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Où va la Mauritanie ? Entre Promesses et Urgence de Résultats

Mauritanie 2026 : Gaz, Économie et Jeunesse – Quel Avenir ?

Croissance portée par le gaz, défis de l’éducation, emploi des jeunes et santé : la Mauritanie a-t-elle les moyens de ses ambitions ? Analyse complète des enjeux nationaux.

Où allons-nous en Mauritanie ?

Le pays des promesses face à l’urgence des résultats

La Mauritanie a-t-elle réellement les moyens de ses ambitions ? La question peut paraître provocatrice. Elle est pourtant devenue incontournable.

À l’heure où le pays entre dans une nouvelle phase de son développement, portée notamment par les revenus du gaz, l’exploitation minière, les investissements publics et les perspectives offertes par les énergies renouvelables, une autre réalité s’impose : la croissance économique ne suffit pas, à elle seule, à transformer une société.

La Mauritanie avance. Mais avance-t-elle assez vite ? Et surtout, avance-t-elle dans la bonne direction ?

Les chiffres racontent une histoire contrastée.

Selon la Banque mondiale, la croissance économique a atteint 4,2 % en 2025, après 6,3 % en 2024. La pauvreté, selon son indicateur national utilisé dans ses projections, aurait reculé de 27 % en 2024 à 25,2 % en 2025, permettant à environ 55 000 personnes de sortir de la pauvreté.

Ces progrès sont importants. Mais ils ne doivent pas masquer les défis structurels.

Car derrière les taux de croissance et les milliards d’ouguiyas investis se trouve une question beaucoup plus simple : qu’est-ce que le citoyen mauritanien ressent concrètement dans sa vie quotidienne ?

Le paradoxe d’un pays riche en ressources mais pauvre en opportunités

La Mauritanie possède ce que beaucoup de pays recherchent : des ressources minières, une façade maritime exceptionnelle, un potentiel agricole et pastoral considérable, du gaz, de l’or, du fer et un potentiel solaire et éolien parmi les plus importants de la région.

Le démarrage de la production gazière en 2025 a renforcé les perspectives économiques et budgétaires du pays. La Banque mondiale souligne notamment que les premières recettes gazières ont contribué à améliorer les recettes d’exportation et les finances publiques.

Mais une interrogation demeure : que ferons-nous de cette nouvelle richesse ?

Le gaz peut financer des infrastructures. Il peut renforcer les réserves de l’État. Il peut soutenir les investissements.

Mais il ne créera pas automatiquement une économie diversifiée.

Il ne construira pas, à lui seul, une école performante.

Il ne formera pas les techniciens dont l’industrie aura besoin.

Il ne garantira pas un emploi à chaque jeune.

Il ne transformera pas automatiquement le poisson débarqué dans nos ports en produits à forte valeur ajoutée.

La véritable richesse d’un pays n’est donc pas seulement ce qu’il possède sous son sol ou au large de ses côtes. C’est ce qu’il est capable de construire avec ces ressources.

Le gaz : une chance historique, mais pas une stratégie nationale

Le débat sur le gaz devrait dépasser la seule question des recettes.

La vraie question est celle du contenu national.

Combien d’entreprises mauritaniennes participeront aux projets ? Combien de jeunes seront formés ? Combien de PME deviendront des sous-traitants ? Combien d’activités industrielles pourront être créées autour de cette énergie ?

Le gouvernement a annoncé pour 2026 le démarrage des travaux de la Commission nationale du contenu local ainsi que des projets industriels dans la zone de Nouakchott, notamment autour de l’acier, du fer à béton, des engrais et de la pétrochimie.

C’est précisément là que se joue une partie de l’avenir.

Exporter une ressource est une activité économique. Transformer une ressource en industrie nationale est une stratégie de développement.

La différence est considérable.

La jeunesse : la bombe à retardement que l’on peut transformer en moteur

La Mauritanie compte désormais plus de 5,3 millions d’habitants*, selon les dernières données de la Banque mondiale, avec une croissance démographique annuelle de 2,8 % en 2025.

Derrière cette démographie se trouve une immense responsabilité : créer suffisamment d’écoles, d’emplois, de logements, de services de santé et d’opportunités économiques.

Le chômage modélisé par l’OIT était estimé à 10,3 % en 2025 selon les données de la Banque mondiale.

Mais le chiffre du chômage ne raconte pas toute l’histoire.

