Alliance : Le Maroc signe un accord sécuritaire avec Israël et irrite l’Algérie

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Alliance : Le Maroc signe un accord sécuritaire avec Israël et irrite l’Algérie

Les deux pays ont signé un traité de coopération militaire mercredi lors de la visite du ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, à Rabat. Une «étape historique» et un signal fort envoyé à l’Algérie avec qui le Maroc a rompu les relations diplomatiques.

Le ministre israélien de la Défense (à droite) et son homologue marocain signent un mémorandum pour renforcer la coopération militaire, mercredi à Rabat. (Israel Defence Ministry/AFP)

par Margot Davier publié le 26 novembre 2021 à 16h14

Une «visite historique», «importante»… A son arrivée à Rabat mardi, le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, n’a pas lésiné sur les qualificatifs. C’est la première visite officielle d’un ministre israélien de la Défense dans l’une des quatre nations arabes signataires des accords d’Abraham (le Maroc, le Soudan, Bahreïn et les Emirats arabes unis) négociés en décembre 2020, sous l’égide de l’administration de Donald Trump.

Benny Gantz est venu signer un mémorandum avec son homologue marocain, Abdellatif Loudiyi, afin de renforcer la coopération militaire «sous tous ses aspects» entre les deux pays. Il a également rencontré le lieutenant général Belkhir El Farouk, inspecteur général des forces armées marocaines. Conclu mercredi, cet accord «comprend la réglementation de la coopération en matière de renseignement, les achats d’armes, la formation conjointe et les liens étroits entre les deux industries, a tweeté Benny Gantz. Je remercie le roi Mohammed VI et le ministre de la Défense pour leur travail dans le développement des relations entre les deux pays. Nous avons franchi une étape historique».

Vente d’armes

Le texte permet aux entreprises israéliennes de faire des affaires avec le Maroc, même si un responsable israélien de la défense a déclaré sous couvert d’anonymat que les liens entre les deux pays ne reposent pas uniquement sur la vente d’armes. . Israël est l’un des principaux exportateurs au monde de drones armés et de logiciels de sécurité comme le très controversé Pegasus de la société NSO, acquis par le Maroc pour surveiller des journalistes français et marocains. Rabat a catégoriquement nié avoir acheté ce programme, et a annoncé avoir porté plainte pour «diffamation» contre plusieurs médias français.

Le Maroc figure aussi sur une shortlist de 27 pays, aux côtés des Emirats arabes unis et de pays d’Asie du Sud-Est dont les noms n’ont pas été révélés, qui ont acheté le «Skylock Dome», un dispositif anti-drones conçu par l’entreprise israélienne Skylock Systems, filiale d’Avnon Group, spécialisée dans la conception et le développement d’équipements de protection contre les drones malveillants.

Ce dispositif de surveillance des frontières, des aéroports, des événements de masse, mais aussi des bases militaires, est capable de repérer et d’identifier un ou plusieurs drones, ainsi que les contrôler à distance. Le média marocain Tel quel a révélé que le Maroc avait fait l’acquisition de quatre drones tactiques Hermes 900 conçus par le groupe israélien Elbit Systems. «L’alliance avec Israël octroie au royaume chérifien un degré de crédibilité, de respectabilité, ce qui renforce sa position au niveau régional», analyse Sébastien Boussois, chercheur en relations euro-arabes associé au Cecid (Université libre de Bruxelles) et à l’Uqam (Université de Montréal).

Tensions croissantes

La visite de Benny Gantz intervient dans un contexte tendu entre le Maroc et son voisin, l’Algérie, qui ont rompu leurs relations diplomatiques le 24 août, à l’initiative d’Alger. En cause, la signature du processus de normalisation entre Israël et certains pays arabes, qui a conduit Washington à reconnaître en échange la «pleine souveraineté» du Maroc sur le Sahara occidental, territoire disputé par les indépendantistes sahraouis du Front Polisario.

Après trente ans de cessez-le-feu, une incursion de l’armée marocaine à proximité de la frontière mauritanienne dans la zone de Guerguerat a conduit les indépendantistes à reprendre les hostilités. En mettant en avant l’accord avec Israël, le Maroc chercherait à envoyer un signal fort à l’Algérie.

Mais pour le journaliste d’investigation Aboubakr Jamaï, visé par le logiciel Pegasus, les motivations marocaines sont à chercher ailleurs. «Rabat croit tirer un bénéfice de la normalisation avec Tel-Aviv en termes d’influence auprès de Washington.» Le Maroc met avant ses relations avec l’Etat hébreu dans un souci de se présenter comme un élève modèle en matière de contre-terrorisme, obsession partagée par Israël et les Etats-Unis. «Mais le Maroc ne fait pas bon usage de ce soutien, et l’exemple ultime, c’est peut être l’histoire de Pegasus. Cette arme, parce que ce logiciel d’espionnage en est une, a été utilisée non pas pour lutter contre le terrorisme, mais contre des opposants politiques, et 6000 téléphones algériens. Les Algériens sont en droit de se dire que cette alliance avec Israël les vise», poursuit-il.

Peu de temps avant la signature de l’accord, Benny Gantz s’est rendu sur les tombes de Mohammed V et de Hassan II, symbole de l’ancienneté des relations entre les deux pays. Près d’un million d’Israéliens revendiquent un héritage marocain, et au moins 200 000 ressortissants du Maroc ont émigré en Israël, depuis sa création en 1948.

Source : Libération (France)