Algérie Poste brandit la menace

Algerie poste brandit la menace
Algerie poste brandit la menace

Le débrayage coïncide avec Ramadhan et la période de versement des pensions de retraite. La direction menace carrément de licencier les grévistes.

La direction d’Algérie Poste a haussé le ton, jeudi dernier, en menaçant les postiers, en grève depuis lundi, de licenciement, et ce, après avoir tenté, la veille, de désamorcer, sans succès, la crise.

“L’entreprise informe que dans le cas où les travailleurs grévistes ne reprendront pas le travail sur le champ, la règlementation en vigueur sera appliquée, ce qui inclut un licenciement sans préavis ni indemnisation”, écrit Algérie Poste.

Juste avant, à savoir mercredi, AP avait souligné “avoir rempli son premier engagement en versant la première tranche de la prime d’encouragement” et procédé à “l’installation du comité national chargé de la préparation de la conférence nationale élective du syndicat de l’entreprise, en vue de prendre en charge les problèmes socioprofessionnels et préparer la tenue de la conférence”, et ce, “suite à une décision du secrétaire général de l’UGTA”. Mais rien n’y fit. Cette tentative d’apaisement n’a pas eu l’effet escompté chez les postiers qui, vraisemblablement, se dirigent tout droit vers un bras de fer avec la direction.

Échaudés par des promesses non tenues depuis des années, les postiers grévistes s’entêtent à poursuivre leur mouvement de protestation qui n’a pas manqué de susciter colère et indignation auprès des citoyens.

C’est que la grève coïncide avec le Ramadhan et la période du versement des pensions de retraite, et cela n’arrange guère les affaires d’Algérie Poste qui s’est empressée d’actionner la justice pour déclarer “la grève illégale”.

Crise de confiance entre travailleurs et la tutelle
Cette protesta au timing, loin d’être fortuit, et cette radicalisation de la part des postiers révèlent, in fine, une véritable crise de confiance entre les travailleurs et les responsables d’Algérie Poste tout autant que la tutelle.

C’est que les postiers n’en sont pas à leur première “déception”, notamment du côté de la représentation syndicale UGTA, mais pas seulement. Les postiers, pour rappel, ont tenté, en 2013, une percée pour créer un syndicat autonome qui a vite été torpillé.

“La toute-puissante Fédération de la poste et des télécommunications est vidée de toute sa substance jusqu’à rendre sa voix inaudible”, a assuré un ancien syndicaliste d’Algérie Poste qui précise qu’“il n’existe plus aucun syndicat représentatif pour les travailleurs, alors qu’il y a urgence pour régler des problèmes qui sont restés longtemps en suspens poussant au pourrissement”.

Brahim Boumzar, ministre de la Poste et des Télécommunications, a reconnu lui-même que “les employés d’Algérie Poste ont eu beaucoup de promesses, mais certaines n’ont pas été concrétisées”.

Dans une déclaration à nos confrères de l’APS, en marge d’une cérémonie consacrée à la récompense des lauréats du concours national de composition épistolaire 2021, le ministre a indiqué “avoir instruit la Direction générale d’Algérie Poste en vue de prendre en charge rapidement les revendications des travailleurs”.

“Ces dernières, selon un travailleur de la poste, “vont bien au dela de la prime d’intéressement comme on voudrait le faire croire” et “consistent, selon ses affirmations, “à remédier à beaucoup d’injustices qui existent au niveau d’Alger et encore plus dans les régions de la part de responsables zélés qui se croient tout permis”.

Les grévistes réclament aussi “la révision des primes individuelles et collectives, le traitement du dossier des employés suspendus et le réaménagement des horaires de travail, ainsi que le règlement des cas de ceux qui ont changé de poste sans jamais être régularisés”.

Nabila SAÏDOUN

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