Il y a aussi le jeune diplômé qui ne trouve pas d’emploi correspondant à sa formation. Le jeune qui travaille dans l’informel. Celui qui abandonne ses études. Celui qui rêve de partir à l’étranger. Celui qui possède une compétence mais aucun capital pour lancer son activité.

C’est là que se trouve probablement l’un des grands défis de la prochaine décennie.

Que ferons-nous de cette jeunesse ?

L’État ne pourra pas embaucher tout le monde.

La solution doit donc passer par une économie capable de créer des emplois en dehors de la fonction publique : agriculture moderne, élevage, pêche, transformation industrielle, construction, numérique, énergie, tourisme, artisanat et services.

Le gouvernement a annoncé pour 2026 la création de 15 000 opportunités d’emploi à travers différents programmes, ainsi que 7 000 opportunités de volontariat.

L’enjeu sera désormais de mesurer l’impact de ces dispositifs : combien d’emplois durables auront réellement été créés ? Combien de bénéficiaires auront acquis une compétence valorisable ? Combien d’entreprises seront nées de ces programmes ?

La jeunesse ne demande pas seulement des programmes. Elle demande des perspectives.

L’école : le chantier qui décidera de la Mauritanie de 2040

Il existe un chiffre qui devrait provoquer davantage de débats nationaux que beaucoup d’autres statistiques économiques.

Selon le dernier indicateur de la Banque mondiale sur la pauvreté des apprentissages, 95 % des enfants mauritaniens à la fin de l’âge primaire n’atteindraient pas le niveau minimal de lecture avec compréhension, selon les données disponibles utilisées par cet indicateur. La Banque mondiale précise que ces données reposent sur des évaluations anciennes et doivent donc être interprétées avec prudence.

Ce chiffre ne doit pas être utilisé pour condamner une génération d’enseignants ou une institution. Il doit plutôt nous obliger à poser une question essentielle :

Que vaut une croissance économique si une partie importante des enfants ne reçoit pas les apprentissages fondamentaux qui lui permettront de participer pleinement à cette croissance ?

La Banque mondiale estime par ailleurs que l’enfant mauritanien né aujourd’hui n’atteindra, en moyenne, que 38 % de son potentiel de productivité à l’âge adulte, compte tenu des conditions actuelles de santé et d’éducation.

Voilà le véritable défi.

Il faut certes construire des salles de classe. Mais il faut surtout améliorer ce qui s’y passe.

Former les enseignants. Mesurer les acquis. Renforcer les sciences et les mathématiques. Développer la formation professionnelle. Introduire davantage le numérique. Valoriser les filières techniques.

Et surtout, accepter une idée simple :

l’éducation n’est pas une dépense. C’est l’investissement économique le plus important que puisse faire un pays.

Santé : derrière les infrastructures, la question de l’accès

La même logique vaut pour la santé.

Des progrès existent. La mortalité des enfants de moins de cinq ans a fortement diminué au cours des dernières décennies, passant de 116,5 décès pour 1 000 naissances vivantes en 1990 à 36,9 en 2024, selon l’UNICEF.

Mais les indicateurs restent préoccupants.

L’UNICEF estime notamment à 40 % l’indice de couverture des services de santé essentiels dans les données disponibles pour 2021, tandis que la mortalité maternelle était estimée à **464 décès pour 100 000 naissances vivantes** en 2020.

Le défi est donc double : poursuivre les progrès tout en réduisant les fortes disparités d’accès aux soins.

Un centre de santé ne suffit pas s’il manque de personnel.

Un hôpital ne suffit pas s’il manque de médicaments.

Une ambulance ne suffit pas si les routes rendent son intervention difficile.

La politique de santé doit être pensée comme une chaîne : prévention, personnel, équipements, médicaments, transport, soins spécialisés et suivi.

L’eau et l’électricité : le développement commence au robinet et à l’interrupteur

On parle souvent de grandes infrastructures. Mais le développement se mesure aussi à des choses beaucoup plus simples.

L’eau qui arrive régulièrement.

L’électricité qui fonctionne.

Une route qui relie un village au marché

Une connexion Internet qui permet à un jeune de travailler.

Selon les données de la Banque mondiale, l’accès à l’électricité concernait environ 52,2 % de la population en 2024.

L’UNICEF estime, pour sa part, que 77 % de la population disposait en 2022 d’un accès au moins basique à l’eau potable, tandis que 59 % bénéficiaient d’un service d’assainissement au moins basique.

