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Inondations à Nouakchott : où sont les milliards annoncés pour développer la capitale ?

Inondations à Nouakchott : entre milliards annoncés et quartiers toujours submergés, où en est vraiment la gestion des eaux pluviales dans la capitale ?

 Portrait d'Abdoulaziz Deme, auteur de la tribune sur les inondations à Nouakchott
Abdoulaziz Deme

Illustration Inondations à Nouakchott — Nouakchott sous les eaux, saison des pluies 2026.

Inondations à Nouakchott- Chaque saison des pluies, le même spectacle se répète à Nouakchott : des quartiers transformés en mares, des routes impraticables, des maisons encerclées par les eaux, des familles abandonnées à elles-mêmes et des services publics dépassés.
Face à cette situation, une question devient incontournable : que font réellement les maires des communes de Nouakchott et la Communauté urbaine pour protéger les citoyens ?

Il ne s’agit pas de nier les difficultés objectives d’une ville construite dans un environnement fragile, marqué par la faiblesse du drainage, la montée de la nappe phréatique, l’urbanisation rapide et l’absence d’un véritable réseau intégré d’évacuation des eaux pluviales. Mais ces contraintes ne peuvent plus servir d’excuse permanente à l’inaction, à l’improvisation et au manque de coordination.
Une gestion qui révèle ses limites
Les inondations ne constituent pas un phénomène nouveau à Nouakchott.
Elles sont prévisibles, récurrentes et documentées. Pourtant, les autorités locales semblent encore agir dans l’urgence, après l’arrivée des pluies, au lieu de préparer sérieusement la ville en amont.
Les opérations de pompage, lorsqu’elles sont engagées, restent souvent ponctuelles et insuffisantes.
Elles ne règlent pas le problème de fond.
Dans plusieurs quartiers, les habitants attendent l’intervention des services publics pendant des jours, parfois avec leurs enfants, leurs biens et leurs activités économiques exposés aux eaux stagnantes.
Cette situation traduit une faiblesse manifeste de la gouvernance locale :
absence de plans communaux efficaces de prévention des inondations ;
insuffisance des équipements de pompage et de drainage ;
manque de coordination entre les communes, la Communauté urbaine et les services de l’État ;
communication tardive et souvent limitée envers les populations ;
faible transparence sur les moyens mobilisés et les résultats obtenus ;
absence d’évaluation publique après chaque saison des pluies.
Les maires ne peuvent pas être présents uniquement lors des cérémonies officielles, des inaugurations ou des campagnes électorales.
Leur responsabilité première est de garantir des services de proximité et de défendre quotidiennement les intérêts des habitants.
Une responsabilité partagée
Il serait toutefois injuste de faire porter toute la responsabilité aux seuls maires.
La gestion des inondations à Nouakchott relève d’une responsabilité partagée entre les communes, la Communauté urbaine, les ministères concernés et le gouvernement central.
Mais cette responsabilité partagée ne doit pas devenir une responsabilité diluée. Lorsque chacun renvoie la faute à l’autre, personne ne répond véritablement aux citoyens.
Les communes doivent disposer de moyens financiers, techniques et humains à la hauteur des besoins.
Elles doivent également rendre compte de l’utilisation de ces moyens.
La décentralisation ne peut pas se limiter à transférer des responsabilités sans transférer les ressources nécessaires à leur exercice.
La Communauté urbaine, quant à elle, devrait jouer pleinement son rôle de coordination métropolitaine. Nouakchott ne peut pas être gérée comme une simple addition de communes isolées. Les eaux ignorent les limites administratives : ce qui se passe à Nouakchott Nord a des conséquences sur Nouakchott Ouest, Nouakchott Sud, Tevragh-Zeina, عرفات, Dar-Naim, Toujounine ou El Mina. La réponse doit donc être globale, planifiée et coordonnée.
Où sont les milliards annoncés ?
Cette question mérite désormais une réponse claire.
En novembre 2024, la Présidence avait annoncé l’affectation de 50 milliards d’anciennes ouguiyas à un programme intégré d’urgence destiné au développement et à la modernisation de Nouakchott.
Le programme devait notamment concerner les routes, l’eau, l’assainissement, l’éclairage public, l’éducation, la santé et l’amélioration du cadre de vie.

