Algérie : les électeurs appelés aux urnes pour des scrutins locaux

photo urnes 1631789769313
photo urnes 1631789769313

Algérie : les électeurs appelés aux urnes pour des scrutins locaux

Plus de 23 millions d’Algériens votent samedi pour élire leurs représentants communaux et départementaux. Un scrutin crucial aux yeux du pouvoir pour sceller le « changement » de l’après-Bouteflika.

Après trois semaines d’une campagne électorale morose, plus de 23 millions d’Algériens sont appelés à choisir, samedi 27 novembre, leurs élus communaux et départementaux. Le scrutin est crucial aux yeux du pouvoir, qui veut tourner la page de la fin de règne mouvementée du défunt président Abdelaziz Bouteflika.

Les bureaux de vote ont ouvert à 8 heures, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse au collège Pasteur à Alger. Ils fermeront à 19 heures et les résultats officiels devraient être annoncés dimanche. Selon l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), 15 230 candidats sont en lice dans les 1 541 communes. Ils seront également 18 910 prétendants à se disputer les sièges départementaux dans 58 préfectures. Les femmes ne représentent que 15 % de l’ensemble des candidatures, selon l’ANIE.

Dans la capitale, à l’exception de quelques affiches et de rassemblements dans des salles fermées, les candidats ont été peu actifs.

« Veux-tu le changement ? »

« Veux-tu le changement ? », « L’édification institutionnelle », « Signe et appose ton empreinte » : ce sont les mots d’ordre officiels de ce double scrutin. Des formules critiquées par le politologue et ancien professeur de sciences politiques Mohamed Hennad, qui aurait préféré des slogans fondés « sur les valeurs de la citoyenneté ». Pour le politologue, le pouvoir s’entête « à imposer sa volonté en dépit des résultats déshonorants enregistrés lors des précédents scrutins ».

Il s’agit de la troisième élection organisée sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, qui s’est engagé à réformer toutes les institutions héritées des vingt ans de règne de M. Bouteflika, contraint à la démission en avril 2019 sous la pression des manifestations du mouvement prodémocratie Hirak et de l’armée. Très affaibli à partir de 2013 par un AVC, il est mort le 17 septembre 2021.

Le 5 juillet, jour de la fête d’indépendance de l’Algérie, le président Tebboune, élu en décembre 2019 avec 58 % des suffrages et un taux de participation d’à peine 40 %, avait assuré inscrire son action dans le sillage d’un « Hirak béni authentique ». M. Tebboune a fait adopter dans un premier temps des amendements constitutionnels lors d’un référendum le 1er novembre 2020, approuvé par seulement 23,7 % électeurs. Deuxième étape : les législatives anticipées du 12 juin dernier, également marquées par une abstention historique avec 23 % de taux de participation.

« Participer avec force »

La troisième étape du processus, les élections locales, devrait drainer davantage d’électeurs aux urnes. « Je souhaite que les citoyens participent avec force à ces élections », a déclaré le président Tebboune lors d’une interview avec des médias algériens diffusée vendredi soir par la télévision officielle. « Si le peuple veut le changement, il est grand temps qu’il l’opère lui-même à l’occasion de cette échéance », a-t-il déclaré.

La participation attendue en Kabylie, région qui avait boycotté les précédents scrutins, devrait faire monter le nombre de votants. Le Front des forces socialistes (FFS, plus vieux parti d’opposition) présente des candidats dans cette région, qui est l’un de ses principaux fiefs. Des indépendants, parmi lesquels d’anciens dirigeants du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), participent aussi au scrutin alors que le parti boycotte officiellement les municipales comme lors des précédents scrutins.

La participation n’est pas l’enjeu majeur de ce scrutin, nuance Redouane Boudjemaa, enseignant à la Faculté des sciences de l’information et de la communication d’Alger. Ce sont plutôt les « grands défis économiques et sociaux de l’année prochaine », dit-il. « L’effondrement du pouvoir d’achat engendrera la recrudescence des protestations syndicales », estime M. Boudjemaa.

Le Monde avec AFP