Accueil |Opinions, tribunes, éditoriaux, billet d'humeur

La Cour des comptes en Mauritanie doit revoir les règles sur la retraite des personnels civil et militaire de l’État.

La Cour des comptes en Mauritanie doit revoir les règles sur la retraite des personnels civil et militaire de l’État.

La Cour des comptes de Mauritanie, dans ses rapports récents, appelle à une réforme structurelle du régime de retraite des fonctionnaires civils et militaires, jugé financièrement déséquilibré et peu soutenable à moyen terme.

Contexte : un système sous tension.
Le régime des pensions civiles et militaires en Mauritanie est géré principalement par la Caisse générale de retraite des agents de l’État (CGRAE), un système par répartition où les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités.

Or, plusieurs facteurs pèsent sur sa viabilité :

Dépenses croissantes : les départs massifs à la retraite, l’allongement de l’espérance de vie et les revalorisations régulières des pensions alourdissent la charge.
Recettes insuffisantes : le taux de cotisation, assis sur des salaires souvent peu revalorisés, ne couvre plus les prestations versées.
Déficit technique structurel : comme dans d’autres pays de la région, le régime affiche un déficit récurrent, comblé par des subventions budgétaires de l’État, ce qui fragilise les finances publiques.

Dans son Rapport général annuel 2022–2023, la Cour des comptes mauritanienne a mis en évidence des dysfonctionnements dans la gestion des finances publiques et souligné la nécessité de réformes paramétriques et structurelles pour garantir la pérennité des régimes sociaux, dont celui des retraites.
Ce que recommande la Cour des comptes
La Cour préconise une refonte des règles de retraite autour de plusieurs axes :

1. Réformes paramétriques urgentes.
Relèvement de l’âge légal de départ : passer progressivement de 55–60 ans à 60–65 ans selon les catégories, comme observé dans les réformes régionales.

Allongement de la durée de cotisation requise : exiger au moins 30 ans de services effectifs pour une pension à taux plein, au lieu de 25 ans actuellement pour certains corps.
Révision du taux de remplacement : limiter le ratio pension/dernier salaire à un niveau soutenable (par exemple 60–70%), notamment pour les hauts salaires.

2. Unification et clarification des régimes
Fusion des règles civil/militaire : harmoniser les conditions d’ouverture des droits, les barèmes de calcul et les âges limites, tout en tenant compte de la pénibilité spécifique aux armées.
Création d’un pôle public de retraite : regrouper la gestion des pensions civiles et militaires sous une gouvernance unique, avec un pilotage actuariel indépendant.

3. Mesures de financement et de pilotage
Augmentation des taux de cotisation : relever progressivement la part salariale et patronale (par exemple de 18% à 25%), en répartissant l’effort entre État employeur et agents.
Indexation des pensions sur l’inflation, non sur les salaires : éviter l’emballement des dépenses en découplant revalorisations des pensions et augmentations salariales.
Mise en place d’un comité de suivi actuariel : publier chaque année un rapport d’équilibre financier du régime, avec scénarios à 10–20 ans.
4. Mesures d’accompagnement social
Préservation des droits acquis : aucune baisse rétroactive des pensions en cours de versement.

Traitement différencié pour les bas revenus : maintenir un taux de remplacement plus élevé pour les petites pensions afin de protéger les retraités vulnérables.
Possibilité de retraite progressive : autoriser le maintien en activité à temps partiel avec cumul partiel de pension, pour lisser les départs.

Pourquoi agir maintenant ?

Plusieurs signaux d’alerte sont au rouge :
Pression démographique : le ratio actifs/retraités se dégrade rapidement avec l’arrivée à l’âge de la retraite des cohortes nées dans les années 1960–1970.
Risque budgétaire : sans réforme, la subvention étatique au régime pourrait doubler d’ici 2030, au détriment d’autres postes prioritaires (éducation, santé, infrastructures).
Exigence de transparence : la Cour des comptes, dans sa mission constitutionnelle de contrôle des finances publiques, ne peut plus se contenter de constats ; elle doit proposer un cadre réformateur crédible et chiffré.

Pistes concrètes pour la Cour des comptes
Pour transformer ses recommandations en leviers d’action, la Cour pourrait :
Commander une étude actuarielle indépendante sur l’équilibre à 20 ans du régime, avec scénarios de réforme (âge, taux, durée).
Organiser un dialogue social élargi : gouvernement, syndicats, patronat, société civile, pour co-construire une feuille de route consensuelle.
Proposer une loi-cadre de réforme : adopter un texte qui fixe les principes (progressivité, droits acquis, pilotage) et délègue les paramètres précis à des décrets d’application révisables tous les 5 ans.

Publier un rapport spécial « Retraites de l’État » : dédié exclusivement au régime civil et militaire, avec recommandations chiffrées et calendrier de mise en œuvre.

Pour conclure sur ce sujet :

La Cour des comptes a un rôle clé à jouer pour éviter que le régime de retraite des personnels civils et militaires ne devienne une bombe à retardement budgétaire.
En combinant réformes paramétriques rapides (âge, cotisation, durée) et réformes structurelles (unification, pilotage actuariel, transparence), elle peut aider l’État à préserver à la fois la soutenabilité financière et la justice sociale du système.

© Abdoulaziz DEME
Le 24 Septembre 2026

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires