Actualité société MauritanieActualités MauritanieEducation et formation

Sauver le système éducatif mauritanien : pistes et solutions après le Bac 2026

Les résultats alarmants du Bac 2026 ont agi comme un véritable électrochoc au sein de la société mauritanienne. Face à la baisse continue du niveau scolaire, aux infrastructures vétustes et au manque de moyens des inspecteurs, les simples plaintes ne suffisent plus. De la responsabilisation des acteurs à la refonte des programmes, en passant par le développement de l’enseignement technique et du sport, découvrez une feuille de route concrète et ambitieuse pour réinventer et sauver l’école mauritanienne.

Quelques idées pour sauver le système éducatif mauritanien

_Par Yahya Niane pour Rapide Info_

Après la publication des résultats du Baccalauréat 2026, la colère est montée. Parents, enseignants, citoyens : tous dénoncent la même chose, la baisse dramatique du niveau de nos élèves. Les réseaux sociaux s’enflamment, les salons se remplissent de reproches. Mais se plaindre ne suffit plus. Ce résultat doit être un électrochoc.

Car l’école mauritanienne est malade. Pas d’une maladie incurable. D’une maladie de négligence, de déconnexion et de déresponsabilisation collective. Et pour la sauver, il faut d’abord regarder la vérité en face.

D’abord, la qualité de l’enseignement est en berne. Beaucoup d’enseignants manquent de formation continue et font cours dans des classes de 60 à 70 élèves. Mais plus grave encore, le suivi fait défaut. Or sans l’implication réelle des inspecteurs, il n’y aura ni formation, ni évaluation, ni amélioration. Leur rôle est capital. Sauf qu’aujourd’hui, ils n’ont ni véhicules, ni carburant, ni ordinateurs, ni budget pour aller sur le terrain. Comment encadrer dans ces conditions ? *Et encore moins de responsabilité puisque les compétences ne sont pas partagées.* Entre le central, les DREN et les communes, chacun renvoie la balle et au final personne n’est comptable.

À cela s’ajoute le problème des programmes. Ils sont abstraits, lourds, déconnectés de la vie des enfants. On impose des leçons que ni l’élève ni parfois le maître ne comprennent, loin du vécu local, de la culture et des besoins du pays. Il n’est donc pas étonnant que les élèves se démotivent et fuient vers TikTok, le football de rue et les petits boulots. L’école ne leur parle plus.

Ensuite, parlons des infrastructures. Dans de nombreuses écoles, il manque des salles, des manuels, des bibliothèques, des laboratoires. Pire, nos écoles sont devenues de véritables prisons : pas d’espace, pas de lumière, *pas d’aire de jeu*. Les ateliers techniques sont quasi inexistants. Pourtant ce sont précisément le sport, la technique et le numérique qui passionnent nos enfants aujourd’hui. Comment leur demander de rester 6 heures assis pour écouter des théories, quand à la récréation ils sortent dehors juste pour respirer 5 minutes ?

Par ailleurs, le mal est aussi familial et structurel. Le décrochage explose parce que beaucoup de parents ont démissionné. Les réunions sont vides, le suivi inexistant. Mais l’État n’est pas exempté non plus. Le recrutement se fait sans définir le vrai profil de l’instituteur et du professeur. Il faut donc suivre toute la chaîne, de la formation initiale jusqu’à l’affectation, pour mettre la bonne personne à la bonne place. Au sommet de tout cela, le pilotage lui-même pose problème. Un audit de toute la chaîne s’impose, du ministère aux directions régionales en passant par les inspections, pour savoir qui fait quoi et pourquoi ça ne marche pas.

Face à ce constat, l’urgence est d’agir dès la rentrée prochaine. La première mesure doit être de doter les inspecteurs des moyens logistiques leur permettant d’accomplir leur mission. Une fois équipés, il faut leur redonner du pouvoir : formation continue, tournées régulières, accompagnement. Un inspecteur doit être un coach, pas un flic.

