Dialogue national : Ghazouani, le choix de la responsabilité et de la stabilité
Le dialogue national initié par le président Ghazouani s’inscrit dans une vision de stabilité, de responsabilité politique et de réforme progressive de l’État.

Dialogue national : le choix de la responsabilité et de la stabilité
Contrairement aux lectures soupçonneuses qui entourent le dialogue national engagé par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, cette initiative ne traduit ni un aveu d’échec ni une capitulation politique. Elle relève au contraire d’un choix de responsabilité, assumé dans un contexte régional et national complexe, où la stabilité demeure une valeur cardinale.
Lancer un dialogue depuis le sommet de l’État ne signifie pas reconnaître l’impuissance du pouvoir, mais affirmer une méthode de gouvernance moderne, fondée sur l’anticipation plutôt que sur la crise, sur la concertation plutôt que sur la confrontation.
Dans une région marquée par les coups d’État, les violences politiques et les transitions chaotiques, la Mauritanie fait figure d’exception. Le dialogue s’inscrit dans cette continuité : préserver l’ordre constitutionnel tout en l’améliorant, sans rupture brutale ni aventure institutionnelle.
Un dialogue non pas par faiblesse, mais par maturité politique
Affirmer que le dialogue expose le pouvoir ou qu’il lui ferait perdre le contrôle revient à méconnaître la logique même de l’État. Aucun dialogue sérieux ne signifie abdication de l’autorité. Il s’agit plutôt d’un exercice de maturation politique, où l’État reste garant de l’unité nationale tout en acceptant d’entendre les sensibilités diverses.
Le président Ghazouani n’ouvre pas un dialogue parce que la situation serait « intenable », mais parce qu’il considère que le consensus est plus solide que l’imposition, et que les réformes durables se construisent avec les acteurs politiques et sociaux, non contre eux.
C’est précisément cette approche graduelle qui distingue la Mauritanie d’autres pays où les dialogues improvisés ont servi de prélude au chaos.
Une nation plurielle, mais une Mauritanie indivisible
La thèse des « deux Mauritanie » mérite d’être nuancée. Reconnaître des disparités sociales, historiques ou culturelles ne signifie pas admettre une fracture ontologique de la nation.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président Ghazouani a multiplié les signaux en faveur :
•de la cohésion nationale,
•de la lutte contre les discriminations,
•de l’inclusion sociale,
•et du renforcement de l’égalité devant l’État.
Réduire la réalité mauritanienne à une opposition binaire entre une Mauritanie dominante et une Mauritanie marginalisée risque d’essentialiser les identités et de figer les clivages. Le dialogue national vise précisément à dépasser ces lectures conflictuelles, non à les consacrer.
La nation mauritanienne est diverse, certes, mais elle est une. Et l’État n’a jamais cessé d’en être le cadre commun.
Parti au pouvoir et pluralisme : une évolution encadrée, pas une illusion
Lorsque le président affirme que le parti au pouvoir ne doit pas gagner automatiquement les élections, il ne s’agit ni d’un slogan ni d’un reniement de l’État, mais d’une affirmation de confiance dans les institutions.
La démocratie ne se construit pas contre les partis majoritaires, mais par :
•le respect des règles électorales,
•la consolidation des institutions,
•l’amélioration progressive des mécanismes de contrôle.
Sous Ghazouani, la Mauritanie a connu :
•des élections pluralistes,
•une opposition représentée,
•une liberté d’expression plus large qu’auparavant,
sans que l’État ne bascule dans l’instabilité.
Le pluralisme n’est pas synonyme d’anarchie, et l’alternance ne peut être crédible que si elle s’inscrit dans un cadre institutionnel solide.
Sincérité du dialogue national : juger un processus avant son terme est une erreur politique
Mettre en doute la sincérité du dialogue avant même son aboutissement relève davantage du procès d’intention que de l’analyse politique.
Un dialogue est par nature un processus, non un verdict immédiat. Sa crédibilité se construit dans le temps, par étapes, ajustements et compromis. Exiger dès l’ouverture des garanties absolues, des mécanismes contraignants parfaits et des résultats définitifs revient à nier la réalité politique.
Le président a posé un cadre :
•inclusif,
•pacifique,
•respectueux des équilibres nationaux.
C’est déjà en soi un acte politique fort dans un pays où l’histoire a souvent montré que les transitions brutales coûtent plus qu’elles ne rapportent.
Rapport de force : gouverner, c’est composer, pas affronter
Certains regrettent l’absence d’un rapport de force favorable aux réformes radicales. Mais gouverner un État n’est pas mener une révolution permanente.
Le président Ghazouani a fait le choix :
•de la stabilité institutionnelle,
•du dialogue avec les forces existantes,
•de la réforme progressive plutôt que de la rupture.
Les cercles militaires, administratifs et économiques ne sont pas des entités étrangères à la nation, mais des composantes de l’État. Les associer au dialogue n’est pas une faiblesse : c’est une condition de durabilité.
L’histoire africaine récente montre que les réformes imposées contre ces équilibres conduisent rarement à la démocratie, mais souvent à l’effondrement.
Engagement juridique : la prudence comme méthode de gouvernement
Exiger dès à présent un engagement juridique rigide peut sembler séduisant, mais cela peut aussi enfermer le processus dans des contraintes prématurées.
Le président a choisi une approche pragmatique :
•laisser le dialogue produire ses conclusions,
•puis traduire celles-ci, lorsque le consensus est atteint, en réformes institutionnelles.
La responsabilité politique ne se mesure pas uniquement à la contrainte juridique, mais aussi à la cohérence de l’action dans le temps. Et sur ce plan, le bilan de Ghazouani témoigne d’une constance rare dans la région.
Et si le dialogue réussit ?
Les scénarios catastrophistes oublient une hypothèse essentielle : celle du succès.
Si le dialogue aboutit :
•la confiance sera renforcée,
•les tensions apaisées,
•le contrat national clarifié,
•et la Mauritanie consolidera sa singularité démocratique dans le Sahel.
Plutôt que de fragiliser la parole présidentielle, un dialogue réussi l’ancrera durablement dans l’histoire comme celle d’un chef d’État qui aura préféré la raison au populisme, la concertation à la coercition.
Conclusion : gouverner dans la durée, pas pour l’instant
Le dialogue national engagé par Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani n’est ni un aveu de faiblesse ni une manœuvre dilatoire. Il est l’expression d’une vision : réformer sans déstabiliser, écouter sans renoncer, avancer sans diviser.
L’histoire, en effet, jugera les actes. Mais elle jugera aussi la capacité d’un dirigeant à préserver la paix, à maintenir l’État debout et à ouvrir des perspectives sans sacrifier l’essentiel.
Dans un Sahel en feu, cette prudence n’est pas un défaut.
C’est peut-être la forme la plus exigeante du courage politique.
Ahmed Ould Bettar



