Dialogue national en Mauritanie : le silence préoccupant sur la question linguistique

Le Dialogue national mauritanien suscite l’espoir, mais Abdoulaziz Deme souligne l’omission cruciale du pluralisme linguistique dans sa feuille de route. Découvrez les risques pour la cohésion nationale et l’inclusion.
Dialogue national : le silence préoccupant sur la question linguistique.
La publication récente de la feuille de route du Dialogue national, ainsi que la signature du protocole d’accord par les différentes parties prenantes, ont suscité un espoir légitime au sein de l’opinion publique.
Celui d’un moment historique capable de refonder les bases du vivre-ensemble en Mauritanie.
Pourtant, à la lecture attentive de ce document, un manquement de taille apparaît : l’absence explicite de la question du pluralisme linguistique.
Ce silence n’est pas anodin. Il interpelle, voire inquiète, tant la problématique linguistique constitue l’un des nœuds centraux de la cohésion nationale.
En effet, si la feuille de route évoque la « promotion de la diversité culturelle », cette formulation reste trop générale pour répondre à un enjeu aussi structurant.
Elle ne saurait remplacer une réflexion claire, assumée et approfondie sur la place des langues nationales pulaar, soninké et wolof, dans l’espace public, administratif et éducatif.
Or, la langue n’est pas un simple outil de communication. Elle est un vecteur d’identité, un levier d’inclusion ou d’exclusion, un marqueur d’égalité ou d’injustice.
Ne pas intégrer explicitement cette dimension dans un dialogue censé rassembler les Mauritaniens, c’est prendre le risque de laisser en marge une partie significative de la population dans sa relation à l’État.
Les signataires de cette feuille de route portent une responsabilité historique.
Celle de ne pas reproduire les angles morts du passé. Car depuis des décennies, la question linguistique revient de manière récurrente dans le débat public, sans jamais trouver de cadre apaisé et institutionnel pour être traitée en profondeur.
Le Dialogue national offre précisément cette opportunité. La manquer serait une erreur stratégique et politique.
Intégrer la problématique des langues nationales dans les discussions ne signifie en aucun cas remettre en cause le statut de l’arabe.
Il s’agit plutôt de reconnaître la réalité sociolinguistique du pays et de bâtir un modèle inclusif, où chaque citoyen peut accéder aux services publics, à l’éducation et à la participation démocratique dans une langue qu’il maîtrise.
C’est une exigence d’équité, mais aussi d’efficacité des politiques publiques.
Au-delà de la reconnaissance symbolique, c’est toute une vision de l’État qui est en jeu : un État qui parle à tous ses citoyens, ou un État qui, malgré lui, en éloigne certains.
La question linguistique est donc indissociable de celles de la justice sociale, de l’égalité des chances et de la consolidation de l’unité nationale.
Il est encore temps pour les signataires de corriger cette omission.
En inscrivant clairement le pluralisme linguistique à l’ordre du jour du Dialogue national, ils enverraient un signal fort d’ouverture, de lucidité et de responsabilité.
Ils montreraient surtout qu’ils ont compris que l’unité nationale ne se décrète pas : elle se construit dans la reconnaissance sincère de toutes ses composantes.
La Mauritanie ne pourra avancer durablement que si elle accepte de regarder en face ses réalités, dans toute leur diversité.
La langue en est une essentielle.
L’ignorer, c’est affaiblir le dialogue.
La prendre en compte, c’est lui donner toute sa portée historique.
Abdoulaziz DEME simple observateur politique
Le 15 juillet 2026



