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À Lexeïba, Ghazouani défend la souveraineté alimentaire et promet une nouvelle dynamique agricole

En visite à Lexeïba, le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a réaffirmé son ambition de souveraineté alimentaire, annoncé un vaste projet d’irrigation et évoqué les priorités en matière de santé, d’emploi et de développement local.

À Lexeïba, sous une vaste tente dressée au cœur de Lexeïba, la scène était à la mesure de l’événement : élus, notables, cadres, représentants de la société civile et citoyens se sont rassemblés mercredi soir pour un échange direct avec le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Cette rencontre, inscrite dans la quatrième étape de sa visite d’inspection dans la wilaya du Gorgol, illustre une méthode de gouvernance désormais bien installée : aller au contact des territoires pour écouter, expliquer et rassurer.

Dès l’ouverture de la réunion, le Chef de l’État a tenu à saluer l’accueil « empli de sentiments de satisfaction » que lui ont réservé les habitants, avant de mettre en avant une réalité souvent sous-estimée : malgré sa récente promotion au rang de moughataa, Lexeïba dispose de solides fondations administratives et sociales. Plus encore, le Président a insisté sur un élément devenu rare dans un contexte régional parfois marqué par les tensions : la coexistence pacifique entre les composantes de la société mauritanienne. Un capital social qu’il a appelé à préserver comme un levier de stabilité et de développement.

Mais au-delà des symboles, la réunion s’est voulue pragmatique. Eau, électricité, santé, emploi des jeunes : les préoccupations exprimées par les intervenants ont rappelé tandis que les attentes restent élevées. Le Président n’a pas éludé ces défis, reconnaissant l’existence de lacunes tout en soulignant les progrès réalisés, notamment dans le domaine énergétique où certains indicateurs auraient été multipliés par près de trente. Une avancée significative, même si elle ne suffit pas encore à répondre à toutes les exigences d’un territoire en mutation.

Sur le plan sanitaire, l’engagement est clair : l’hôpital de la moughataa sera équipé dès l’achèvement de sa construction, dans le cadre d’un programme national de renforcement des infrastructures de santé. Quant à l’exploitation minière artisanale, souvent source de tensions et de désorganisation, le Président a rappelé le rôle régulateur de l’agence Maaden, créée pour sécuriser et structurer ce secteur stratégique.

Cependant, c’est la question de la souveraineté alimentaire qui a dominé les échanges et donné à cette rencontre une portée nationale. Pour le Chef de l’État, l’autosuffisance n’est plus un choix mais une nécessité stratégique, renforcée par les leçons de la pandémie de Covid-19 et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. « Un État qui ne produit pas la nourriture de ses citoyens est un État fragile », a-t-il martelé, résumant une doctrine désormais au cœur de la politique publique.

La création en 2024 d’un ministère dédié à l’agriculture et à la souveraineté alimentaire s’inscrit dans cette vision. Les résultats commencent à émerger : la Mauritanie se rapproche de l’autosuffisance en riz, tandis que la production maraîchère couvre déjà plusieurs mois de consommation nationale. Le défi réside désormais dans le stockage et la qualité, conditions indispensables pour envisager, à terme, l’exportation.

Dans cette perspective, l’annonce phare de la soirée concerne la réalisation d’un canal d’irrigation capable de desservir 30 000 hectares dans la moughataa de Lexeïba — un bond considérable lorsque l’on sait que les surfaces actuellement cultivées n’excèdent pas quelques milliers d’hectares. L’ambition est claire : transformer le potentiel agricole en moteur de croissance locale et nationale.

La question foncière, souvent sensible, a également été abordée avec prudence. Le Président a rejeté toute idée d’expropriation des terres exploitées par des familles, promettant au contraire de faciliter l’accès aux titres de propriété. L’objectif affiché n’est pas la spéculation, mais l’émergence d’une « révolution agricole » capable d’attirer investisseurs et technologies tout en offrant des opportunités aux jeunes.

Cette approche traduit une volonté d’équilibre : moderniser sans marginaliser, investir sans déposséder. Elle révèle aussi une conviction politique plus large — celle que la sécurité alimentaire est indissociable de la souveraineté nationale et de la stabilité sociale.

Au terme de la rencontre, l’intervention des ministres pour répondre aux questions sectorielles a prolongé cet exercice de dialogue direct. Reste désormais l’épreuve la plus décisive : celle de la mise en œuvre. Car si les annonces dessinent un horizon prometteur pour Lexeïba, leur concrétisation déterminera la crédibilité d’une stratégie qui ambitionne, ni plus ni moins, de redéfinir le modèle agricole mauritanien.

Dans une région où le développement se mesure souvent à la capacité de l’État à tenir ses engagements, cette visite présidentielle pourrait marquer un tournant — à condition que les promesses irriguent, elles aussi, durablement le terrain.

Ahmed Ould Bettar – Rapide Info

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