Transition énergétique en Mauritanie : l’ambition des énergies propres à l’épreuve du réseau
La transition énergétique en Mauritanie est-elle en bonne voie ? Analyse des annonces du ministre de l'Énergie face aux défis de la SOMELEC.
Rapide info — Nouakchott
C’est un exercice de style désormais bien ancré dans l’agenda de la gouvernance publique. En s’installant sur le plateau du programme « Redevabilité », co-animé par l’AMI, Radio Mauritanie et Al-Mouritaniya TV, le ministre de l’Énergie et du Pétrole, M. Mohamed Ould Khaled, s’est prêté à un bilan d’étape exhaustif. L’enjeu de cette sortie médiatique est de taille : détailler les avancées de la transition énergétique en Mauritanie, tout en répondant aux griefs quotidiens des usagers face aux limites structurelles du réseau électrique national..
Le discours officiel se veut résolument optimiste, adossé à des arguments géographiques et géologiques indéniables. Le ministre a réaffirmé que la Mauritanie dispose d’atouts concurrentiels de premier plan : un gisement éolien et solaire parmi les plus denses au monde, des étendues désertiques sécurisées propices aux installations de grande envergure, et une façade maritime stratégique sur l’océan Atlantique. Pour le ministère, cette convergence de facteurs atteste de l’intérêt croissant des firmes transnationales, prêtes à injecter des capitaux majeurs dans ce secteur vital.
L’infrastructure en chantier : Entre mégawatts et réalités de terrain
Sur le front de la production immédiate, le gouvernement affiche un agenda volontariste. Le ministre a annoncé le déploiement par le secteur privé d’une centrale mixte (solaire et éolienne) d’une capacité de 220 mégawatts sur l’axe Nouakchott-Rosso, couplée à l’extension de 180 mégawatts de la centrale de l’axe Nouakchott-Nouadhibou. Au total, près de 300 mégawatts supplémentaires sont attendus dans le réseau national d’ici la fin de l’année, reposant entièrement sur des capacités de production locales.
Toutefois, la production ne résout pas à elle seule l’équation de l’accès à l’énergie. L’épineux problème de la vétusté des infrastructures de distribution reste entier. Si la première phase du Programme de développement de Nouakchott a permis de poser des milliers de poteaux électriques et d’acquérir de nouveaux transformateurs, les coupures de courant chroniques continuent d’asphyxier l’activité économique de la capitale. En attribuant ces pannes à des « facteurs indépendants de la volonté de la SOMELEC », la compagnie nationale, le ministère tente de dédouaner l’opérateur public, là où les observateurs indépendants pointent plutôt un déficit historique de maintenance et un retard d’investissement dans le réseau de transport interconnecté. La seconde phase du programme, dotée d’une enveloppe substantielle de 15 milliards d’ouguiyas (MRU), aura la lourde tâche de corriger ces dysfonctionnements structurels.
Énergie fossile et transition : L’équation complexe du Gaz
Le débat s’est également cristallisé autour de la future rente gazière du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec le Sénégal. Le ministre a apporté une clarification technique essentielle en distinguant la nature des flux : le gaz mauritanien destiné à l’exportation sera exclusivement du méthane, liquéfié par refroidissement à -162 °C (GNL), tandis que le butane, aux propriétés physiques distinctes, sera réservé à la consommation domestique. Si les discussions techniques se poursuivent avec BP et la partie sénégalaise pour optimiser l’extraction, les retards successifs dans le démarrage effectif de la production incitent les analystes locaux à la prudence quant aux retombées macroéconomiques immédiates.
Par ailleurs, face à la conjoncture internationale morose, l’effort public de subventionnement reste l’amortisseur social privilégié par l’exécutif. Le ministre a réaffirmé le maintien des subventions sur le gaz domestique et le plafonnement de la hausse des prix des carburants à un seuil maximal de 5 %, l’État prenant à sa charge jusqu’à 210 ouguiyas par litre de diesel pour préserver le pouvoir d’achat des populations les plus vulnérables.
Régulation des marchés et lutte contre la contrebande
Les pénuries récurrentes constatées dans certaines villes de l’intérieur du pays révèlent quant à elles des failles de régulation plus profondes. Attribuées par les autorités à des réseaux de contrebande transfrontalière, ces fuites de carburant subventionné vers l’étranger soulignent la complexité du contrôle territorial. L’annonce de la récupération de 46 % des volumes frauduleux par les autorités administratives témoigne d’un durcissement des contrôles, bien que l’éradication totale de ce phénomène nécessite, selon les experts, une harmonisation progressive des prix à l’échelle régionale.
En définitive, la Mauritanie navigue à la croisée des chemins énergétiques. Entre un potentiel vert salué à l’international et un quotidien national marqué par l’instabilité du réseau électrique et le poids financier des subventions, le ministère de l’Énergie joue une partition serrée. Le programme « Redevabilité » a eu le mérite de poser les chiffres sur la table ; il appartient désormais aux faits de confirmer si l’ambition énergétique nationale saura se traduire en un service public fiable et régulier pour tous les citoyens.