Ces chiffres montrent à quel point les infrastructures essentielles doivent rester au cœur des priorités.

L’électrification rurale, par exemple, ne doit pas être considérée uniquement comme un projet technique. C’est un projet économique et social.

L’électricité permet d’irriguer, de conserver les produits agricoles, de développer des ateliers, d’alimenter des centres de santé et de donner aux jeunes accès au numérique.

Le vrai défi : passer de l’économie d’extraction à l’économie de transformation

C’est probablement l’une des questions les plus importantes pour la Mauritanie.

Notre économie doit-elle continuer à exporter principalement des ressources, ou devons-nous utiliser ces ressources pour bâtir une base industrielle plus large ?

La réponse devrait être claire : il faut progresser vers davantage de transformation locale.

Le fer doit favoriser davantage d’activités industrielles.

La pêche doit alimenter une véritable industrie de transformation.

L’élevage doit développer ses chaînes de valeur : viande, lait, cuir, aliments pour animaux.

L’agriculture doit s’appuyer sur la transformation agroalimentaire.

Le gaz doit contribuer à l’émergence d’activités industrielles et énergétiques.

L’or et les autres ressources minières doivent également générer davantage de compétences, de services et de valeur localement.

Le défi n’est plus seulement d’extraire. Il est de transformer.

Une administration jugée sur ses résultats

Une autre révolution est nécessaire : celle de la culture administrative.

Le budget de l’État pour 2026 s’élève à environ 132,15 milliards d’ouguiyas, en hausse de 10,96 % par rapport à la loi de finances rectificative de 2025. Les investissements budgétaires sont également en hausse.

Mais une question doit accompagner chaque augmentation budgétaire :

quel résultat concret le citoyen obtient-il en retour ?

Plus de budget doit signifier plus d’efficacité.

Plus d’investissement doit signifier plus d’infrastructures utiles.

Plus de ressources doit signifier davantage de services publics.

La performance publique doit donc être mesurée avec des indicateurs simples, publics et compréhensibles.

Combien de kilomètres de routes ont été réellement livrés ?

Combien de classes fonctionnelles ?

Combien de patients pris en charge ?

Combien de jeunes insérés durablement ?

Combien de villages électrifiés ?

Combien de projets abandonnés ?

Combien de délais respectés ?

Un État moderne n’est pas seulement celui qui dépense. C’est celui qui obtient des résultats.

La pauvreté ne se combat pas uniquement avec des transferts

La baisse récente de la pauvreté constitue un signal encourageant. Mais elle doit être consolidée.

Il faut surtout distinguer la pauvreté monétaire des autres dimensions de la pauvreté.

Le FMI souligne ainsi que la pauvreté multidimensionnelle reste élevée, à 56,9 %, selon l’indicateur utilisé dans son rapport de 2026.

Ces deux chiffres ne sont pas contradictoires : ils ne mesurent pas la même chose.

L’un renseigne sur la pauvreté selon un seuil monétaire ; l’autre prend en compte plusieurs dimensions des conditions de vie.

Cette distinction est fondamentale.

Elle rappelle qu’une personne peut sortir statistiquement de la pauvreté monétaire tout en continuant à vivre dans un environnement marqué par des difficultés d’accès à l’éducation, à la santé, à l’eau, à l’assainissement ou à d’autres services essentiels.

La vraie bataille n’est donc pas seulement de réduire la pauvreté. C’est de réduire les causes qui la reproduisent.

La Mauritanie doit choisir son modèle

Nous sommes peut-être à un moment charnière.

Le gaz ouvre une nouvelle page.

Les ressources minières restent importantes.

Les investissements se poursuivent.

Le numérique transforme l’économie.

Les énergies renouvelables offrent de nouvelles possibilités.

La population augmente.

La jeunesse attend.

Et le monde change rapidement.

La question n’est donc plus : avons-nous des ressources ?

La question est :

Savons-nous les transformer en prospérité partagée ?

Savons-nous créer une économie où la réussite d’une entreprise mauritanienne ne dépend pas uniquement de ses relations, mais de sa productivité ?

Savons-nous construire une école où le diplôme correspond à une compétence ?

Savons-nous faire de Nouakchott une capitale moderne sans laisser les autres régions à distance ?

Savons-nous développer Nouadhibou sans négliger l’intérieur du pays ?

Savons-nous moderniser l’agriculture et l’élevage ?

Savons-nous faire de notre jeunesse une force économique plutôt qu’un problème social ?

