Aux nostalgiques du putsch de 2008 par Me Sidi Mohamed Ould Maham

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D’entrée en matière la plume de Sidi Mohamed Ould Maham revient à la charge et point après virgule, elle dérange, met à nu, pourfend, et prend d’assaut les préjugés et autres idées reçues que ceux qui s’en sont laissés imposer ont pris pour de l’argent comptant.

Elle démontre sans recourir au langage de carrefour, pourquoi le régime issu des élections de 2007 ne mérite pas d’être pleuré. Rafraîchit les mémoires sur la nature des relations qui ont lié Sidioca à son chef d’état major particulier, et sur l’injustice qui a frappé de plein fouet les trois autres candidats à cette élection. Elle soupçonne le retour des caciques du régime Taya, et les querelles des parlementaires d’être les véritables causes qui ont porté le ver jusqu’au cœur du fruit. Elle démontre en martelant ses mots comment les parlementaires avaient évité de tremper dans le coup d’Etat, et assure que le manifeste signé dans le but de retirer leur confiance au gouvernement n’était qu’une tentative d’intimidation des parlementaires qui bataillaient encore pour prendre le taureau par les cornes. Et toujours selon la plume de Ould Maham, l’œil pour œil d’Aziz aurait certainement échoué, si Sidioca n’avait pas limogé le général Ghazouani dont la révocation fut prise pour une offense à l’endroit de l’armée elle-même.  Et de continuer sur sa lancée en susurrant  au lecteur que ce sont ses interminables controverses l’opposant aux parlementaires qui ont passé Sidioca à la casserole, avant de poursuivre, :que de 1978 à 2007 la mode était au soutien des coups d’Etats, et les hommes politiques n’étaient pas trop regardant sur leurs causes et motifs, l’essentiel serait pour eux de trôner au prochain conseil de ministres à côté du chef du nouveau comité militaire. Elle termine sans trop comprendre pourquoi les deux compères se donnent-ils la main sans crainte d’être inquiétés, alors que les autres restent suspects peu importe l’attitude qu’ils adoptent, même quand ils divulguent des vérités contraires aux convictions ambiantes et qui ne manqueront pas de porter un coup…

    Aux nostalgiques du putsch de2008

‘’De 1 : Dire du régime secrété par les élections de 2007 qu’il était un système civil et démocratique, et qu’il mérite d’être pleuré, relève tout simplement de l’outrance dans les propos. Je ne peux manquer de faire remarquer que nonobstant à mon indéniable respect pour la personne du président Sidi Ould Cheikh Abdellahi dont la situation, et l’expérience ne sont plus à prouver, qu’il est encore assez tôt pour oublier qu’il fut imposé de manière flagrante par le chef du bataillon de la sécurité présidentielle de l’époque. La vérité est que ces élections furent un véritable coup d’Etat contre le président Ahmed Ould Daddah, contre Zeine Ould Zeidane, et contre le président Messaoud Ould Boulkheir qui ont fait les frais de pression et d’ingérence déclarées du colonel Mohamed Ould Abdel Aziz, qui, à un an et demi de là conduira lui-même le putsch qui coûtera son fauteuil à Sidi Ould Cheikh Abdellahi.’’

‘’De Deux : Entamé en douce par les soins du pouvoir en place de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi,  le retour par vagues sur le devant de la scène des caciques du système du président Maaouiya Ould Taya,  dont la chute fut accueillie par une large euphorie populaire, et par un consensus national débouchant sur la nécessité de la mise en place d’un changement radical, contribua à mettre le ver dans le fruit. Il s’en suit que la déviation de la ligne de conduite initiale créée par le retour inopiné des caciques du système Taya a provoqué un terrible choc dans les rangs de ceux qui étaient aux premières loges de ce changement, et particulièrement au rayon des parlementaires des deux chambres, élus par la majorité du peuple à partir d’élections  dont l’intégrité et la transparence faisaient l’unanimité autour d’elles. Beaucoup parmi ces élus n’ont à ce jour pas encore décidé de passer la main, et sont régulièrement réélus dans leurs circonscriptions respectives. ‘’

