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Mauritanie : l’éthique comme socle de la réforme durable

Analyse de la vision du président Ghazouani : lutter contre la corruption en Mauritanie en replaçant l'éthique et la probité au cœur de l'État.

Analyse — Dans une récente intervention au Palais présidentiel, le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a posé un diagnostic sans concession : la corruption administrative et financière prend racine dans la dégradation de l’éthique morale. Décryptage d’une vision qui place l’intégrité et le sens du devoir au cœur de la refondation de l’État en Mauritanie.

L’éthique, socle de toute réforme durable/El Weli Sidi Heïba

Toutes les analyses politiques ne se valent pas. Si certaines se contentent de décrire les symptômes, d’autres s’attachent à remonter aux causes profondes des dysfonctionnements. C’est précisément dans cette seconde approche que s’inscrit la vision exposée par Son Excellence le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, lors de sa récente conférence de presse au Palais présidentiel. En affirmant que la corruption morale constitue le terreau originel de la corruption administrative, financière et de la mauvaise gouvernance, il a posé un diagnostic clair et assumé. Cette déclaration n’était ni circonstancielle ni anodine. Elle traduisait une conception globale de la réforme, fondée sur la conviction que toute transformation durable commence par l’ancrage des valeurs et que l’efficacité des institutions dépend avant tout de l’intégrité des femmes et des hommes qui les servent.
La corruption ne naît pas d’abord d’un marché frauduleux, d’une décision partiale ou d’un détournement de fonds. Elle germe là où l’honnêteté s’efface, où le sens du devoir s’émousse, où la fonction publique cesse d’être vécue comme une mission d’intérêt général pour devenir un instrument d’intérêt privé. Les dérives administratives et financières ne sont, en réalité, que la partie émergée d’un déséquilibre moral plus ancien et plus insidieux. Dans cette perspective, le Président ne réduit pas la lutte contre la corruption au renforcement des contrôles ou à l’alourdissement des dispositifs légaux, pour indispensables qu’ils soient. Il invite à agir en amont, là où se forgent les comportements, là où se joue l’adhésion intérieure aux règles. Cette approche traduit une volonté politique résolue de s’attaquer aux causes structurelles, et non pas seulement aux manifestations visibles.
L’expérience comparée des États montre qu’une administration efficace ne repose pas uniquement sur des textes juridiques ou une profusion d’organes de contrôle. Elle tient d’abord à la conscience professionnelle, à la probité, au sens de l’engagement. La loi peut punir après le fait ; elle ne peut pas, à elle seule, inculquer l’intégrité ni prévenir la tentation. L’éthique, elle, agit en amont : elle conduit l’agent public à faire son devoir, même en l’absence de tout regard extérieur. Lorsque cette exigence morale faiblit, les lois deviennent contournables, les institutions perdent leur crédibilité, les principes de transparence et d’équité s’érodent, et l’usage de la fonction publique à des fins personnelles se banalise. Les conséquences sont en cascade : dégradation de la qualité des services, inefficacité administrative, détérioration du climat des affaires, et surtout, érosion du lien de confiance entre l’État et les citoyens.
La réforme administrative ne saurait donc se réduire à un réaménagement des structures, une modernisation des procédures ou une numérisation des services, si utiles soient-elles. Elle doit être pensée comme un projet de société, porté par des valeurs fondatrices : intégrité, justice, transparence, responsabilité, neutralité, primauté de l’intérêt général. Comme l’a rappelé le Président, la loi fixe les règles, mais c’est l’éthique qui leur donne leur portée réelle, en faisant du respect des normes un choix librement consenti plutôt qu’une simple crainte de la sanction. L’originalité de cette vision est qu’elle ne vise pas seulement à combattre la corruption une fois installée, mais à en prévenir l’émergence. C’est une philosophie de l’assèchement des sources, non de la seule répression des effets. Toute la différence entre une réforme conjoncturelle et une réforme structurelle tient en cela : la première traite les conséquences, la seconde transforme le terreau qui les produit.
Dans cette logique, l’enracinement des valeurs éthiques devient une œuvre collective. Comme l’a exposé le Président, elle commence par l’éducation, se poursuit à l’université, se traduit dans l’administration, et trouve un relais dans les médias, la culture et le discours religieux. Lorsque ces vecteurs agissent en synergie, ils créent un environnement où la probité devient la norme et la corruption, l’exception. Une administration moderne ne se juge pas seulement à la rapidité de ses procédures, mais à sa capacité à garantir l’égalité de traitement, la justice, la protection des deniers publics et le respect de la dignité des usagers. Une administration éthique est plus performante, plus résiliente face aux dérives, et mieux armée pour conduire les politiques publiques et soutenir le développement.
Faire de l’éthique le socle de la réforme n’est donc pas un vœu pieux ni un discours incantatoire. C’est un choix stratégique, validé par les expériences internationales les plus abouties. Les États qui ont bâti des administrations solides ne se sont pas contentés de renforcer la répression ; ils ont aussi cultivé chez leurs agents la conviction intime que le pouvoir est une responsabilité, que la fonction publique est un service, que les ressources publiques sont un dépôt sacré, et que l’intégrité est une condition de pérennité de l’État. Ériger l’éthique en référence suprême de la bonne gouvernance, c’est permettre à l’administration de devenir un espace de confiance, où chaque citoyen sait que la loi sera appliquée avec équité et que le service public sera rendu avec impartialité. C’est ainsi que se renforcent la confiance entre l’État et la société, et la légitimité même des institutions.
La véritable portée de cette vision est qu’elle ouvre la voie à une nouvelle étape de la réforme, où la formation de l’homme précède celle de l’administration, et où la conscience morale devient le prolongement naturel de la loi. Lorsque les valeurs triomphent, la corruption recule d’elle-même. Lorsque l’intégrité devient une culture partagée, les institutions se consolident et l’administration se mue en véritable levier de développement. C’est à cette condition que la Mauritanie pourra poursuivre son ambition de bâtir un État moderne, fondé sur la compétence, la justice et la primauté du droit.

El Weli Sidi Heïba

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