Mauritanie : la question du troisième mandat s’efface, le dialogue politique à l’épreuve de ses vérités
Nouakchott – Le processus de dialogue politique en Mauritanie vient de connaître un tournant significatif. Selon des informations communiquées par le coordinateur du dialogue, Moussa Fall, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani aurait clairement écarté toute candidature à un troisième mandat. Une déclaration qui, au-delà de son apparente clarté, rebat les cartes d’un débat politique enlisé depuis plusieurs semaines.
Une annonce qui redéfinit les lignes de fracture
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par des tensions persistantes autour de la réforme démocratique et de l’État de droit. Au cœur des désaccords : la question sensible des « mandats » et de leur limitation, devenue un point de crispation majeur entre majorité et opposition.
En proposant la suppression pure et simple de cette référence dans l’ordre du jour du dialogue, Moussa Fall semble avoir opté pour une stratégie de contournement. Objectif : désamorcer un blocage devenu structurel et permettre aux discussions de se recentrer sur d’autres priorités nationales.
L’opposition, représentée notamment par Ahmedou Ould Mbala et Mokhtar Ould Cheikh, a rapidement donné son aval à cette proposition. La majorité, elle, temporise, à travers ses représentants dont Mohamed Yahya Ould Horma et El Moudir Ould Bouna, demandant un délai de concertation interne.
Le spectre du troisième mandat : un faux débat ?
Dans ce climat politique chargé, certaines voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une polémique artificielle. C’est le cas de Gourmo Lô, qui livre une lecture particulièrement critique de la séquence actuelle :
« La controverse sur un prétendu 3ème mandat a été déclenchée pour briser l’élan du dialogue et empêcher que les questions fondamentales du pays soient débattues. Échec inéluctable. »
Pour Gourmo Lô, la focalisation sur la question du troisième mandat aurait ainsi servi de diversion, détournant l’attention des véritables enjeux : gouvernance, développement économique, cohésion sociale et réforme institutionnelle.
Un dialogue à reconstruire
Le souvenir encore récent de la réunion du Palais des congrès, marquée par des débats intenses mais inachevés, rappelle la fragilité du processus en cours. L’incapacité des acteurs politiques à s’entendre sur certains termes clés avait conduit à la suspension des discussions, révélant la profondeur des divergences.
Aujourd’hui, la sortie présidentielle sur le troisième mandat pourrait constituer une opportunité de relance. En retirant ce point de discorde, le dialogue peut théoriquement se recentrer sur les priorités structurelles du pays.
Entre loyauté politique et surenchère symbolique
Dans ce contexte, les prises de position de certains soutiens du chef de l’État témoignent d’une dynamique politique singulière. Certains vont jusqu’à dépasser le cadre du débat actuel, affirmant leur attachement au président de manière plus démonstrative.
Ainsi, au-delà du rejet d’un troisième mandat, une voix de soutien affirme :
« En tant que soutien du président Ghazouani, je réitère ma demande non pas pour un troisième mandat, mais pour un cinquième. »
Une déclaration personnelle mais à forte charge symbolique, qui illustre à la fois la solidité du socle politique du président et les logiques de fidélité qui structurent encore largement le paysage politique mauritanien.
Vers un recentrage sur l’essentiel ?
La séquence actuelle pourrait marquer un moment charnière. Si la question des mandats cesse effectivement d’empoisonner les débats, le dialogue politique mauritanien aura l’occasion de se confronter à ses véritables défis.
Reste à savoir si les acteurs saisiront cette opportunité pour dépasser les postures et engager un débat de fond. Car au-delà des déclarations et des stratégies, c’est bien la crédibilité du processus de dialogue qui est en jeu — et, avec elle, l’espoir d’une évolution politique apaisée et inclusive en Mauritanie.
Ahmed Ould Bettar



