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Avenir politique de la Mauritanie: Mauritanie, ou le songe d’un pays qui hésite

Avenir politique de la Mauritanie
nouvelle-annee-2026-rapide-info-renouvelle-engagement-informationDans un texte à la frontière du songe et de l’analyse, Ahmed Ould Bettar esquisse les futurs possibles de la Mauritanie, pays suspendu entre continuité prudente, ouverture encadrée, crispation sécuritaire et recomposition lente portée par la société. À travers une écriture poétique et politique, l’auteur interroge moins les scénarios institutionnels que la bataille silencieuse du récit national : qui dit le pays, et vers où ? En écho, le commentaire sensible et lucide d’Abdoulaziz Déme prolonge cette réflexion en soulignant que l’hésitation mauritanienne est aussi une quête inachevée de récit commun, partagé et assumé — condition première pour transformer le rêve en décision collective.

Ou peut-être étais-je simplement immobile, les yeux ouverts, pendant que le pays, lui, se mettait à défiler. La Mauritanie apparaissait alors non pas comme une carte ou un discours, mais comme une suite de tableaux mouvants, chacun porteur d’un futur possible.
Dans le premier tableau, tout semblait calme. Trop calme, peut-être. Les institutions tenaient debout comme les vieilles maisons du Ksar, entretenues juste assez pour ne pas s’effondrer. Les visages du pouvoir changeaient peu, ou changeaient sans vraiment changer. C’était le scénario de la continuité : une stabilité surveillée, maîtrisée, négociée en silence. Rien ne se brisait, mais rien ne se transformait profondément non plus. Le pays avançait, lentement, comme quelqu’un qui marche pour ne pas tomber, non pour arriver.

Je vis une Mauritanie entrouverte. Des salles de dialogue, des mots soigneusement choisis, des gestes d’apaisement. Une ouverture politique encadrée, prudente, presque timide. On parlait de réformes, on évoquait la jeunesse, on invitait l’opposition à la table — sans jamais lui donner la tête de la table. L’espoir était là, réel mais fragile, suspendu à une question silencieuse : s’agissait-il d’un mouvement sincère ou d’une mise en scène bien réglée ?

Les couleurs se durcirent. Les voix devinrent plus basses, plus fermes. L’espace se rétrécit. C’était le scénario de la crispation : au nom de la stabilité, on fermait certaines fenêtres. La sécurité devenait un argument, la discipline une vertu, le silence une méthode. Tout semblait tenir, mais sous la surface, quelque chose résistait, s’accumulait, attendait.

Alors, comme une surprise dans le rêve, surgit une autre image.

Des visages nouveaux. Des alliances improbables. Une recomposition lente mais profonde, portée par une société qui ne criait pas, mais insistait. La jeunesse n’était plus seulement un mot dans les discours, mais une force structurée, consciente, exigeante. Ce scénario-là n’était pas imminent. Il ressemblait plutôt à une ligne d’horizon : lointaine, incertaine, mais impossible à ignorer.

Une crise. Économique, régionale, ou sociale — le rêve ne précisait pas. Juste un choc, venu de l’extérieur ou du dedans, qui obligeait le pays à choisir plus vite qu’il ne l’aurait voulu. Les scénarios se superposaient, se heurtaient, se déformaient. La Mauritanie n’était plus spectatrice de son avenir : elle y était précipitée.

C’est alors que la scène changea brusquement.

Je vis un ministre de la Communication. Bien réel, bien éveillé celui-là. Il présidait un Festival de la Communication. Les caméras étaient là, les micros aussi, les slogans soigneusement alignés. On parlait d’images, de messages, de récits, de maîtrise du discours. Pendant ce temps, dans les coulisses du rêve, je compris quelque chose : ce pays ne manque pas seulement de solutions ou de scénarios. Il lutte surtout pour contrôler le récit de ce qu’il est et de ce qu’il deviendra.

Et je compris que la Mauritanie n’était pas figée dans un seul avenir, mais suspendue entre plusieurs, comme un rêve qui hésite encore entre se dissoudre au matin ou devenir une décision.

Ahmed Ould Bettar

Abdoulaziz Dème, analyste politique et économique, auteur d’une analyse sur les barrières structurelles à l’industrialisation en Mauritanie
Abdoulaziz Dème, analyste politique et économique, lors d’une réflexion sur les obstacles structurels à l’industrialisation en Mauritanie.
© Abdoulaziz Dème / Rapide info

Commentaire : Cher Ahmed Betar

Ce texte m’a profondément touché. Ta plume saisit avec justesse cette impression étrange d’un pays qui avance sans courir, d’une Mauritanie en équilibre entre le passé qui rassure et l’avenir qui inquiète.
J’aime la manière dont tu poses le rêve comme un miroir ni complètement imaginaire, ni tout à fait réel pour dire la complexité de notre moment national.Tu as raison : la Mauritanie hésite.
Elle hésite entre la peur de l’instabilité et le désir du renouveau, entre la continuité comme refuge et la transformation comme risque.
Ce balancement, que tu décris avec poésie, est aussi un symptôme d’un pays encore à la recherche d’un récit commun un récit qui ne soit ni imposé d’en haut, ni simplement réactif, mais sincèrement partagé.
Ce qui me frappe surtout, c’est ta dernière observation : le vrai enjeu aujourd’hui n’est pas seulement celui des institutions ou des réformes, mais celui du récit.
Nous avons besoin de savoir nous raconter autrement — non comme un peuple qui subit l’Histoire, mais comme une société qui l’écrit peu à peu, à partir de ses contradictions et de ses espérances.
Dreamer ou veilleur, ton texte montre que rêver d’un pays, c’est déjà refuser son immobilité.
Et peut-être que ce rêve-là, lucide et exigeant, est le premier pas vers une Mauritanie qui choisit enfin de devenir ce qu’elle aspire à être.
Abdoulaziz Déme

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