Faire des lois contre la misère : un devoir législatif et national en Mauritanie
Plaidoyer pour une loi-cadre contre la pauvreté en Mauritanie : inscrire la protection sociale dans la loi pour garantir des droits durables à tous les citoyens.

La misère n’est pas une fatalité.
Elle est le produit de déséquilibres économiques, sociaux et territoriaux que des lois justes, appliquées avec rigueur, peuvent réduire durablement.
C’est pourquoi les législateurs et le gouvernement du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani doivent faire de la lutte contre la pauvreté une priorité législative, et non seulement une politique de programmes sociaux.
Je suis profondément convaincu de la haute importance de la proposition qui vous est soumise.
Ce n’est qu’un premier pas, mais il est décisif : il s’agit de transformer la solidarité en droits effectifs, les intentions en lois, et les lois en résultats visibles pour les familles mauritaniennes.
Une urgence sociale et nationale.
Malgré des progrès réels, la pauvreté demeure une réalité majeure. Selon les résultats préliminaires de l’Enquête permanente sur les conditions de vie des ménages présentés en 2026, la pauvreté monétaire est passée de 28,2% en 2019 à 25,7% en 2025, tandis que l’extrême pauvreté a reculé de 12,8% à 11,2%.
Ces avancées méritent d’être saluées.
Mais elles ne doivent pas masquer l’essentiel : un Mauritanien sur quatre vit encore sous le seuil de pauvreté, et la pauvreté reste particulièrement marquée en milieu rural tout en progressant dans certaines zones périurbaines.
Des bases existent déjà.
La Mauritanie dispose déjà d’outils importants : le programme Tekavoul couvre 133 510 ménages extrêmement pauvres, les dépenses d’aide sociale représentent environ 7,5% du PIB, et les programmes de protection sociale touchent 47% du quintile le plus pauvre.
Le gouvernement a également orienté 26% du budget de l’État de 2026 vers des programmes sociaux : transferts monétaires, distributions gratuites, prix subventionnés, assurance santé solidaire, financement d’activités génératrices de revenus et soutien aux femmes cheffes de ménage, aux malades chroniques et aux personnes en situation de handicap.
Ces efforts sont nécessaires, mais insuffisants s’ils restent dispersés, dépendants des circonstances budgétaires ou fragiles face aux changements politiques. Il faut désormais les inscrire dans la loi.
Pour une loi-cadre contre la misère
Je propose que l’Assemblée nationa.le adopte une loi-cadre nationale de lutte contre la misère et pour l’inclusion sociale.
Elle garantirait à chaque citoyen un socle minimum de dignité et de protection.
Cette loi pourrait prévoir :
Un revenu minimum d’existence, garanti aux ménages les plus vulnérables, indexé sur le coût réel de la vie.
Un droit effectif à la santé, avec une couverture maladie accessible, notamment pour les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les malades chroniques.
Un droit à l’éducation, sans frais cachés, avec des cantines scolaires, du transport et du matériel pour les élèves des familles pauvres.
Un droit au logement décent, par des programmes publics de réhabilitation et d’accès au logement pour les ménages précaires.
Un droit au travail et à la formation, avec un appui renforcé à l’insertion professionnelle des jeunes, des femmes et des habitants des régions intérieures.
Une protection renforcée contre les chocs, notamment la sécheresse, la hausse des prix, les inondations et les crises économiques.
Un registre social national fiable, transparent et régulièrement actualisé, afin que l’aide atteigne réellement ceux qui en ont besoin.
Une obligation de résultats, avec des indicateurs publics annuels sur la réduction de la pauvreté, l’accès aux services et l’efficacité des dépenses sociales.
Le rôle des parlementaires.
Les députés ne doivent pas se limiter à voter des budgets. Ils ont le devoir d’examiner, d’améliorer et de faire appliquer les lois qui protègent les plus faibles.
Ils devraient créer une commission parlementaire permanente de suivi de la lutte contre la pauvreté, capable d’évaluer chaque année l’impact des politiques sociales, d’auditionner les ministères concernés et de rendre publiques ses conclusions.
La loi doit aussi prévoir des sanctions contre les détournements, les exclusions injustifiées et la mauvaise gestion des fonds destinés aux plus vulnérables.
La lutte contre la misère exige autant de justice sociale que de rigueur dans la gestion publique.
Le rôle du gouvernement.
Le gouvernement du président Ghazouani a déjà placé la protection sociale au cœur de son action, notamment à travers Taazour, les filets sociaux et les mesures de soutien au pouvoir d’achat.
Le nouveau gouvernement de ould Ndiay 2 est d’ailleurs appelé à renforcer la protection sociale des citoyens à faible revenu et le développement des régions de l’intérieur.
Il faut maintenant franchir une étape supplémentaire : donner à cette politique une assise législative durable. Une loi contre la misère protégerait les acquis, coordonnerait les interventions de l’État et obligerait chaque gouvernement futur à poursuivre l’effort.
Un premier pas décisif.
Cette proposition n’est pas une simple déclaration d’intention.
Elle est un appel à la responsabilité politique.
Faire des lois contre la misère, c’est reconnaître que la pauvreté n’est pas une honte pour les pauvres, mais un défi pour toute la Nation.
C’est affirmer qu’aucun enfant ne doit grandir sans école, aucun malade sans soins, aucune famille sans toit ni espoir.
C’est un premier pas, mais il est décisif.
Si les législateurs et le gouvernement le prennent avec courage, la Mauritanie pourra avancer vers une société plus juste, plus solidaire et plus digne pour tous.
© Abdoulaziz DEME
Le 13 Octobre 2026



