Assez du chacun pour soi : les élites doivent rendre des comptes | Abdoulaziz Deme
Une réussite qui ne profite qu'à soi est un abandon. Abdoulaziz Deme appelle les élites économiques et politiques à réinvestir dans leurs communautés.

Il est temps de le dire clairement : certaines élites noires ont choisi l’escalier de la réussite, puis ont retiré l’échelle derrière elles.
Elles sont passées de la rue au bureau, du quartier aux cercles du pouvoir, de la galère au confort et trop souvent, elles ont oublié d’où elles venaient.
La réussite n’est pas un crime.
Mais une réussite qui ne profite qu’à soi-même est une trahison silencieuse.
La solidarité n’est pas un folklore.
Nos communautés ont toujours avancé grâce à l’entraide : la tante qui héberge, le voisin qui prête, l’association qui finance, la diaspora qui envoie, le frère qui ouvre une porte.
Cette force n’est pas une légende.
Les transferts des diasporas africaines dépassent aujourd’hui 100 milliards de dollars par an et soutiennent directement familles, écoles, santé et petits commerces.
Pourtant, l’argent ne suffit pas.
On peut envoyer de l’argent et continuer à fermer les portes.
On peut afficher sa réussite sur les réseaux et ne rien transmettre.
On peut parler de fierté noire en se coupant des réalités des siens.
Le vrai scandale, c’est l’indifférence.
Le scandale n’est pas seulement la pauvreté. C’est la richesse qui circule dans quelques mains sans irriguer la communauté.
C’est le diplôme obtenu grâce aux sacrifices des parents, puis utilisé pour mépriser ceux qui n’ont pas eu la même chance.
C’est l’élite qui réclame le respect sans donner l’exemple.
Trop de réussites se réduisent à une équation cruelle : je suis sorti, tant pis pour les autres. Ce n’est pas de la réussite. C’est de l’abandon.
Les inégalités ne tombent pas du ciel : elles se nourrissent de la concentration des richesses et du divorce entre une minorité qui accède aux ressources et une majorité qui en est exclue.
Quand une élite s’enrichit sans investir, sans transmettre et sans rendre des comptes, elle ne reste pas neutre. Elle participe au blocage.
La réussite doit produire des relais
Nous ne demandons pas la charité.
Nous exigeons la responsabilité.
Une élite utile, c’est celle qui :
embauche et forme les jeunes de ses quartiers dans les périphériques des villes ;
investit dans les écoles, le sport, la culture et l’entrepreneuriat ;
transmet ses réseaux, ses compétences et ses expériences ;
défend l’intérêt collectif plutôt que ses seuls privilèges ;
refuse la corruption, l’évasion fiscale et la fuite des capitaux qui privent les peuples de leurs moyens de développement.
La fuite illicite des capitaux n’est pas une abstraction : elle affaiblit les États, vide les services publics de leurs ressources et laisse les populations face à elles-mêmes.
Une élite qui envoie son argent à l’étranger et achètent des villas, aujourd’hui des résidences entières pendant que son pays manque d’écoles, d’hôpitaux et d’emplois n’a pas le droit de parler de patriotisme.
La question qui dérange !
À toutes les élites noires et blancs politiques, économiques, intellectuelles, artistiques, sportives ou associatives on posons-nous une seule question : à qui profite votre réussite ?
Si elle ne profite qu’à votre famille, votre compte en banque et votre image, elle est fragile. Si elle crée des emplois, forme des jeunes, protège les plus vulnérables et transforme une communauté, elle devient un héritage.
Le chacun pour soi est une trahison.
La solidarité organisée est une stratégie de survie, de dignité et de pouvoir collectif.
Nos communautés n’ont pas besoin de vedettes isolées. Elles ont besoin de bâtisseurs qui laissent des portes ouvertes derrière eux.
Abdoulaziz DEME
Le 12 Octobre 2026



