Repenser les prisons en Mauritanie : Sauver l’adolescent | Rapideinfo
En Mauritanie, le système carcéral brise les mineurs au lieu de les réinsérer. Découvrez pourquoi la famille et la société doivent briser ce cercle vicieux.
_En Mauritanie, nos prisons fabriquent des adultes endurcis parce qu’elles oublient l’adolescent qu’elles enferment._
L’état actuel des prisons en Mauritanie soulève de graves questions sur l’avenir de notre jeunesse. En effet, nos centres de détention fabriquent souvent des adultes endurcis parce qu’elles oublient l’adolescent qu’elles enferment. Un adolescent enfermé sans repères devient un expert en survie, pas en vie. En effet, quand il n’y a ni école, ni sport, ni ateliers, ni contact avec des adultes sains, il n’apprend que le « code des détenus » : méfiance, violence, débrouille. Or la socialisation en détention est vitale. Il faut maintenir le lien avec l’école car un ado qui continue à apprendre garde l’espoir d’un avenir. De même, lui donner un métier en main – menuiserie, coiffure, couture, mécanique – c’est lui offrir une porte de sortie réelle. Enfin, le sport, la culture et les échanges avec des mentors extérieurs lui montrent qu’il existe un autre monde que celui des barreaux. Sans cela, il sort à 20 ans avec 3 ans de prison dans la tête et 0 année d’expérience de la vie normale.
Pire encore, la prison devient souvent une salle de recrutement. Car généralement, les jeunes qui commettent des crimes en gangs ont déjà séjourné en prison. Ils en ressortent non corrigés, mais connectés. Le crime perpétré à Boghé illustre tragiquement ce fait : le défunt tout comme ses meurtriers auraient séjourné en prison. Une fois dehors, sans encadrement, ils ont récidivé ensemble, plus violents. Ainsi, on enferme pour protéger la société, mais on relâche des réseaux prêts à frapper plus fort. C’est le cercle vicieux dans sa forme la plus brutale.
Face à cela, la famille reste le premier rempart et le dernier lien. « Notre fou ne guérit jamais »… mais l’adolescent peut encore guérir si sa famille ne le lâche pas. D’abord, elle joue un rôle d’ancre affective : les visites, les lettres, le soutien. Un ado qui sait que sa mère, son père l’attendent tient mieux, tandis qu’un ado coupé de tous sombre. Ensuite, seule la famille peut préparer la sortie concrètement, en trouvant un logement, en négociant avec le voisinage, en aidant à chercher du travail. La loi ne peut pas forcer un patron à embaucher, la famille si. Enfin, elle protège contre la stigmatisation : quand les enfants du repenti sont traités de « fils de voleur » à l’école, seule la famille peut tenir, expliquer, se battre. Malheureusement, beaucoup de familles ont honte et coupent les ponts. Elles pensent protéger le nom de famille, mais en réalité elles livrent l’ado à la rue une 2e fois.
Au-delà de tout cela se pose le problème de l’étiquette qui colle à la peau. En effet, même repenti, même après des années de vie honnête, le délinquant porte à jamais cette étiquette : violeur, fumeur, voleur, tueur. La société ne voit plus l’homme qu’il est devenu, mais seulement l’acte qu’il a commis à 17 ans. De ce fait, ses enfants héritent du poids et ses efforts sont ignorés. Pire, à force d’entendre « tu seras toujours un criminel », certains finissent par y croire. C’est cela la vraie récidive : quand la société refuse la rédemption, l’individu n’a plus rien à perdre.
En définitive, punir un adolescent est facile, mais le reconstruire est le vrai défi. Si la prison n’assure pas sa socialisation et si la famille ne joue pas son rôle de boussole, alors on relâche non un citoyen corrigé, mais des « chevaux de retour » marqués à vie. La loi peut ouvrir la porte, la prison peut enseigner un métier, mais tant que la société refusera d’arracher l’étiquette de violeur, voleur, tueur, même au repenti sincère, le cas survenu à Boghé se répétera. Sauver l’adolescent, c’est donc accepter qu’un homme puisse changer. Sinon, on condamne deux fois : une fois par la justice, une fois à vie par le regard des autres.
Yahya Niane pour Rapideinfo



