Mauritanie : Déclaration de Bocar Oumar Ba après le 2ᵉ Congrès de l’AJD/MR
Retrouvez l'intégralité de la déclaration du nouveau président de l'AJD/MR, Bocar Oumar Ba, à l'issue du 2ᵉ congrès ordinaire du parti à Nouakchott.

Le nouveau président Bocar Oumar Ba présente la nouvelle orientation politique du parti
À la suite du 2ᵉ Congrès ordinaire de l’AJD/MR tenu les 22 et 23 août 2026, le nouveau président Bocar Oumar Ba présente la nouvelle orientation politique du parti, abordant la gouvernance en Mauritanie, la crise électrique, l’opposition et le débat sur le troisième mandat.
DÉCLARATION DU PRÉSIDENT DE L’AJD/MR
À L’ISSUE DU 2ᵉ CONGRÈS ORDINAIRE
« Une nouvelle dynamique pour une nouvelle étape »
Nouakchott, 29 août 2026
Mesdames et Messieurs les représentants de la presse,
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais tout d’abord vous remercier d’avoir répondu présents à cette conférence de presse organisée à la suite du 2ᵉ Congrès ordinaire de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR), tenu les 22 et 23 août 2026.
Ce Congrès a marqué une nouvelle étape dans la vie de notre parti. Il a renouvelé ses instances, revisité et actualisé ses textes fondamentaux et engagé une réflexion sur notre déclaration de politique générale, notre vision et notre manière de travailler.
Je voudrais, à cette occasion, me présenter officiellement à celles et ceux qui ne me connaissent pas encore : je suis Bocar Oumar Ba, président élu de l’AJD/MR.
Notre ambition est claire : ouvrir une nouvelle dynamique politique, organisationnelle et militante pour notre parti.
I. UNE NOUVELLE DYNAMIQUE POUR L’AJD/MR
Le Congrès des 22 et 23 août n’a pas seulement renouvelé les instances dirigeantes de l’AJD/MR. Il a également réaffirmé notre attachement à nos fondamentaux tout en ouvrant une nouvelle phase de notre action politique.
Nous avons revisité nos textes, actualisé nos méthodes de travail et engagé une réflexion sur notre déclaration de politique générale.
Dans les prochaines semaines, nos militants, nos sympathisants et l’opinion publique mauritanienne seront davantage informés des nouvelles orientations qui découleront de cette réflexion.
Cette nouvelle dynamique ne signifie évidemment pas que nous renions le travail accompli par ceux qui nous ont précédés.
Bien au contraire.
Je tiens à saluer la contribution de tous les présidents et responsables qui ont dirigé l’AJD/MR depuis sa création.
Je pense particulièrement à mon frère Ibrahima Moktar Sarr, qui a conduit le parti pendant de nombreuses années avec son charisme, son expérience et sa connaissance de la vie politique nationale.
Je tiens également à rendre hommage à mon prédécesseur, mon frère Ba Mamadou Bocar, dont le mandat a notamment été marqué par un important travail d’implantation du parti à travers le pays.
Ce travail constitue aujourd’hui une base solide sur laquelle la nouvelle direction entend construire.
Nous ne voulons donc pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Nous voulons consolider les acquis, corriger ce qui doit l’être et ouvrir de nouveaux chantiers.
II. CRISE DE L’ÉLECTRICITÉ, CORRUPTION ET GOUVERNANCE
Je voudrais également revenir sur le contexte national particulièrement difficile que traverse notre pays.
Je m’associe à tous les Mauritaniens qui ont subi les conséquences des coupures d’électricité, des perturbations des réseaux et de l’instabilité des services essentiels.
Quelques gouttes de pluie ne devraient pas suffire à paralyser une capitale et, au-delà, à perturber profondément la vie économique et sociale du pays.
Cette situation révèle une réalité beaucoup plus profonde : la fragilité de notre système de gouvernance.
La crise actuelle doit nous conduire à nous interroger sérieusement sur la gestion des ressources publiques, la qualité des infrastructures, le suivi des marchés publics et les mécanismes de contrôle.
Lorsqu’un pays est correctement gouverné, lorsqu’il existe des mécanismes efficaces de contrôle et de responsabilité, les infrastructures essentielles ne devraient pas être aussi vulnérables.
La corruption n’est pas seulement une question morale ou financière.
La corruption peut provoquer l’effondrement concret des services publics.
Lorsqu’un marché est attribué, que des ressources financières sont mobilisées mais que les prestations attendues ne sont pas réalisées correctement, c’est l’ensemble de la collectivité qui en paie le prix.
Ce que nous venons de vivre doit donc être considéré comme un avertissement.
Il faut renforcer la transparence, la responsabilité et le contrôle de la gestion publique.
III. BON VOISINAGE ET COOPÉRATION SOUS-RÉGIONALE
Cette crise révèle également une autre réalité : aucun pays ne peut vivre isolé de son environnement.
Lorsque la Mauritanie est confrontée à une difficulté majeure, elle doit pouvoir compter sur ses voisins et, réciproquement, être capable de leur apporter son soutien lorsqu’ils en ont besoin.
Notre pays doit donc accorder une importance particulière à ses relations avec les États de la sous-région.
Nous devons construire une véritable politique de bon voisinage fondée sur la coopération, la solidarité et le respect mutuel.
La diplomatie de proximité n’est pas une faiblesse.
Elle constitue au contraire un instrument de souveraineté et de sécurité collective.
Nous devons notamment développer davantage les coopérations techniques, énergétiques, économiques, éducatives et sécuritaires avec les pays voisins.
Notre pays aura toujours besoin de son environnement régional.
Il est donc essentiel d’entretenir avec celui-ci des relations de confiance.
IV. ÉDUCATION, FORMATION ET SOUVERAINETÉ NATIONALE
Cette situation nous interpelle également sur la question fondamentale de l’éducation.
Un pays ne peut être véritablement souverain s’il ne dispose pas des compétences nécessaires pour résoudre ses propres problèmes.
Nous devons donc investir massivement dans l’éducation, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, la recherche et la formation technique.
Nous ne pouvons pas accepter que, demain, face à une crise technique ou à un problème majeur, notre pays soit systématiquement obligé de rechercher à l’extérieur les compétences dont il aurait besoin.
La véritable souveraineté commence par la formation de nos propres compétences.
L’éducation nationale doit donc redevenir une priorité stratégique de l’État.
V. MASSIFICATION ET IMPLANTATION DE L’AJD/MR
Notre premier grand chantier interne sera celui de la massification du parti.
L’AJD/MR est un parti qui compte dans le paysage politique mauritanien. Mais nous devons transformer davantage cette influence politique en présence militante organisée sur le terrain.
Le travail d’implantation entrepris ces dernières années constitue une première étape.
Mais implanter une structure ne suffit pas.
Une structure politique doit être animée, formée, accompagnée et évaluée.
Nous devons donc passer d’une logique d’implantation à une véritable logique de consolidation et d’animation permanente.
Nous voulons un parti présent dans les quartiers, les communes, les départements et les régions.
Un parti proche des populations.
Un parti capable d’écouter, de comprendre et de porter les préoccupations des citoyens.
VI. ÉLARGIR ET CONSOLIDER NOTRE DISCOURS POLITIQUE
L’AJD/MR est souvent perçue comme un parti essentiellement centré sur la question nationale et le passif humanitaire.
Cette perception mérite d’être dépassée sans que nous renoncions à nos fondamentaux.
La question nationale demeure au cœur de notre engagement.
Nous considérons que les injustices structurelles qui traversent notre pays doivent être résolues.
Mais cela ne doit pas nous empêcher de nous prononcer sur toutes les grandes questions qui concernent les Mauritaniens.
Quelle est la position de l’AJD/MR sur l’éducation ?
Quelle est notre vision pour le système de santé ?
Que proposons-nous pour l’emploi des jeunes ?
Comment lutter contre la délinquance et l’insécurité ?
Comment répondre à la crise des valeurs ?
Comment favoriser la transformation économique du pays ?
Quelle politique pour les femmes et les jeunes ?
Quelle politique pour l’environnement et l’aménagement du territoire ?
Ce sont autant de questions auxquelles un parti qui aspire à gouverner doit apporter des réponses.
Nous allons donc ouvrir de nouveaux chantiers de réflexion.
Nous envisageons notamment l’organisation de conventions et de rencontres thématiques associant des militants, des universitaires, des experts, des professionnels et des acteurs de la société civile.
Notre objectif est simple :
produire des propositions politiques fondées sur l’expertise, l’analyse et la connaissance des réalités du pays.
VII. TOURNER LA PAGE DU CONGRÈS ET RASSEMBLER LA FAMILLE AJD/MR
Un Congrès est nécessairement un moment de débat.
Il peut être passionné.
Il peut être contradictoire.
Il peut même faire apparaître des divergences.
Cela est normal dans la vie d’un parti politique démocratique.
Le Congrès est précisément l’espace où les militants peuvent confronter leurs idées et exprimer leurs désaccords.
Mais le Congrès est désormais terminé.
Nous avons refermé la porte du Congrès et nous regardons désormais vers l’avenir.
J’invite donc tous les militants de l’AJD/MR à tourner cette page et à se consacrer au travail.
Nous devons désormais nous concentrer sur les défis qui nous attendent.
Je veux également lancer un message d’ouverture à tous les anciens militants qui, pour diverses raisons, ont pris leurs distances avec le parti.
Depuis mon élection, plusieurs personnes m’ont approché pour exprimer leur volonté de revenir travailler au sein de l’AJD/MR.
Je leur dis aujourd’hui clairement :
la porte est ouverte.
Nous voulons reconstruire la grande famille AJD/MR.
Cela nécessitera certainement d’apaiser certaines frustrations, de restaurer certaines relations et de reconstruire la confiance.
Nous en sommes parfaitement conscients.
Mais nous sommes déterminés à entreprendre ce travail.
L’AJD/MR est ouvert à ses anciens militants, à ses sympathisants, à ceux qui avaient pris leurs distances et à tous ceux qui partagent notre volonté de contribuer au changement profond de notre pays.
