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Mauritanie : Face au « Passif Humanitaire », l’UFP refuse le piège de l’oubli

À l’ouverture de la conférence-débat de l’UFP le 11 juillet 2026, Mohamed Ould Maouloud livre un plaidoyer puissant pour résoudre le Passif Humanitaire en Mauritanie. Découvrez notre grand reportage.

Par Ahmed Ould Bettar

L’atmosphère était lourde, presque solennelle, ce dimanche à 17 heures dans les travées de l’hôtel Hayat de Nouakchott. Derrière la table de la présidence, une immense banderole affichait en lettres capitales une question qui brûle les lèvres et torture les consciences mauritaniennes depuis près de quatre décennies : « Passif Humanitaire : quelle solution équitable et salvatrice ? ». À l’ouverture de la Conférence-Débat de l’Union des Forces du Progrès (UFP), son président Mohamed Ould Maouloud a brisé le silence face à un parterre d’intellectuels, de leaders politiques, de la société civile et de défenseurs des droits humains. Récit d’un discours de rupture.

Dès les premiers mots, le ton est donné. Ce ne sera pas une énième grand-messe politicienne, mais un acte de courage collectif. Le président de l’UFP refuse d’abandonner cette blessure béante de l’histoire contemporaine aux calculs politiciens ou au silence complice. Pour le reporter moderne habitué aux discours lissés, la charge politique de cette entame frappe par sa clarté : l’UFP ne cherche pas à raviver les plaies pour le plaisir de la discorde, mais postule qu’aucune nation ne peut bâtir l’avenir sur des fondations minées par des non-dits d’État.

Sortir des impasses et des manipulations mémorielles

Mohamed Ould Maouloud a tenu à tracer une ligne rouge éthique très claire, désarmant d’emblée ses détracteurs potentiels : « Nous ne sommes pas réunis pour nourrir les blessures du passé ou dresser des Mauritaniens contre d’autres Mauritaniens », a-t-il martelé. L’enjeu n’est pas de céder aux sirènes des replis communautaristes, mais d’affronter une vérité nationale.

Pourtant, cette posture d’apaisement ne signifie nullement l’amnésie. Bien au contraire, le leader politique a fermement dénoncé « la cruauté des faits, gestes et actes criminels inqualifiables » ayant frappé des dizaines de milliers de compatriotes négro-mauritaniens sous la direction d’un État devenu « endémique, débourbonné et piloté par un gouvernement totalement perdu de repères nationaux ». Ce constat jette une lumière crue sur les dérives systémiques d’une époque dont les traumatismes structurels continuent d’entraver le vivre-ensemble mauritanien.

L’héritage trahi du consensus de 2007

Le reporter attentif à la chronologie politique retient le pivot central de l’argumentation d’Ould Maouloud : la rupture du consensus historique. Le président de l’UFP a rappelé avec émotion le discours fondateur du 30 juin 2007 prononcé par le regretté président civil, feu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Un moment de grâce républicaine où l’État mauritanien avait, pour la première fois, assumé sa responsabilité institutionnelle dans les crimes commis, s’engageant à en réparer les conséquences de droit.

Mais depuis les journées de concertation d’octobre 2007, le processus s’est enlisé dans les sables mouvants des calculs politiques. Les régimes successifs ont substitué à cette dynamique de justice globale de « timides et obscures efforts d’indemnisation », gangrénés par des hésitations et de profondes insuffisances. Le constat dressé par l’UFP est implacable : les chèques distribués à la hâte n’ont pas permis de refermer définitivement cette page douloureuse, précisément parce qu’ils ont fait l’économie de la vérité et de la justice fondamentale.

Une menace existentielle toujours tapie dans l’ombre

Dans un élan dramatique qui a suspendu le souffle de la salle, Mohamed Ould Maouloud a rappelé la mécanique collective qui a rendu possibles ces massacres : un climat de haine raciale ayant tourné à la « folie meurtrière », brisant toutes les valeurs religieuses, humaines et fraternelles au sein même des compagnons d’armes. À l’époque, le secret militaire et la manipulation culturelle avaient réussi à maintenir le peuple dans l’ignorance.

« Aujourd’hui, nous savons », tonne le leader de l’UFP. Et ce savoir impose une responsabilité sacrée, adossée aux préceptes de la sainte religion qui proscrit de laisser le crime de meurtre sans châtiment à moins d’être pardonné par les ayants droit. Le message est un avertissement direct : le démon de la haine identitaire n’a pas disparu, il demeure une menace existentielle rampante. Banaliser hier, c’est rendre possible demain le retour de la barbarie « contre moi, contre toi, contre nous, contre vous, contre eux ». La résolution du passif humanitaire s’impose alors non pas comme une option politique, mais comme une œuvre impérative de salut national pour exorciser le mal à sa racine.

Comment, dès lors, compter uniquement sur le temps ? Le président de l’UFP conclut sur une réalité implacable : le temps n’effacera jamais la douleur des veuves privées de deuil, ni celle des orphelins habités par le vide de pères disparus. L’heure n’est plus à l’attente, elle est à la justice équitable et salvatrice.

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