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Migration : les Canaries veulent peser dans les relations UE-Afrique et alertent sur la pression migratoire

Lors d’un forum à Rome, le gouvernement des îles Canaries réclame un rôle dans la politique UE-Afrique et alerte sur les risques du nouveau pacte migratoire pour l’archipel.

Migration : les Canaries réclament une voix dans la politique UE-Afrique et alertent sur la pression croissante aux frontières atlantiques

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Par la rédaction

Lors d’un forum international consacré aux migrations, tenu à Rome à l’initiative de l’Institut espagnol d’analyse des migrations (IEAM), le gouvernement des îles Canaries a réaffirmé sa volonté de peser davantage dans la définition des relations entre l’Union européenne et l’Afrique. L’archipel, situé en première ligne sur la route migratoire atlantique, redoute que le nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile, dont l’entrée en vigueur est prévue en juin, n’accentue la pression déjà exercée sur son territoire.

Face à des flux migratoires persistants, les autorités régionales plaident pour des mesures spécifiques en faveur des régions frontalières et une reconnaissance accrue de leur rôle dans la gestion de cette réalité géopolitique.

Une inquiétude grandissante face au nouveau pacte

Octavio Caraballo, vice-ministre auprès du président du gouvernement des Canaries, a averti que le texte européen, dans sa version actuelle, pourrait « aggraver » la situation plutôt que la soulager. Selon lui, l’efficacité du pacte dépendra d’une solidarité renforcée entre États membres, de financements adaptés et d’une représentation directe des territoires confrontés aux arrivées.

« Davantage de solidarité, une véritable protection des mineurs et une approche atlantique sont indispensables », a-t-il insisté, rappelant que les populations vivant aux frontières extérieures de l’Europe doivent être associées aux décisions.

Aux côtés de Luis Padilla, directeur général des relations avec l’Afrique, Caraballo a également souligné l’importance de sensibiliser l’opinion européenne aux défis logistiques, sociaux et humanitaires que représente la gestion des migrations pour un territoire insulaire.

2026, une année charnière pour le contrôle des flux

Pour les responsables canariens, l’année 2026 s’annonce déterminante. L’application du pacte devra, selon eux, inclure une régionalisation des fonds afin d’adapter les financements aux spécificités locales. Sans cette flexibilité, prévient Caraballo, « le pacte ne fonctionnera pas ».

Parmi les propositions avancées figure la mise en place de mécanismes automatiques permettant le transfert rapide des migrants vers l’Espagne continentale ou d’autres États membres, en particulier depuis les zones soumises à une forte pression migratoire.

Le vice-ministre a toutefois rappelé que la priorité demeure la protection des droits fondamentaux : « Les droits et devoirs publics doivent être respectés et assumés ; ils ne peuvent être externalisés. » Le gouvernement régional rejette ainsi l’idée de sous-traiter des centres d’accueil en échange de financements.

Des capacités d’accueil sous tension

Le règlement européen sur le triage prévoit des contrôles prolongés pouvant maintenir les migrants jusqu’à six mois sur les îles, contre environ un mois actuellement. Une perspective jugée « inacceptable pour un territoire aussi restreint et morcelé ».

La situation est particulièrement critique pour les mineurs non accompagnés : plus de 4 100 d’entre eux sont actuellement pris en charge par les Canaries, où les centres d’accueil sont déjà saturés. Les autorités appellent à la création d’un système européen obligatoire de relocalisation rapide, assorti d’un financement stable pour l’éducation, l’hébergement et la santé mentale.

Reconnaître la route atlantique comme un système spécifique

Caraballo a également proposé que l’Europe reconnaisse officiellement la route atlantique comme un espace migratoire distinct, nécessitant des stratégies adaptées de prévention, de sauvetage et de coopération, compte tenu de traversées dépassant souvent 2 000 kilomètres.

Pour les responsables canariens, la participation des régions frontalières aux discussions UE-Afrique est désormais indispensable. « Ceux d’entre nous qui gèrent les migrations sur le terrain doivent participer aux décisions », a-t-il déclaré.

La coopération avec l’Afrique comme levier de prévention

Au-delà de la gestion des arrivées, les Canaries misent sur la coopération économique pour agir en amont. Luis Padilla a présenté le projet « Tierra Firme », un programme soutenu par l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID), fondé sur un partenariat public-privé visant à former les jeunes et à améliorer leurs perspectives d’emploi.

Plus de 500 jeunes ont déjà été formés au Sénégal et en Mauritanie, avec un déploiement prévu en Gambie et au Cap-Vert. Les formations couvrent des secteurs clés tels que l’agriculture, le tourisme, le textile ou encore le bâtiment, affichant un taux d’employabilité élevé.

L’objectif est clair : offrir des alternatives crédibles à l’émigration irrégulière. « Ils peuvent ainsi choisir de rester dans leur pays plutôt que de risquer leur vie en mer », a souligné Padilla.

Vers une stratégie Canaries-Afrique

Le gouvernement régional prévoit par ailleurs d’adopter prochainement une Stratégie Canaries-Afrique, destinée à renforcer les liens institutionnels, économiques, culturels et universitaires avec plusieurs partenaires stratégiques, dont la Mauritanie, le Sénégal, le Maroc et le Cap-Vert.

Cette initiative ambitionne de positionner l’archipel comme un véritable pont entre l’Europe et l’Afrique, tout en consolidant un réseau d’interlocuteurs dans les principaux pays d’origine et de transit des migrants.

Dans un contexte où la migration reste l’un des dossiers les plus sensibles de l’agenda européen, les Canaries entendent rappeler que la gestion des frontières ne peut être efficace sans une approche concertée, solidaire et ancrée dans la réalité des territoires.

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