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Dialogue politique en Mauritanie : Unir le peuple | Gourmo Lô

Portrait serré de Gourmo Abdoul Lô, professeur de droit public et homme politique mauritanien, portant des lunettes de vue, sur un fond blanc et rouge.
Le professeur Gourmo Abdoul Lô

Le protocole d’accord pour le dialogue national en Mauritanie est une avancée, mais l’exclusion linguistique des non-arabophones menace notre cohésion. Analyse de Gourmo Lô.

UN DIALOGUE POUR UNIR LE PEUPLE, PAS POUR LE DIVISER

La signature du Protocole d’accord relatif au dialogue politique national constitue incontestablement une avancée majeure. Après des mois de discussions et une longue période de blocage, les représentants de la majorité et de l’opposition sont finalement parvenus à un compromis. L’ouverture d’esprit des différentes parties, ainsi que le sens de l’écoute et de la conciliation dont a fait preuve le représentant du Président de la République, M. Moussa Fall, méritent d’être salués. Ils ont permis de remettre le processus sur les rails.

Il appartient désormais à tous les partenaires du dialogue de préserver cet état d’esprit. Les défis qui les attendent sont considérables et exigent davantage de responsabilité que d’esprit de confrontation.

Mais un regret majeur assombrit cette étape pourtant prometteuse.

L’exigence la plus élémentaire d’inclusivité linguistique n’a pas été respectée. Le discours officiel n’a été accessible qu’aux seuls arabophones. Aucune traduction n’a été prévue ni pour les locuteurs des autres langues nationales, ni même en français.

Cette omission est d’autant plus regrettable qu’elle ne correspond pas à la pratique que j’ai pu observer à plusieurs reprises chez le Président de la République. Chaque fois que les circonstances l’ont exigé, il a veillé à ce que les participants non arabophones disposent d’une traduction, allant parfois jusqu’à s’exprimer lui-même en français afin que chacun puisse participer aux échanges dans des conditions d’égalité.

Ce qui devrait relever de la simple courtoisie républicaine est malheureusement devenu, dans certains milieux, presque un acte de courage. À force de présenter l’exclusion linguistique comme une preuve de patriotisme ou de lucidité politique, on banalise une logique de marginalisation qui mine silencieusement notre cohésion nationale. Une nation ne se construit jamais en demandant à une partie de ses citoyens de se taire, de s’effacer ou de partir.

Le véritable enjeu de ce dialogue dépasse les accords politiques. Il est de reconstruire la confiance entre les Mauritaniens. Il est de faire en sorte que chacun, quelle que soit sa langue, son origine ou sa sensibilité, se sente pleinement membre de la même communauté nationale.

Si ce dialogue doit entrer dans l’histoire, ce ne sera pas seulement parce qu’il aura réuni des acteurs politiques autour d’une même table. Ce sera parce qu’il aura permis de réunir un peuple autour d’un même destin.

Gourmo Lô

14 juillet 2026

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