Chronique imaginaire : l’État de droit en Mauritanie : quatre voix, une même exigence

Chronique imaginaire : l’État de droit en Mauritanie : quatre voix, une même exigence
Cette chronique est une œuvre de fiction inspirée de personnalités publiques. Les propos attribués sont imaginaires et ne reflètent pas leurs positions réelles.
Certaines nations construisent leurs institutions à travers des révolutions. D’autres, comme la Mauritanie, les forment lentement, avançant prudemment tout en faisant parfois des pas en arrière. Son histoire politique ne montre pas un chemin direct vers l’État de droit; elle évoque plutôt un long parcours où chaque période a laissé des traces, mais aussi des brèches.
Si l’on écoutait quatre grandes figures de l’opposition mauritanienne, leurs voix imaginaires pourraient s’accorder sur un point commun : l’État existe, mais l’État de droit reste une revendication inachevée.
Mohamed Ould Maouloud ouvrirait probablement le débat en soulignant que les institutions ne valent que par la liberté qu’elles garantissent. Selon cette voix fictive, l’indépendance ne se limitait pas à créer une administration ou un drapeau. Elle devait aussi établir la souveraineté des citoyens face au pouvoir. Pour lui, chaque réforme politique n’a de sens que si elle élargit l’espace de liberté et soumet réellement les dirigeants à la loi.
Dans la même veine, Ahmed Ould Sidi Baba, fort de son expérience dans les rouages de l’État, insisterait sur l’importance de différencier l’autorité de l’autoritarisme. Il reconnaîtrait, assurément, que tous les présidents ont contribué à la construction des institutions. Ainsi, Mokhtar Ould Daddah a posé les bases de l’État naissant. Plus tard, les régimes militaires ont solidifié certains outils administratifs pendant des périodes de forte turbulence. Enfin, Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya a introduit le multipartisme, même si son application a soulevé de nombreux débats. Cependant, comme il le rappellerait dans cette fiction, avoir des textes ne suffit pas. La crédibilité des institutions dépend surtout de leur application équitable.
La voix imaginaire de Ba Mamadou Alassane se tournerait vers les citoyens les plus vulnérables. Pour lui, un État de droit ne se juge pas uniquement sur la qualité de ses lois, mais sur leur capacité à protéger tous les citoyens sans distinction. Les libertés fondamentales, l’égalité devant la justice, la lutte contre toutes les formes de discrimination, et la garantie des droits économiques et sociaux seraient donc les véritables marqueurs de la maturité démocratique. Tant que certains citoyens sentiront que la justice varie selon leur origine sociale, leur communauté, ou leur position politique, l’État de droit restera, selon cette perspective fictive, un idéal plutôt qu’une réalité.
Messaoud Ould Boulkheir soulignerait sans doute que la démocratie ne peut prospérer sans justice sociale. Son regard imaginaire mettrait en avant que les institutions gagnent leur légitimité quand elles donnent à chaque Mauritanien le sentiment d’appartenir pleinement à la République. L’égalité devant la loi ne devrait pas seulement être un principe constitutionnel; elle doit devenir une expérience quotidienne.
Concernant l’histoire récente, tous s’accorderaient probablement à dire qu’Ely Ould Mohamed Vall a ouvert une période démocratique importante en organisant une transition saluée par de nombreux observateurs. Ils verraient aussi dans l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi la première alternance démocratique de l’histoire du pays, bien que celle-ci ait été brusquement interrompue par le coup d’État de 2008.
En ce qui concerne la période de Mohamed Ould Abdel Aziz, leur interprétation fictive serait plus nuancée : certains reconnaitraient le renforcement de l’appareil d’État et les investissements dans les infrastructures, tandis que d’autres rappelleraient les critiques sur les libertés publiques, le fonctionnement de la justice, et le pluralisme politique.
Pour le mandat de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, ces quatre voix imaginaires reconnaîtraient sans doute un climat politique plus apaisé, marqué par une reprise du dialogue avec plusieurs acteurs politiques et une baisse des tensions visibles. Cependant, elles ajouteraient que l’ouverture politique ne doit pas être une fin en soi. Le véritable défi reste d’assurer l’indépendance effective de la justice, la protection durable des libertés fondamentales, l’égalité de tous devant la loi, et la confiance des citoyens dans les institutions.
En réalité, la Mauritanie ne souffre peut-être plus d’un manque d’institutions; elle fait face au défi de leur pleine efficacité. Les constitutions peuvent être révisées, les lois modernisées, les tribunaux construits. Néanmoins, un État de droit ne se décrète jamais. Il se prouve chaque fois qu’un citoyen obtient justice sans tenir compte de son influence, chaque fois qu’un journaliste exerce librement son métier, chaque fois qu’un opposant exprime ses idées sans crainte, et chaque fois qu’un responsable public rend des comptes devant une justice indépendante.
C’est là que se joue le véritable destin de la Mauritanie : transformer progressivement l’État construit depuis l’indépendance en un État de droit vécu par tous ses citoyens. En fin de compte, la force d’une nation ne se mesure pas seulement à la solidité de ses institutions, mais à la confiance qu’elles inspirent chez ceux qu’elles servent.
Ahmed Ould Bettar