Dans le même temps, il faut évaluer les enseignants. Avant chaque rentrée, des tests doivent permettre de statuer sur leur niveau réel et leurs besoins de formation. L’objectif n’est pas de sanctionner mais de former là où ça fait mal. Et pour garder les meilleurs, il est temps de créer des perspectives et un plan de carrière allant dans le sens de récompenser au mérite : primes d’excellence, avancement accéléré, distinctions nationales. À côté de cela, assainir le recrutement en définissant un vrai profil et en mettant fin au piston est une condition sine qua non.

En parallèle, il faut revenir aux fondamentaux : lire, écrire, compter, et distribuer des manuels. Mais aussi lancer des cours de soutien intensifs aux élèves avant la fin du premier trimestre pour valider leur candidature à l’examen prochain, en ciblant d’abord les classes d’examen. Et surtout, il faut changer le visage de nos écoles. Les rendre spacieuses, aérées, avec de véritables aires de jeux récréatifs, des terrains de sport, des coins lecture. Créer des clubs de sport, de robotique, de jardinage. Qu’un enfant vienne à l’école aussi pour jouer, créer, bricoler.

Enfin, il est impossible de réussir sans les parents. Ramenons-les à l’école avec un carnet de suivi obligatoire et deux réunions par trimestre. Sensibilisons à travers les radios, les mosquées, les associations. Car l’éducation ne se délègue pas : l’école fait 30%, la maison fait 70%.

Au-delà de l’urgence, des réformes structurelles s’imposent pour réinventer l’école. D’abord, revoir les curricula. Finissons-en avec le bourrage théorique et orientons les programmes vers les centres d’intérêts des enfants. Partons du concret, de l’environnement, de la culture et des métiers du pays. Intégrons plus de sciences, de numérique, d’arts et surtout de technique.

Ensuite, développons l’enseignement technique et sportif. Créons de vrais lycées techniques, des filières sport-études, des ateliers de mécanique, d’électricité, d’agriculture, d’informatique dès le collège. L’école doit préparer au travail, pas seulement au diplôme. Stages, apprentissage, entrepreneuriat doivent entrer dans les programmes du secondaire.

Il faut également réduire les inégalités territoriales en construisant des écoles dans les zones enclavées, avec de l’eau, de l’électricité, un terrain, un atelier, un espace de récréation digne. Et là où il n’y a pas de prof de maths ou de physique, déployer l’enseignement à distance.

Pour finir, instaurons la transparence. Publions les résultats de chaque école. Récompensons l’excellence avec des bourses, des primes, des trophées pour les élèves, les enseignants, les techniciens et les sportifs. Mais rien de tout cela ne se fera sans argent. L’éducation doit devenir la priorité budgétaire numéro 1, avec l’appui des entreprises, des ONG et des fédérations sportives.

Au fond, la réussite dépend de chacun. L’État doit piloter, financer, lancer l’audit, doter les inspecteurs et mettre en place le plan de carrière au mérite. Les inspecteurs doivent encadrer et évaluer sans complaisance. Les enseignants doivent accepter l’évaluation, se former et viser l’excellence. Les parents doivent s’engager réellement et arrêter de mépriser les filières techniques et sportives. Les élèves doivent reprendre conscience de leurs devoirs et canaliser leur passion vers l’apprentissage. Et la société civile, les clubs et les entreprises doivent encadrer, proposer des stages et sponsoriser.

En conclusion, sauver l’école mauritanienne ne se fera pas avec un décret. Cela prendra de la volonté politique, de l’argent, et surtout de l’engagement de chacun. Tant que nos écoles ressembleront à des prisons, tant que les inspecteurs seront sans moyens, tant que le pilotage ne sera pas audité, tant que le mérite ne sera pas récompensé, tant que le recrutement sera brouillon, et tant que l’école ignorera ce qui fait vibrer les enfants, elle continuera à les perdre.

Les résultats du Bac 2026 doivent être notre point de rupture. Réconcilions l’école avec les enfants, avec la famille, et avec le pays. C’est à ce prix que nous formerons une génération de Mauritaniens utiles, compétents et fiers de construire la Mauritanie de demain.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires