Chakib Benmoussa : Il est de notoriété publique que les succès du Maroc en Afrique ne font pas plaisir à tout le monde

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Chakib Benmoussa : Il est de notoriété publique que les succès du Maroc en Afrique ne font pas plaisir à tout le monde

L’ambassadeur du Maroc en France se demande pourquoi l’on essaie de présenter certains pays sous l’angle d’États voyous alors qu’une quarantaine au total sont censés avoir acheté le système Pegasus

Après la sortie médiatique du chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, l’ambassadeur du Maroc à Paris, Chakib Benmoussa, revient à la charge pour rappeler la ferme position du Maroc niant en bloc les allégations d’espionnage colportées par certaines organisations. Dans un entretien accordé au média français «le Journal du Dimanche», le diplomate a rappelé que la Maroc nie avoir acquis le système Pegasus.

Les acteurs qui ont initié le processus, avec des accusations fortes relatives à une affaire d’espionnage impliquant le Maroc, doivent maintenant apporter des preuves, a affirmé l’ambassadeur du Maroc à Paris, Chakib Benmoussa. Dans un entretien avec le journal français «le JDD», le diplomate a affirmé que dans cette histoire, le Maroc est une victime.  Il s’agit d’une tentative de déstabilisation. En quelques jours, le rouleau compresseur s’est mis en place, avec une campagne massive et coordonnée, qui exploite l’émotion d’acteurs se sentant de bonne foi violés dans leur intimité. «Quelles raisons aurions-nous à entreprendre de tels actes d’espionnage ?» s’est interrogé le diplomate marocain.

Révélant au grand jour l’existence de réseaux hostiles au Maroc en France et ailleurs, qui sont dans une logique de déstabilisation, l’ambassadeur a affirmé que «certains acteurs qui considèrent notre pays comme un ennemi surfent sur cette vague». Il a, dans ce sens, souligné que «les succès du Maroc en Afrique ne font pas plaisir à tout le monde, notamment à notre voisin». L’ambassadeur du Maroc en France et à l’instar de plusieurs analystes internationaux, a rappelé le timing particulier de ces attaques. «Des éléments disponibles il y a un an, ressortent aujourd’hui, de manière coordonnée, à l’approche de la Fête du Trône, à l’approche des élections législatives, régionales et locales, dans un contexte où le Maroc réalise des avancées sur de nombreux sujets», affirme le diplomate.

Interpellé sur la présence de S.M. le Roi Mohammed VI, de membres de son entourage et de la Famille Royale dans la liste des personnes ciblées par l’opération d’espionnage, l’ambassadeur marocain a mis en évidence l’incohérence de ces allégations. «Ce listing de 50.000 numéros qui auraient subi une intrusion ou une tentative d’intrusion semble avoir été reconstitué. Mais comment ? Le groupe NSO affirme qu’il ne tient pas de listing…», a-t-il souligné. 

Rappelant que les services marocains s’inscrivent dans une démarche d’État de droit, M. Benmoussa a remis en question le poids politiques des personnes placées sur cette liste.  «Pensez-vous sérieusement que ces acteurs représentent un poids politique suffisant pour déstabiliser le pays ?» s’est-il interrogé. Les gens connus pour leur hostilité au Maroc n’ont pas besoin d’être espionnés pour qu’on sache ce qu’ils ont à dire, a affirmé l’ambassadeur.

S’agissant de la question du Sahara marocain, l’ambassadeur du Maroc a rappelé son importance. Toutefois, il a souligné que le Royaume la défend d’abord sur le terrain, avec une dynamique de développement économique et humain. Ce ne sont pas quelques acteurs qui gesticulent ici ou là qui modifient la donne, a-t-il relevé. «Nous avons fait devant les Nations unies une proposition réaliste et crédible d’une très large autonomie, qui constitue une solution politique permettant de construire l’avenir en toute sérénité. Tous ceux qui, pour des calculs politiques, veulent jouer avec le feu, qu’ils le fassent, ils trouveront face à eux un front uni et déterminé», lit-on dans les déclarations du responsable marocain