Par la suite, un programme d’urgence d’environ 5,1 milliards de MRU soit 51 milliards d’anciennes ouguiyas a été présenté avec huit composantes, dont 764 millions de MRU consacrés à l’eau potable et à l’assainissement, ainsi qu’à l’évacuation des eaux de pluie.
D’autres annonces ont également fait état d’une première phase de 57 milliards d’anciennes ouguiyas, suivie d’une deuxième phase dépassant 100 milliards d’anciennes ouguiyas.

Ces montants sont considérables. Ils doivent donc être accompagnés d’informations précises :
quels projets ont effectivement été réalisés ?
quels quartiers ont bénéficié des investissements ?
quelle part des budgets a été consacrée à la lutte contre les inondations ?
quels travaux de drainage et d’assainissement ont été achevés ?
quels sont les délais d’exécution et les entreprises retenues ?
quel est le niveau réel d’avancement des programmes ?
pourquoi les mêmes quartiers continuent-ils d’être régulièrement submergés ?
Annoncer des milliards ne suffit pas. Un budget n’est pas un résultat. Une cérémonie de lancement n’est pas une infrastructure.
Une promesse ne remplace ni un réseau d’évacuation, ni une station de pompage, ni une route praticable.
Les citoyens ont droit à la transparence
Les habitants de Nouakchott ne demandent pas l’impossible. Ils demandent des quartiers accessibles, des rues praticables, des services d’assainissement fonctionnels et une intervention rapide en cas de catastrophe.
Ils ont aussi le droit de savoir comment l’argent public est utilisé.

La publication régulière de rapports d’exécution, de cartes des projets, de budgets détaillés et d’indicateurs de résultats permettrait de restaurer la confiance.
Chaque commune devrait présenter publiquement :
son plan annuel de prévention des inondations ;
les moyens disponibles avant la saison des pluies ;
les zones identifiées comme prioritaires ;
les dépenses engagées ;
le nombre d’interventions réalisées ;
les résultats obtenus et les difficultés rencontrées.
Cette transparence ne doit pas être considérée comme une attaque politique.
Elle constitue une obligation normale dans une démocratie locale.
Sortir de l’improvisation
Nouakchott a besoin d’une véritable politique métropolitaine de prévention des inondations. Cette politique devrait reposer sur :
une cartographie actualisée des zones à risque ;
un réseau cohérent de drainage et d’évacuation des eaux ;
des stations de pompage permanentes et correctement entretenues ;
des réserves de matériel disponibles dans chaque commune ;
une cellule de crise commune aux neuf communes ;
un système d’alerte rapide destiné aux populations ;
un contrôle strict de l’urbanisation dans les zones vulnérables ;
un budget clairement identifié et suivi par les citoyens.
La gestion des catastrophes ne peut pas dépendre uniquement de l’arrivée tardive de camions-citernes ou de quelques opérations médiatisées de pompage.
Elle doit être organisée avant la pluie, et non après l’apparition des dégâts.
Une interpellation nécessaire
Les maires des communes de Nouakchott et les responsables de la Communauté urbaine doivent désormais sortir du silence et présenter un bilan précis de leur action.
Les citoyens sont en droit de demander des comptes, non pas pour polémiquer, mais parce que leur sécurité, leur santé et leurs biens sont directement concernés.
La question des milliards annoncés pour le développement de la capitale ne doit pas être éludée. Si ces financements ont été mobilisés, les populations doivent voir leurs effets dans les quartiers. S’ils ne l’ont pas été, il faut expliquer les blocages, identifier les responsabilités et publier un calendrier crédible.
Nouakchott ne peut pas prétendre devenir une capitale moderne tout en laissant ses habitants affronter chaque hivernage dans l’angoisse et l’abandon. La modernisation d’une ville ne se mesure pas seulement à ses grands discours, mais à la capacité de ses institutions à protéger les citoyens les plus exposés.
Les habitants de Nouakchott n’attendent plus de nouvelles annonces. Ils attendent des résultats, de la transparence et des responsables capables d’assumer leurs missions.

Abdoulaziz DEME
Le 26 Septembre 2026

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