Le mirage de l’anesthésie budgétaire : Pourquoi le courage des réformes est le vrai cap
Face aux critiques contre le gouvernement de Mokhtar Ould Djay, analyse d'un choix crucial pour la Mauritanie : la rigueur ou l'illusion budgétaire.

Dans le concert des débats qui agitent notre espace public virtuel, une petite musique s’est installée, douce à l’oreille, mais dangereuse pour nos finances : celle de l’illusion de l’État providence absolue. Répondant aux réflexions personnelles et courageuses du Premier ministre, M. Mokhtar Ould Djay, d’aucuns feignent de voir dans la rigueur macroéconomique une « trahison » des engagements sociaux de la présidence. C’est une erreur de lecture fondamentale. En effet, derrière le procès en technocratie intenté au gouvernement, se cache en réalité le plus vieil démon de la politique économique : le refus du réel et la tentation de l’anesthésie budgétaire par la subvention à fonds perdus.
C’est ici qu’il convient de s’interroger sur la posture de cet ancien ministre de l’Économie, aujourd’hui fer de lance de la critique. Comment celui qui a conçu, porté et défendu avec force cette même politique de rigueur devant l’hémicycle du Parlement peut-il désormais s’attaquer si farouchement au Premier ministre ? Cette volte-face pose question : s’agit-il d’une soudaine révélation doctrinale ou plus de façons pragmatiques, d’une posture politicienne dictée par l’amertume de ne plus être aux affaires ? Feindre d’oublier la responsabilité de ses propres choix passés pour se draper dans l’habit du tribun social relève, au mieux, de l’opportunisme intellectuel, au pire, d’une tentative de saboter l’édifice économique qu’il a lui-même contribué à bâtir.
Certes, l’économie n’est peut-être pas une science exacte, mais elle possède des lois physiques implacables. Par conséquent, vouloir masquer une crise énergétique mondiale en s’attaquant artificiellement à la structure des prix des carburants et en rognant sur les marges fiscales n’est pas de la protection sociale ; c’est de la cosmétique financière. L’État, nous dit-on, n’est pas une entreprise privée et ne doit pas viser l’équilibre comptable en période de crise. Soit. Toutefois, l’État n’est pas non plus un puits sans fond. Brûler nos marges de manœuvre budgétaire pour subventionner la consommation immédiate de produits importés, plutôt que de financer des infrastructures de stockage ou de production, revient à vider le réservoir de la voiture pour se chauffer en hiver : l’effet est immédiat, mais la panne est garantie.
L’inflation importée ne s’éteint pas par décret budgétaire. La dissimuler sous le tapis des subventions ne fait que préparer un réveil plus douloureux pour les générations futures.
Regardons la vérité en face. L’ajustement des prix des carburants, combiné à des filets sociaux ciblés, n’est pas une « provocation d’incendie », c’est un acte de salubrité publique. Parallèlement, face aux tensions inflationnistes mondiales, la Banque Centrale joue son rôle de gardienne de la monnaie en augmentant son taux directeur. De son côté, le gouvernement assume le sien en refusant la faillite budgétaire et en orientant les dépenses vers des investissements structurels majeurs.
Que reproche-t-on au juste ? De lancer un plan de 230 milliards d’ouguiyas pour le développement des wilayas ? Ou encore, de décentraliser la décision vers la Primature pour briser les féodalités ministérielles et accélérer les chantiers ? De toute évidence, reprocher à l’État d’investir simultanément 100 milliards pour l’urgence urbaine de Nouakchott au motif que « la période est à la crise » relève d’une vision frileuse, voire malthusienne. Une crise se traverse par le mouvement et l’investissement, pas par le repli et l’immobilisme.
Sur ce point, le procès fait au concept de « souveraineté financière » est, à cet égard, révélateur d’un certain renoncement intellectuel. Certes, aucune économie n’est une île isolée du monde, et la Corée du Nord n’est le modèle de personne. Néanmoins, nier la quête de souveraineté financière sous prétexte que les États-Unis vivent sur une montagne de dettes est un sophisme. Pour un pays comme la Mauritanie, la souveraineté financière ne signifie pas l’autarcie, mais l’autonomie de décision. C’est précisément parce que nous dépendons de partenaires internationaux pour extraire nos ressources minières et gazières que l’État doit sanctuariser ses ressources propres. Bâtir des routes majeures, moderniser la capitale, désenclaver les régions : voilà la traduction concrète d’une souveraineté en marche, financée par l’effort national et non par la mendicité internationale.
En somme, la véritable contradiction n’est pas entre la Banque Centrale et la Primature. Elle réside entre ceux qui veulent maintenir le pays sous perfusion d’aides à la consommation court-termistes et ceux qui, à l’instar de la vision impulsée par le président de la République, choisissent la thérapie de choc de la transformation structurelle.
En conclusion, ne nous trompons pas de cap. La protection des plus vulnérables ne se fera pas par le blocage artificiel des prix qui ruine l’État, mais par la création de richesses réelles, l’amélioration du capital humain et des infrastructures durables. Le courage politique consiste à préférer la vérité qui guérit à l’illusion qui soulage.
Ahmed Ould Bettar



