Diomaye Faye et Ousmane Sonko : le duel des légitimités au Sénégal | Opinion
Face-à-face entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko : le Sénégal traverse une crise de pouvoir inédite. Découvrez l'analyse de l'observateur Abdoulaziz Deme.
Le face-à-face entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko plonge-t-il le Sénégal dans un bicéphalisme impossible ? Entre la légitimité institutionnelle du président élu et le poids politique de son Premier ministre, le sommet de l’État vacille. Pour l’observateur Abdoulaziz Deme, cette cohabitation des pouvoirs risque de paralyser le pays.
Sénégal : quand deux légitimités se regardent en chiens de faïence !
Le Sénégal traverse un moment de vérité.
Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas seulement une crise de personnes entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ; c’est une crise de commande politique, de hiérarchie du pouvoir et de lisibilité de l’État. Quand un président et son ancien compagnon de combat ne parlent plus d’une même voix, ce n’est pas seulement une querelle interne : c’est tout l’édifice gouvernemental qui vacille.
Le problème est simple à dire, plus difficile à résoudre : deux légitimités s’affrontent. D’un côté, la légitimité institutionnelle du président, élu par le peuple et investi de la responsabilité de gouverner.
De l’autre, la légitimité populaire et militante de Sonko, qui continue de peser lourd dans l’imaginaire du camp au pouvoir.
Tant que ces deux forces restent dans le même espace sans règle claire du jeu, elles finissent par se neutraliser ou se détruire mutuellement.
Oui, l’image est brutale, mais elle colle à la réalité : deux coqs ne chantent pas durablement sur le même toit.
L’un finit par vouloir dominer l’autre, ou le toit finit par céder. En politique, la cohabitation de deux centres de pouvoir produit rarement de la stabilité.
Elle crée d’abord de l’ambiguïté, puis de la méfiance, ensuite de la paralysie.
C’est exactement ce que risque le Sénégal si la rupture n’est pas vite clarifiée.
Le danger, ce n’est pas seulement la division au sommet.
C’est la contagion.
Quand le pouvoir donne l’impression de se disputer avec lui-même, l’administration hésite, la majorité se fracture, les alliés se repositionnent, et l’opposition se frotte les mains.
Le pays, lui, regarde et attend. Or le Sénégal n’a pas besoin d’un duel d’ego ; il a besoin d’un cap, d’une autorité cohérente et d’une parole publique stable.
Faut-il en conclure que le Sénégal ne pourra pas absorber ce choc ? Non. Le pays a déjà montré une capacité réelle de résistance politique.
Ses institutions existent, son expérience démocratique aussi. Mais encaisser une crise n’est pas la même chose que la résoudre. Si les tensions durent, elles vont grignoter la confiance, ralentir les réformes et installer dans les esprits l’idée d’un pouvoir faible, divisé, presque prisonnier de ses propres contradictions.
La vraie question est donc celle-ci : Diomaye Faye veut-il être le président qui s’émancipe pour gouverner, ou le chef d’un camp qui se déchire entre fidélité, rivalité et survie politique ?
Tant que cette question n’aura pas reçu une réponse nette, la crise restera ouverte.
Et dans ce type de moment, l’ambiguïté est toujours plus dangereuse que le conflit assumé.
Le Sénégal peut tenir. Mais il ne tiendra pas longtemps avec deux voix qui prétendent conduire le même navire.
À un moment donné, il faudra choisir entre l’architecture institutionnelle et la magie du compagnonnage politique.
Les deux ne peuvent plus porter le même trône.
Abdoulaziz DEME simple observateur politique



