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Habi Mint Rabah, le « Feu » : symbole politique à l’Assemblée

La possible arrivée de l’ancienne esclave et militante Habi Mint Rabah à l’Assemblée nationale de Mauritanie redéfinit la lutte contre l’esclavage.

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Habi Mint Rabah, le Feu : quand la possible successeure de la députée Mariem Cheikh Samba Dieng transforme un siège parlementaire en symbole politique

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Cheikh Sidati Hamady

Conseiller du Président d’IRA, Biram Dah Abeid

Expert senior en Droits des CDWD (GFOD)

Chercheur spécialiste des discriminations structurelles,

Analyste, Essayiste

Il arrive que la mécanique institutionnelle dépasse sa simple fonction juridique pour prendre une portée politique majeure. En Mauritanie, la possible arrivée de Habi Mint Rabah à l’Assemblée nationale, en remplacement de Mariem Cheikh Samba Dieng conformément aux règles de succession parlementaire, ne serait pas un simple changement de titulaire d’un siège.

Habi Mint Rabah porte une trajectoire singulière. Ancienne esclave libérée par l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA), elle incarne une réalité toujours dénoncée en Mauritanie : l’esclavage demeure une pratique combattue malgré son incrimination par la loi n°2015-031 du 10 septembre 2015, qui le qualifie de crime contre l’humanité, tandis que les discriminations fondées sur l’ascendance et le travail persistent.

C’est dans ce contexte qu’elle interpelle directement le président Mohamed Cheikh El Ghazwani :

« Ghazwani, mieux vaut pour vous Mariem Cheikh Samba Dieng et Ghamou Achour Salem, car moi, Habi Mint Rabah, je suis le Feu. » Dixit Habi Mint Rabah.

Cette phrase résume la force symbolique de son parcours. Réduite en esclavage dès son enfance, elle a vécu plus de trente ans dans une situation de servitude domestique et agricole marquée par des violences physiques et sexuelles. Libérée en 2008 grâce à l’action de l’IRA et de son frère Bilal Ould Rabah, elle devient une militante engagée contre l’esclavage et les discriminations structurelles.

En 2018, elle se présente aux élections législatives sur la liste Sawab /IRA, avec le soutien de Biram Dah Abeid. Son parcours fait depuis d’elle une figure majeure du mouvement abolitionniste mauritanien.

Aujourd’hui, alors que Mariem Cheikh Samba Dieng et Ghamou Achour Salem, deux députés de l’IRA, font face à une forte pression judiciaire et politique, cette séquence prend une dimension particulière.

Selon la loi électorale, la perte éventuelle du mandat de Mariem Cheikh Samba Dieng entraînerait son remplacement à l’Assemblée nationale par sa successeure désignée, Habi Mint Rabah.

Une telle succession ne serait pas un simple acte administratif. Elle ferait entrer au Parlement une femme dont le vécu personnel rappelle que l’esclavage ne relève pas d’un passé révolu, mais demeure une réalité dénoncée dans le pays malgré son interdiction légale.

Pour les Communautés discriminées sur la base de la descendance et du travail (CDWD), l’enjeu dépasse donc une succession parlementaire. Il concerne la représentation politique de populations longtemps marginalisées et la place accordée aux victimes des discriminations structurelles dans les institutions nationales.

Le pouvoir peut chercher à écarter des adversaires politiques, mais il ne maîtrise pas toujours la portée des conséquences produites par ses décisions. La possible arrivée de Habi Mint Rabah donnerait une nouvelle visibilité à une parole issue directement de l’expérience de l’asservissement.

Car le « Feu » évoqué par Habi Mint Rabah ne désigne pas seulement une personne. Il symbolise une exigence de justice, une détermination et un refus de voir disparaître une réalité que beaucoup continuent de dénoncer.

Le pouvoir peut choisir les personnes qu’il affronte, mais il ne choisit pas toujours la force symbolique de celles et ceux qui émergent de ces combats.

Références

BBC News Afrique, « Une « esclave » libérée candidate aux législatives en Mauritanie », 22 juillet 2018 :

https://www.bbc.com/afrique/44919705

Freedom United, « Rabah Escaped 35 Years of Slavery. Now She’s Running for Mauritania’s Parliament », 2 août 2018 :

https://www.freedomunited.org/news/rabah-escaped-35-years-of-slavery-now-shes-running-for-mauritanias-parliam

CRiDEM, « Mauritanie : Haby Mint Rabah, ancienne esclave candidate aux élections législatives » :

https://cridem.org/imprimable.php?article=714718

TAZ, « Haby Rabahs Leben in Mauretanien: « Ich bin ein Produkt der … » », 6 août 2017 :

https://taz.de/Haby-Rabahs-Leben-in-Mauretanien/!5432826/

Loi n°2015-031 du 10 septembre 2015 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes en Mauritanie.

Pressenza, « Grâce pour les députées d’IRA : une décision vivement contestée par le président Biram Dah Abeid et les intéressées », 10 juillet 2026

Grâce pour les députées d’IRA : une décision vivement contestée par le président Biram Dah Abeid et les intéressées

Mondafrique, « Mauritanie : l’arrestation contestée de la députée Mariem Mint Cheikh », 9 avril 2026 :

https://mondafrique.com/politique/mauritanie-larrestation-contestee-de-la-deputee-marieme-mint-cheikh/

Site officiel de Biram Dah Abeid, « Enlèvement de l’honorable députée Mariem Mint Cheikh » :

Enlèvement de l’honorable députée Mariem mint Cheikh

ONU – Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage, Tomoya Obokata, Visite en Mauritanie, A/HRC/54/30/Add.2 (2023) :

https://documents.un.org/doc/undoc/gen/g23/151/18/pdf/g2315118.pdf

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