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Lettre ouverte au Président : Gestion des pluies et inondations à Nouakchott

Lettre ouverte de M. Ahmed Ould Bettar au Président : face à la paralysie de Nouakchott par les pluies, il demande une commission d'enquête indépendante.

Face à la paralysie de Nouakchott après les récentes pluies, Ahmed Ould Bettar adresse une lettre ouverte au Président de la République. Il réclame la création d’une commission d’enquête indépendante sur la gestion des eaux pluviales, la transparence sur les marchés publics accordés et une révision approfondie des méthodes de gouvernance urbaine.

Lettre ouverte au Président : Monsieur le Président, après la pluie, il est temps d’assumer ses responsabilités

Monsieur le Président,

Il a suffi d’une pluie. Une seule pluie, certes très forte, mais pas rare pour une capitale qui cherche à se moderniser. Hier, Nouakchott s’est retrouvée presque paralysée.

Des routes sont devenues des torrents. Des voitures sont restées bloquées. Des quartiers ont été coupés du reste de la ville. Des habitants sont restés coincés dans les bouchons. Une fois de plus, la capitale a semblé découvrir que la pluie existe.

Monsieur le Président,

Je vous écris avec le respect que demande votre rôle. J’écris aussi avec la liberté que chaque citoyen doit garder quand il voit que quelque chose ne va pas.

Vous avez peut-être pensé à un remaniement ministériel. Beaucoup de Mauritaniens le veulent aussi. Certains estiment qu’il faut donner un nouvel élan au gouvernement. Ils veulent changer les équipes et surtout demander plus de résultats.

Mais en attendant un remaniement, qui serait pourtant souhaité et utile, permettez-moi de proposer une mesure plus ciblée et plus urgente. Je parle ici de la création d’une commission d’enquête vraiment indépendante sur la gestion des eaux pluviales à Nouakchott.

Et puisque les commissions d’enquête finissent parfois par ressembler à de simples changements de mobilier dans une administration, pourquoi ne pas confier sa présidence à un ancien ministre ? Il vaudrait mieux choisir quelqu’un qui n’a pas participé directement aux décisions actuelles. Cette personne pourrait alors travailler en toute indépendance.

Le but ne serait pas de chercher des responsables à tout prix. Il s’agirait surtout de comprendre ce qui s’est passé.

Comment une pluie peut-elle paralyser toute une capitale ?

Pourquoi certains ouvrages d’évacuation restent-ils insuffisants ? Pourquoi les travaux faits ces dernières années ne donnent-ils pas les résultats promis ? Combien a-t-on dépensé ? Quels marchés a-t-on attribués ? Quelles entreprises ont fait les travaux ? Quels contrôles a-t-on faits ? Et surtout, qui prend ses responsabilités quand on dépense l’argent public, mais que la première vraie pluie fait ressortir les mêmes problèmes ?

Monsieur le Président,

Le problème, ce n’est pas seulement l’eau qui est tombée du ciel. Le vrai problème, c’est qu’elle n’a trouvé aucun chemin pour s’écouler.

Voilà toute la différence entre une catastrophe naturelle et un problème de gestion publique.

Personne ne demande à l’État d’empêcher la pluie de tomber. On lui demande juste de préparer la ville pour l’accueillir.

Une capitale moderne ne devrait pas devenir impraticable après quelques heures de pluie. Les citoyens ne devraient pas devoir transformer leur voiture en bateau pour aller travailler. Les commerçants ne devraient pas avoir peur à chaque nuage. Les enfants ne devraient pas voir leur école devenir inaccessible à cause d’une flaque qui, dans une ville bien conçue, aurait dû être évacuée par un réseau qui fonctionne.

Une goutte d’eau peut sembler sans importance. Mais quand elle montre l’ampleur d’un problème, elle devient forcément une question politique.

C’est pourquoi cette commission devrait avoir un mandat clair, de vrais moyens et l’obligation de rendre ses conclusions publiques.

Elle devrait surtout vérifier les réseaux d’évacuation. Elle doit aussi regarder les investissements faits, repérer les zones les plus exposées, évaluer la qualité des travaux et proposer un vrai plan pour rendre nos villes plus résistantes aux pluies.

Et surtout, Monsieur le Président, il ne faut pas laisser ses recommandations de côté.

Les Mauritaniens ne manquent pas de rapports. Ce qui leur manque, ce sont des résultats.

Il est aussi temps d’arrêter cette vieille habitude. On attend l’inondation pour parler des canalisations. On attend l’embouteillage pour parler des routes. On attend la panne pour parler de l’entretien.

Gouverner, c’est prévoir les problèmes avant qu’ils n’arrivent.

Monsieur le Président,

Vous pouvez transformer l’épisode d’hier en autre chose qu’un simple mauvais souvenir à cause de la météo.

Vous pouvez tourner cette pluie en signal fort pour l’administration.

Si on ne change pas les ministres, changeons au moins les méthodes.

Si nous ne pouvons pas changer les responsables tout de suite, changeons au moins la façon de travailler.

Si une commission d’enquête est créée, elle ne doit pas servir à communiquer ou à se justifier. Elle doit être dirigée par une personne crédible, compétente et assez libre pour poser les questions qui dérangent.

Car, Monsieur le Président, la pluie d’hier n’a pas seulement mouillé les rues de Nouakchott. Elle a aussi montré les faiblesses de notre politique urbaine.

Ce serait dommage de laisser les routes sécher sans apprendre de cette journée.

La prochaine pluie viendra.

La vraie question n’est donc pas de se demander si Nouakchott aura encore de fortes pluies.

La question est de savoir si, quand elles arriveront, notre capitale sera enfin prête.

Monsieur le Président, il a plu hier.

Maintenant, il est temps de clarifier toutes les responsabilités.

Un citoyen qui veut une enquête indépendante plutôt qu’une nouvelle promesse. Il préfère des résultats qui durent à des excuses répétées.

Ahmed Ould Bettar

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