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Chapitre III : Naissance d’Elbiloutou

Le ventre de Khadijetou s’arrondissait comme une lune naissante au-dessus des dunes. Dans la maison, une joie discrète s’installait, douce et patiente. Sidi Hasni ne cachait pas son bonheur. Chaque retour du marché était un petit festin : des mangues dorées, des dattes fraîches, des oranges juteuses qu’il déposait devant elle avec un sourire fier.

— « Mange, Khadijetou. Il faut que notre enfant grandisse fort », disait-il en arrangeant les fruits dans un plat émaillé.

Il la regardait avec tendresse, comme si déjà il voyait dans ses traits ceux de l’enfant à venir.

Khadijetou, elle, avançait dans sa grossesse avec sérieux et détermination. Le carnet médical toujours serré dans sa main, elle se rendait régulièrement au dispensaire du quartier. Chaque visite était une étape rassurante vers la naissance. Elle écoutait attentivement les conseils de la sage-femme, surveillait son alimentation, notait les dates des prochains rendez-vous.

Le dispensaire était plus qu’un lieu de soins. C’était un espace de confidences, de solidarité et de discussions animées. Dans la salle d’attente aux murs blanchis à la chaux, les femmes échangeaient leurs histoires, leurs inquiétudes et leurs espoirs.

C’est là que Khadijetou fit la connaissance d’Aichetou, de Mariem et d’autres femmes qu’elle apprendrait à apprécier. Elles riaient parfois, soupiraient souvent, mais partageaient toujours. Khadijetou se promit qu’au moment du baptême de son enfant, elle les inviterait toutes.

Un matin, la conversation prit une tournure grave.

— « Avez-vous entendu parler de Mbarka ? » demanda l’une d’elles.

Mbarka n’avait que onze ans. Mariée depuis l’âge de huit ans. Une enfant confiée à une vie d’adulte trop tôt. Le silence pesa dans la pièce.

Aichetou, habituellement calme, se redressa.
— « Ce n’est pas normal. Une fille doit aller à l’école, apprendre, jouer. Le mariage précoce détruit l’enfance et met leur santé en danger. »

Les autres acquiescèrent. Elles évoquèrent les risques pour le corps encore fragile, les grossesses précoces, les complications. La discussion révéla des blessures anciennes et des colères contenues.

Puis quelqu’un mentionna Wellada.

Wellada avait quatre enfants, presque sans intervalle entre les naissances. Toujours fatiguée, toujours affaiblie.

— « Elle ne respecte pas l’espacement des naissances », murmura une femme.

Mariem, amie proche de Khadijetou, saisit alors l’occasion d’ouvrir un débat plus large.

— « L’espacement est important pour la santé de la mère et de l’enfant. Il existe des méthodes contraceptives : les pilules, les injections, les implants… Mais il faut comprendre, choisir en connaissance de cause. »

Les femmes se rapprochèrent, attentives.

Mariem expliqua l’importance du consentement, le droit de la femme à décider avec son mari, les avantages et les éventuels effets secondaires. Elle évoqua aussi les obstacles sociaux : les rumeurs, les pressions familiales, la peur d’être jugée.

— « Ce sont des décisions de couple, mais aussi de responsabilité », ajouta-t-elle. « La santé n’est pas un tabou. »

Khadijetou écoutait, réfléchissait. Elle mesurait la chance qu’elle avait d’être suivie médicalement, soutenue par Sidi Hasni. Elle comprenait aussi que toutes n’avaient pas cette possibilité.

Les mois passèrent. Les rendez-vous se succédèrent. Le carnet médical se remplissait de notes rassurantes.

Puis vint le jour tant attendu.

Au lever du soleil, les premières douleurs annoncèrent l’arrivée de l’enfant. Sidi Hasni, nerveux mais déterminé, accompagna Khadijetou au dispensaire. Les sages-femmes l’installèrent. Les heures s’étirèrent comme une longue prière.

Et enfin, dans un cri puissant, la vie éclata.

Un garçon.

Elbiloutou.

Petit, chaud, fragile et déjà si présent.

Sidi Hasni laissa couler ses larmes. Khadijetou, épuisée mais radieuse, serra son enfant contre elle.

Dans quelques jours, le baptême réunirait famille, voisins et amies du dispensaire. Aichetou, Mariem et les autres seraient là. Elles parleraient peut-être encore de Mbarka, de Wellada, des choix difficiles et des espoirs possibles.

Mais ce jour-là, une chose était certaine :

Elbiloutou était né sous le signe de l’amour, de la conscience et de l’espoir d’un avenir meilleur.

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