‘’De Trois : Les parlementaires dont j’en suis un n’ont en particulier participé à aucun coup d’Etat visant à déstabiliser ou à renverser ce régime, ou un autre. Il est vrai que les mésententes qui nous opposaient à notre révéré  Sidi Ould Cheikh Abdellahi avaient à l’époque atteint leur zénith. Cependant il serait exagéré de les faire passer pour autre chose qu’un désaccord purement politique. La force qu’on nous prêtait à l’époque d’être à même de renverser le régime en place, n’était en vérité qu’une manière de nous faire apparaître sous un mauvais jour. Tout autant que nous, la partie adverse qui n’est pas seulement constituée d’enfant de chœurs, sait que le manifeste introduit dans le but de retirer à l’aide d’un vote anti confiance le crédit qu’accordaient encore les députés au gouvernement, est tout au plus une leurre sans grand effet. Il s’agit d’un procédé démocratique en usage dans toutes les démocraties du monde auquel peuvent recourir les députés dans des situations extrêmes. Pour ce qui est du cas qui nous occupe c’était l’unique carte maîtresse que nous gardions en main, et que nous agitions comme un épouvantail, tout en sachant que son effet est désespérément limité, ou même nul. ‘’

‘’De Quatre : Le limogeage par le président Sidi Ould Cheikh Abdellahi  de son chef d’Etat-major particulier le général Mohamed Ould Abdelaziz, fut le véritable catalyseur du putsch de 2008. Sans prendre la peine d’aviser qui que ce soit ce dernier décida d’en finir une fois pour toutes avec son protégé Sidioca. Et pour justifier son fait, il dit avoir été obligé de se défendre en rendant œil pour œil… La loi du talion quoi ! Mais tout ceci aurait pu être évité si le président n’avait pas par le même décret limogé le chef d’Etat-major le général Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani qui lui n’était pas spécialement chaud pour un tel revirement. Le général Mohamed Ould Ghazouani n’était pas un cas isolé parmi les officiers supérieurs au sein desquels il jouit d’une grande popularité, puisque la plupart de ces hauts soutachés de la grande muette partageaient sont avis. Et c’est certainement ce qui explique l’élan de solidarité observé au sein de l’institution militaire qui prit très mal le limogeage de son chef.  On peut donc déduire que si le décret de limogeage s’était limité à la personne du chef d’état-major particulier, l’armée qui tient la situation bien en main n’aurait pas permis que les choses se gâtent et prennent la tournure désastreuse qui a accouché des événements que l’on sait.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi a sans doute fait exprès, pendant tout le temps passé à la tête de la magistrature suprême du pays, de traîner comme de casseroles les dissensions l’opposant à la majorité des élus, et plusieurs autres forces politiques, ce qui finit à la longue par lui devenir fatal. Ceux-ci au lieu de récuser le fait accompli, ou seulement réclamer du bout de lèvres que Sidi soit  réhabilité, et rétabli dans ses droits, s’empressèrent, dés que l’occasion se fut présentée à eux, de lui rendre avec une générosité excessive la monnaie de sa pièce. Ils se rangèrent du côté de la junte militaire qu’ils sommèrent de ramener le plutôt possible le pays et ses institutions à la vie constitutionnelle, en organisant dans les plus bref délais des élections, avec un plafond maximum d’intégrité, et de transparence. Ce sur quoi ont veillé, avant de tourner définitivement cette page, les accords de Dakar, sous une ample supervision et un contrôle strict de la communauté internationale.’’

‘’De Cinq : Attendu que, la mode était à l’époque au soutien des coups d’états militaires, et des révolutions du palais, il convient d’exclure de facto que c’est là une dominante des parlementaires de ma génération qui, il faut le dire n’ont pas innové dans ce domaine. C’est un secret de polichinelle de révéler que dans ce pays les politiques de tout poil ont épaulé des fomentateurs de coups d’états avant de prendre part à des gouvernements issus de ces mêmes coups d’états. Vous ne me trouverez certainement pas renversant  si je vous apprendrais que ce coup d’état-ci a reçu le soutien de plus des deux tiers des élus de l’assemblée nationale et du sénat, en plus du soutient de partis importants comme le R.F.D, Hatem, et l’UDP, sans compter le soutien d’autres partis non moins importants, et plusieurs centrales syndicales de la place.’’

‘’De Six : De quel droit notre honoré président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi puisait-il sans réserve dans le soutien que lui apportait le colonel Mohamed Ould Abdelaziz qui l’a imposé contre l’avis de tous, et qui à son tour l’a manipulé de la manière la plus machiavélique pour parvenir à ses fins, en neutralisant les forces, et les personnalités politiques qui pourraient déranger ses plans, tandis que nous autres on continue à nous dénier le plus élémentaire des droits humain, qui est tout bonnement celui de nous tromper ? Et dussions nous avaler notre langue, ou simplement donner notre bénédiction lorsque par le fait du prince il l’a déboulonné, quitte à lui dire ensuite son fait.

Traduit par : Deddah Ould Abd-Daim.