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Billet d’humeur — Le pays des portes entrouvertes

Les lois… Elles sont faites pour tenir le pays debout. Enfin, c’est ce qu’on raconte. On les empile comme des briques, on les vernit de grands mots, puis un beau matin elles deviennent des gourdins. Plus personne ne les lit pour y chercher la justice ; chacun y fouille seulement l’arme qui lui permettra d’assommer son voisin. La doctrine se transforme en prétexte, le droit en théâtre d’ombres, et la politique en querelle de chiffonniers. Tout le monde jure défendre la République, mais chacun ne défend plus que son coin de trottoir.

Pendant ce temps, la vie continue, obstinée. Des villages voient enfin la lumière électrique. Des familles respirent grâce aux programmes sociaux. L’administration apprend, tant bien que mal, à parler le langage du numérique. Ce sont des pas réels, modestes peut-être, mais des pas tout de même. Hélas, dans notre drôle de pays, une dispute sous les dorures de l’Assemblée suffit souvent à couvrir le bruit de mille bonnes nouvelles. Le vacarme politique possède ce talent sinistre : il dévore l’espérance avant même qu’elle ait eu le temps de grandir.

Le pouvoir découvre alors une vieille vérité : gouverner n’est pas gagner des batailles, c’est empêcher les blessures de devenir des haines. L’autorité qui rassure vaut toujours mieux que celle qui triomphe. L’Histoire, cette vieille créancière, ne se souvient guère des discours victorieux ; elle retient surtout ceux qui ont eu le courage d’éteindre les incendies quand tout poussait à jeter encore du pétrole sur les flammes.

La Mauritanie mérite davantage que cette fatigue permanente. Un peuple ne peut marcher longtemps avec une moitié qui applaudit et l’autre qui serre les dents. À force d’exclure, on rétrécit la nation elle-même. Les appels à la libération de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, à la reconnaissance légale du RAG et du FPC, ainsi qu’à l’ouverture d’un dialogue véritable, traduisent une aspiration plus profonde : celle d’un espace politique où nul ne serait condamné au silence pour ses convictions.

Car la paix n’est pas un décret. Elle ne descend pas des palais comme une pluie bienfaisante. Elle naît lorsque la justice cesse d’être soupçonnée, lorsque la loi protège au lieu de sélectionner, lorsque l’adversaire redevient un compatriote. C’est un travail ingrat, presque invisible. Pourtant, c’est le seul qui mérite vraiment qu’on s’y épuise.

Un pays ne devient grand ni par la peur ni par l’unanimité forcée. Il grandit le jour où il accepte que ses enfants pensent différemment sans cesser d’appartenir à la même maison. Le reste n’est que bruit, poussière et discours promis à l’oubli.

Ahmed Ould Bettar

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