère particulariste, ce serait alors une étape préalable à la revendication publiquement assumée du partage millimétré du pouvoir entre les différentes ethnies nationales : 25 % pour les Poulo-Toucouleurs, 25 % pour les Soninkés, 25 % pour les Wolofs et 25 % pour les Beïdanes, incluant les Harratines.
Soyons clairs, dans le monde, en particulier dans les pays arabes, il y a des États qui ont opté pour le confessionalisme institutionnel : au Liban (entre maronites, chiites et sunnites), ainsi qu’en Irak (entre Arabes sunnites, Arabes chiites et Kurdes). La situation dans ces pays est vraiment précaire. Le spectre de la guerre civile plane en permanence sur eux.
Donc, est-ce préférable d’adopter ce modèle d’État demain lors de la prochaine Loya Jourga, ou plutôt le modèle sénégalais, ou les nationalistes pulaars n’ont pas réussi à mettre en place l’ethnicisme à la rwandaise ?
Faut-il craindre l’étiquette de cafards, racistes ou chauvins pour combattre les mauvaises idées qui perpétuent la division et la mort de la République ?
À l’avance et à l’attention des conseilleurs et des dialogueurs, il faut rappeler que ‘le passif humanitaire’ n’est qu’une excuse. Le véritable problème, qui alimentera les questions qui seront soulevées, réside dans l’aspiration des nationalistes pulaars à exercer un contrôle total ou partiel sur l’État mauritanien au nom de la race noire. Ni le coup d’État des officiers poulo-toucouleurs en 1987, ni le conflit avec le Sénégal en 1989 ne contredisent cette affirmation.
L’heure du patriotisme, le vrai, a sonné. Que tous, hommes et femmes politiques, prennent cette question à bras-le-corps !
Ely Ould Sneiba
Le 25 mars 2026