Revenant sur les relations entre le Maroc et la France, l’ambassadeur a affirmé qu’il s’agit de relations particulières et construites sur l’histoire, sur des liens humains et culturels extrêmement forts, sur des intérêts communs. «C’est une relation d’exception, mais aussi une relation qui se renouvelle à l’aune des évolutions dans chacun des deux pays et des nouveaux défis», a-t-il relevé. Dans ce sens, le responsable a assuré que le Maroc n’a pas espionné le Président Emmanuel Macron. Il n’a pas non plus espionné l’ancien Premier ministre ou des membres du gouvernement. «D’ailleurs, aucun élément ne corrobore cela», a-t-il affirmé.

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Khalid Chagraoui, vice-doyen, science politique et relations internationales à l’Université Mohammed VI polytechnique

«Face aux succès diplomatiques du Maroc, il fallait s’attendre à ce genre d’attaques»

«Devant les victoires diplomatiques qu’accumule le Maroc depuis quelques années et notamment dans la question du Sahara, il fallait s’attendre à ce genre d’attaques. Le Maroc a adopté une nouvelle approche en matière de politique étrangère et a formulé une demande claire et nette à ses partenaires qui feignaient de jouer  jusqu’ici le jeu de la neutralité dans les questions stratégiques du Royaume. Le Royaume ne veut plus de cette neutralité négative, d’autant qu’il a toujours été clair dans ses relations avec ses partenaires, notamment au niveau des questions de lutte antiterroriste et de lutte contre la migration clandestine. Ces changements de paradigme expliquent plusieurs attaques que subit le Royaume. Il est important aussi de relever que certains milieux n’arrivent toujours pas à accepter les changements que connaît le monde actuellement. Ils ont du mal à accepter le changement du tracé de la diplomatie marocaine. D’où les attaques récurrentes contre le Maroc et qui prenaient d’habitude la forme d’articles ou de livres visant les fondamentaux et les causes sacrés de la nation. Cette fois, ces attaques ont pris la forme d’accusations d’espionnage. Or il suffit de regarder les noms des personnes supposées ciblées par cette opération pour remarquer  les contradictions. On y retrouve en effet les noms de journalistes peu connus, des Chefs d’État et voire le nom du Souverain. Il faut donc avoir la lucidité de se poser des questions sur les réelles motivations de ces accusations.»

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Rachid Lazrak,  professeur de sciences politiques et de droit constitutionnel à l’Université de Kénitra

«Le dossier des droits de l’Homme est instrumentalisé à chaque fois pour porter atteinte aux institutions du Royaume et à son image»â€‹

«Le choix de s’attaquer au Maroc à chaque fois dans ce timing précis est un choix prémédité visant la déstabilisation de sa marche vers le progrès et la souveraineté. À chaque fois que le Maroc prend des mesures pour accéder aux rangs des pays émergents et mettre fin au conflit monté de toutes pièces autour de son intégrité territoriale, les attaques ciblant son image deviennent plus virulentes. Souvent, le dossier des droits de l’Homme est évoqué pour tenter de freiner le processus démocratique dans lequel le Maroc est engagé et porter atteinte à ses institutions et à son image. J’estime que les manœuvres  de ces organisations aux orientations politiques hostiles au Maroc vont s’intensifier dans les prochains jours. Elles pensent à tort que l’arrivée au pouvoir du nouveau Président américain Joe Biden est un feu vert pour qu’elles reviennent à la charge avec leurs mensonges contre le Royaume. d’où la nécessité de bien se préparer à faire face à ces attaques en restant unis et mobilisé aussi bien au niveau de l’État, que des organisations indépendantes de défense des droits de l’Homme et des centres d’études marocains à orientation nationale. Il faut prendre des mesures proactives afin de faire face à cette tendance hostile en diffusant les vrais faits et en sensibilisant l’opinion publique internationale au danger des mensonges qui circulent, et à la tentative de certains pays voisins de faire du Royaume un pays dépendant et sous développé.»

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