Candidature de Coumba Bâ à l’OIF : La Mauritanie face au piège des contradictions internes
Candidature de Coumba Bâ à l’OIF : Auto-sabotage ou incohérence gouvernementale


Maitre Lo Gourmo Abdoul,
Je tiens à vous exprimer toute ma reconnaissance pour cette contribution d’une grande pertinence, d’une grande lucidité et d’un courage civique remarquable.
Votre analyse éclaire, avec précision, une situation qui dépasse largement le cadre d’une simple discussion linguistique : elle touche à la cohérence de l’État, à la crédibilité de notre diplomatie et à l’avenir de la candidature mauritanienne à la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie.
Il n’y a, en effet, plus grand-chose à ajouter à votre démonstration. Mais il faut aller plus loin encore dans la compréhension de ce qui est en train de se jouer.
Nous ne comprenons pas et l’opinion publique ne comprendra pas que la candidature de Coumba Bâ, porteuse des couleurs de la Mauritanie, semble aujourd’hui être fragilisée non pas par ses adversaires extérieurs, mais depuis l’intérieur même de notre pays.
Une candidature nationale ne se défend pas seulement par des discours : elle se protège par la cohérence des institutions, la discipline gouvernementale et la clarté du message adressé au monde.
Il est difficile de ne pas y voir une forme de sabotage, ou du moins une hostilité politique dont les conséquences risquent d’être lourdes pour la Mauritanie.
Comment expliquer, sinon, qu’à quelques semaines d’une échéance aussi décisive, des actes et des déclarations émanant de responsables publics viennent affaiblir la position de notre propre candidate ?
Les faits parlent d’eux-mêmes.
Une semaine avant l’audition de Coumba Bâ, prévue le 30 juin 2026, Sidi Ould Tah, son compatriote, a choisi d’apporter un soutien de taille à sa rivale rwandaise.
Ce geste, dans un contexte de compétition internationale, a déjà été perçu par beaucoup comme un signal préoccupant.
Aujourd’hui, à un mois du sommet, un ministre de la Culture, qui est également porte-parole du gouvernement, porte un coup d’une gravité particulière à la candidate mauritanienne.
Cette situation est d’autant plus incompréhensible que Coumba Bâ assumait, il y a peu encore, une position courageuse et difficile : elle rappelait que le français conserve toute sa place en Mauritanie, non comme une langue imposée, mais comme un instrument d’ouverture, de coopération, de formation, de diplomatie et d’accès au monde.
Elle défendait ainsi une vision équilibrée du pays : une Mauritanie fière de son arabité, respectueuse de ses langues nationales, mais également lucide face aux exigences de la compétition internationale.
Or, voici qu’un ministre, dont le département est directement concerné par les questions culturelles, de communication et de relations institutionnelles, semble vouloir bannir le français de manière brutale, sans nuance et sans véritable débat national.
Une telle décision ne peut pas être réduite à une simple question administrative. Lorsqu’elle intervient au moment précis où la Mauritanie présente une candidate à la tête de l’OIF, elle devient un acte politique aux conséquences diplomatiques majeures.
Comment un ministre de la Culture et porte-parole du gouvernement peut-il adopter une posture susceptible de contredire l’engagement de la Mauritanie dans la Francophonie ?
Comment peut-il prendre une décision aussi sensible sans que l’on puisse croire à une concertation avec le Premier ministre, le ministère des Affaires étrangères ou le Président de la République ?
Et comment expliquer que, sous couvert de défense de l’arabe, certains semblent vouloir faire barrage non seulement au français, mais aussi aux langues nationales et à tous les citoyens qui ne parlent ni n’écrivent l’arabe ?
La promotion de l’arabe est légitime. L’arabe est une langue officielle, identitaire et fédératrice de la Mauritanie. Nul ne doit s’en excuser. Mais la défense de l’arabe ne doit jamais devenir un instrument d’exclusion, de division ou de destruction des ambitions nationales.
Un État responsable ne choisit pas entre ses racines et son ouverture : il construit une politique linguistique qui renforce l’unité nationale tout en préservant ses instruments d’influence internationale.
La vraie question n’est donc pas de savoir si la Mauritanie doit valoriser l’arabe. Elle le doit. La vraie question est de savoir si elle doit le faire en sabotant sa propre candidate, en affaiblissant sa diplomatie et en donnant au monde l’image d’un pays divisé contre lui-même.
La réponse est évidemment non.
Coumba Bâ doit être profondément peinée de voir sa candidature fragilisée à l’intérieur même de la Mauritanie.
Elle qui porte le drapeau national avec dignité mérite mieux que des signaux contradictoires, des décisions précipitées et des prises de position qui alimentent le doute chez nos partenaires comme chez les membres de l’OIF.
Nous appelons donc le gouvernement du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à réagir rapidement, avec responsabilité et autorité.
Il doit clarifier la position officielle de l’État, rappeler la nécessité de la cohérence gouvernementale et mettre fin à toute initiative susceptible de compromettre la candidature mauritanienne. Il ne s’agit pas de défendre une personne contre une autre : il s’agit de défendre la Mauritanie, sa parole, sa dignité et son intérêt supérieur.
La Mauritanie ne doit pas offrir à ses concurrents ce qu’ils ne pourraient jamais obtenir par eux-mêmes : son affaiblissement de l’intérieur.
Abdoulaziz DEME
Le 21 Octobre 2026