VIII. POUR UNE OPPOSITION UNIE AUTOUR D’UNE VÉRITABLE ALTERNATIVE
L’AJD/MR entend également renforcer son travail avec les autres forces de l’opposition.
Nous avons déjà commencé ce travail sous la précédente direction, notamment à travers les contacts établis avec plusieurs partis d’opposition.
Cette dynamique a contribué à la constitution de cadres de concertation et de coopération auxquels nous participons.
Nous voulons aller plus loin.
Mais nous devons également clarifier ce que signifie être dans l’opposition.
L’AJD/MR ne se définit pas par son opposition à un homme.
Nous ne sommes pas opposés à une personne en particulier.
Nous sommes opposés à un système qui produit et entretient des injustices structurelles.
Si demain une autre personne issue du même système arrive au pouvoir sans changer les mécanismes qui produisent ces injustices, notre position ne changera pas.
Nous resterons dans l’opposition.
Notre objectif n’est donc pas une simple alternance de personnes.
Notre objectif est une véritable alternative politique et institutionnelle.
C’est sur cette base que nous voulons engager le dialogue avec les autres composantes de l’opposition.
Ceux qui partagent cette volonté de transformer profondément la gouvernance de notre pays trouveront en l’AJD/MR un partenaire ouvert au dialogue, à la coopération et à l’action commune.
IX. LE DIALOGUE NATIONAL : OUI, MAIS UN DIALOGUE SINCÈRE ET INCLUSIF
Je voudrais enfin aborder la question du dialogue politique national.
Le dialogue est devenu, en Mauritanie, une sorte de serpent de mer : on en parle régulièrement, mais il peine à produire les résultats attendus.
L’AJD/MR n’est pas opposée au dialogue par principe.
Bien au contraire.
Un parti politique démocratique doit être capable de dialoguer avec toutes les composantes de la société et avec les institutions de l’État.
Mais nous sommes attachés à un dialogue sincère, inclusif, préparé et respecté.
Pour nous, plusieurs conditions doivent être réunies.
Première condition : la sincérité de l’appel au dialogue
Nous souhaitons savoir clairement qui appelle au dialogue et quel engagement il prend quant à la mise en œuvre de ses conclusions.
Si le Président de la République est l’initiateur du dialogue, nous souhaitons qu’il l’assume clairement et qu’il s’engage à respecter les conclusions qui en résulteront.
Deuxième condition : l’inclusivité
Un véritable dialogue ne peut être conçu unilatéralement.
Ceux qui sont appelés à participer doivent également pouvoir contribuer à la définition de son ordre du jour et de ses modalités.
Troisième condition : la mise en œuvre des engagements antérieurs
Il est difficile de demander aux acteurs politiques de participer à un nouveau dialogue lorsque les engagements issus des précédentes concertations n’ont pas été pleinement mis en œuvre.
La confiance politique se construit par le respect de la parole donnée.
X. LE TROISIÈME MANDAT : UNE QUESTION QUI NE PEUT ÊTRE BANALISÉE
Nous observons aujourd’hui avec attention le débat qui se développe autour de l’éventualité d’un troisième mandat.
Cette question nous interpelle profondément.
Le Président de la République a prêté serment de respecter et de faire respecter la Constitution.
Il est donc pour le moins préoccupant de voir se développer, autour du pouvoir, des appels visant à remettre en cause les limitations constitutionnelles des mandats.
Nous considérons que la question du respect de la Constitution ne doit pas être banalisée.
Elle touche à la stabilité de nos institutions, à la crédibilité de notre démocratie et au respect de la parole donnée.
L’AJD/MR considère que l’exemplarité doit venir du sommet de l’État.
Nous devons collectivement préserver le principe de l’alternance constitutionnelle et éviter que les institutions de la République soient soumises aux intérêts politiques du moment.
CONCLUSION
Mesdames et Messieurs,
Le 2ᵉ Congrès ordinaire de l’AJD/MR est désormais derrière nous.
Une nouvelle équipe est en place.
Une nouvelle dynamique est engagée.
Notre responsabilité est maintenant de travailler.
Travailler à la massification du parti.
Travailler à son implantation et à son animation.
Travailler à l’élargissement et à la consolidation de notre projet politique.
Travailler au rassemblement de notre famille politique.
Travailler à l’unité et à la mobilisation de l’opposition.
Mais surtout, travailler à la construction d’une véritable alternative pour la Mauritanie.
Nous resterons fermes sur nos fondamentaux.
Mais nous serons ouverts sur la stratégie.
Ouverts au dialogue.
Ouverts à la coopération.
Ouverts aux compétences.
Ouverts à tous ceux qui veulent contribuer au changement.
Notre conviction demeure que la Mauritanie mérite mieux qu’une simple alternance de personnes.
Elle mérite une transformation profonde de son système de gouvernance.
L’AJD/MR veut prendre toute sa part dans cette transformation.
Je vous remercie.
M. Bocar Oumar Ba
Le Président de l’ AJD/MR



