Mauritanie : Classement sans suite d’une affaire présumée d’esclavage d’une fillette à Nouakchott
Le parquet classe sans suite une affaire présumée d’esclavage d’une fillette à Nouakchott Nord après une enquête concluant à l’absence d’infraction pénale.

Nouakchott – 16 février 2026
Classement sans suite d’une affaire présumée d’esclavage concernant une fillette de 11 ans
Saisie à la suite d’un signalement de l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA) évoquant une situation présumée d’esclavage d’une fillette de 11 ans à Nouakchott Nord, la justice mauritanienne a ouvert une enquête préliminaire avant de conclure à l’absence d’infraction pénale. Le parquet spécialisé a finalement classé l’affaire sans suite, dénonçant au passage des éléments visuels jugés manipulés.
Le parquet de la République près la juridiction spécialisée dans la lutte contre l’esclavage, la traite des personnes et le trafic de migrants a annoncé le classement sans suite d’une affaire présumée d’esclavage concernant une fillette de 11 ans à Nouakchott Nord, après des investigations ayant conclu à l’absence d’infraction pénale.
Une alerte transmise par l’initiative IRA
Selon un communiqué dont Rapide Info a reçu copie, l’affaire remonte au 4 février 2026, date à laquelle le parquet a été saisi par la commission de police chargée des mineurs dans la wilaya de Nouakchott Nord. Cette saisine faisait suite à un signalement présenté par l’organisation Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA), évoquant une situation présumée d’asservissement d’une enfant, accompagné de photos et de vidéos relayées sur les réseaux sociaux.
Dès réception du dossier, le procureur de la République a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire pour suspicion de crime d’esclavage ou d’exploitation d’une situation de vulnérabilité. Les investigations ont été menées sous la supervision du parquet, avec audition des parties concernées ainsi que de plusieurs témoins, dont des voisins et des proches.
Les personnes mises en cause ont été placées en garde à vue durant l’enquête.
Une prise en charge familiale temporaire, selon l’enquête
À l’issue des investigations, les autorités judiciaires ont conclu que la fillette vivait temporairement au sein d’une famille amie de sa mère, à la demande expresse de cette dernière, en raison de difficultés financières l’empêchant d’assurer seule la prise en charge matérielle et scolaire de son enfant.
L’enquête a établi que l’enfant avait été inscrite dans un établissement scolaire formel et qu’elle n’avait pas été privée de liberté durant son séjour, lequel n’a pas excédé trois mois. Les déclarations de la fillette et de sa mère, corroborées par des documents scolaires et des témoignages de voisins, n’ont révélé aucun élément constitutif d’exploitation, de travail forcé ou de violence.
Par ailleurs, les investigations n’ont mis en évidence aucun lien social ou historique pouvant fonder un soupçon de relation d’asservissement entre les parties.
Des éléments visuels jugés « manipulés »
Le parquet de la République près le Tribunal spécialisé dans la lutte contre l’esclavage, la traite des personnes et le trafic de migrants affirme également que les images et vidéos présentées comme preuves par des membres de l’IRA auraient été mises en scène. Selon les conclusions de l’enquête, certaines séquences auraient été réalisées dans des circonstances orientées, notamment lors d’un mariage organisé chez des voisins, ou encore à travers des scènes montrant la fillette transportant un bidon d’eau ou un ustensile de cuisine appartenant à des tiers.
Plus grave encore, des individus liés à l’initiative auraient, selon le communiqué, usurpé la qualité d’agents de la société nationale d’électricité afin de pénétrer au domicile de la famille mise en cause et filmer la fillette dans un contexte jugé trompeur.
Le parquet indique disposer d’éléments probants attestant de ces manipulations.
Classement sans suite et mise en garde
Au regard des éléments recueillis et de l’absence de caractérisation des faits constitutifs d’une infraction pénale, la procédure a été classée sans suite.
Toutefois, le ministère public rappelle que les crimes d’esclavage figurent parmi les infractions les plus graves portant atteinte à la dignité humaine et aux droits fondamentaux. Il affirme qu’ils continueront de faire l’objet d’une vigilance et d’une fermeté absolues dès lors que des indices sérieux seront établis.
Le parquet met également en garde contre la fabrication de faits, la manipulation d’informations et leur exploitation à des fins particulières, soulignant qu’il se réserve le droit d’engager des poursuites contre toute infraction révélée au cours des investigations.