Et surtout, savons-nous penser au-delà du prochain budget, du prochain projet ou de la prochaine échéance ?

Le temps n’est plus aux petits ajustements

La Mauritanie n’a pas besoin d’une révolution permanente.

Elle a besoin de constance.

Une stratégie éducative poursuivie pendant quinze ans.

Une politique industrielle poursuivie pendant dix ans.

Une réforme administrative évaluée chaque année.

Une politique agricole pensée sur le long terme.

Un investissement continu dans la santé.

Une véritable stratégie numérique.

Une politique de formation directement liée aux besoins de l’économie.

Et une gestion des revenus des ressources naturelles pensée pour les générations futures.

Le pays doit également renforcer ses mécanismes de transparence, d’évaluation et de redevabilité. Le FMI relève encore des défis importants en matière de diversification, d’infrastructures, de gouvernance et de capital humain.

Ce sont précisément ces domaines qui détermineront si la croissance actuelle devient un véritable développement ou reste une succession de cycles économiques.

Et maintenant, où allons-nous ?

Il serait facile de dresser une longue liste de problèmes.

Il serait encore plus facile de se contenter de dénoncer.

Mais la Mauritanie n’a pas besoin d’un nouveau catalogue de pessimisme.

Elle a besoin d’une feuille de route nationale.

Une feuille de route qui dise clairement :

Voici ce que nous voulons devenir ; voici ce que nous devons financer ; voici ce que nous devons réformer ; voici les résultats que nous devons atteindre ; et voici comment les citoyens pourront vérifier, année après année, si nous avons tenu nos engagements.

Notre pays dispose aujourd’hui d’une occasion rare.

Les revenus issus des ressources naturelles peuvent financer une transformation profonde. Mais ils peuvent aussi simplement financer davantage de dépenses si aucune vision de long terme ne les accompagne.

C’est là que se trouve le choix historique.

Faire du gaz une rente ou un levier industriel.

Faire des mines une source de recettes ou un moteur de diversification.

Faire de la jeunesse une charge ou le principal capital du pays.

Faire de l’école une administration de plus ou le socle de la nation.

Faire de l’État un distributeur de moyens ou une machine à produire des résultats.

La Mauritanie n’est pas condamnée à rester ce qu’elle est aujourd’hui.

Mais elle ne deviendra pas non plus automatiquement ce qu’elle rêve d’être.

Le développement ne viendra pas simplement de nos ressources. Il viendra de la manière dont nous les utiliserons.

Et peut-être est-ce finalement cela, la vraie question que nous devons nous poser collectivement :

Quand le gaz sera épuisé, quand le minerai sera extrait et quand les générations actuelles auront quitté la scène, que restera-t-il de la Mauritanie que nous sommes en train de construire ?

Si la réponse est une économie plus diversifiée, une jeunesse mieux formée, des institutions plus efficaces, une industrie nationale plus forte, des régions mieux équipées et des citoyens bénéficiant réellement de la croissance, alors nous pourrons dire que nous avons transformé une richesse naturelle en héritage national.

Dans le cas contraire, nous aurons peut-être connu la croissance.

Mais nous aurons manqué le développement.

Sources et références

  1. Banque mondiale — Mauritanie
    Données économiques, croissance, pauvreté, démographie, développement humain et perspectives économiques.
    Banque mondiale – Mauritanie
  2. Banque mondiale — World Development Indicators
    Données sur la population, l’emploi, l’accès à l’électricité et différents indicateurs de développement.
    World Development Indicators – Mauritanie
  3. Banque mondiale — Human Capital / Learning Poverty
    Données relatives à l’apprentissage, au capital humain et au potentiel de productivité.
    World Bank – Mauritania Human Capital
  4. Fonds monétaire international (FMI) — Mauritanie, 2026
    Analyse de la situation économique, des perspectives, de la pauvreté multidimensionnelle, de la diversification et des réformes structurelles.
    FMI – Mauritanie
  5. UNICEF — Mauritanie
    Données relatives à la santé, à la mortalité infantile, à l’eau, à l’assainissement et aux services essentiels.
    UNICEF – Mauritanie
  6. Agence Mauritanienne d’Information (AMI)
    Informations officielles relatives au budget de l’État, aux politiques publiques, aux programmes d’emploi et aux projets économiques et industriels annoncés par les autorités mauritaniennes.
    Agence Mauritanienne d’Information

Ahmed Ould Bettar , membre du Réseau des journalistes économistes maghrébins

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