_Droit de réponse à Ely ould Sneiba !_

_Droit de réponse à Ely ould Sneiba !_
Cher Ould Sneiba,
Je ne peux pas te laisser affirmer, sans nuance, que “le communautarisme racial” en Mauritanie serait né du mouvement des 19 ou que la fracture nationale viendrait de “l’introduction de l’enseignement de l’arabe en 1966”.
Cette lecture est partielle et réductrice, et elle ignore le contexte historique, politique et social beaucoup plus complexe dans lequel s’inscrit cet épisode.D’abord, les 19 n’ont pas “fondé le communautarisme noir”. Ils ont réagi à un déséquilibre profond du pouvoir et à une volonté d’homogénéisation culturelle imposée d’en haut.
Leur appel n’était pas un rejet de l’arabe, mais une protestation contre une politique d’arabisation non concertée qui, à l’époque, marginalisait les langues et cultures nationales négro-mauritaniennes (pulaar, soninké, wolof). C’était un cri d’alarme pour la justice et la reconnaissance, pas un manifeste de division.
Ensuite, réduire la revendication linguistique à une “préférence pour le français” est inexact.
Dans une Mauritanie postcoloniale, le français était avant tout un outil de transition et d’ouverture internationale.
Les langues nationales, bien que peu institutionnalisées, étaient au cœur des revendications culturelles simplement, elles étaient alors dévalorisées par l’État et le système scolaire hérité de la colonisation.
Le véritable problème n’a jamais été la coexistence des langues, mais la hiérarchisation politique et symbolique entre elles.
En Mauritanie, comme ailleurs, la langue devient un champ de bataille dès lors qu’elle symbolise l’accès au pouvoir, à l’éducation et à la représentativité.
Par conséquent, parler aujourd’hui de “République des ethnies” est une manière de détourner le regard du vrai débat : celui d’un État encore inégal dans la reconnaissance de toutes ses composantes.
Quant à la peur d’un “nouveau Liban”, elle ne tient que si l’on refuse de réformer. L’enjeu n’est pas de se partager un État comme un gâteau, mais de construire un pacte national inclusif où chaque citoyen, quelle que soit sa langue ou son origine, se sente chez lui.
Cela passe par une reconnaissance symbolique des langues nationales, une meilleure représentation politique, et une mémoire apaisée des injustices passées.Enfin, oui, le communautarisme existe mais il ne vient pas d’un camp. Il se nourrit de la peur, du mépris et de la réécriture sélective de l’histoire.
Pour l’éradiquer, il faut de la vérité, pas des procès d’intention ; du courage politique, pas des slogans sur “le vivre-ensemble”.
La Mauritanie a besoin d’un projet national partagé, pas d’un récit à sens unique.
Abdoulaziz Deme
Observateur de la vie politique en Mauritanie
Le 27 février 2026



