Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani : six années au pouvoir entre stabilité, réformes et attentes persistantes
Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani : six années au pouvoir entre stabilité, réformes et attentes persistantes
Nouakchott – Analyse.
Six ans après son investiture en août 2019, le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani boucle un premier cycle politique marqué par la continuité institutionnelle, une volonté affichée d’apaisement et des réformes économiques structurantes. Mais à l’heure du bilan, entre avancées sociales, défis démocratiques et enjeux énergétiques majeurs, le débat reste ouvert sur la profondeur des transformations engagées.
Une transition inédite dans l’histoire mauritanienne
L’accession de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à la magistrature suprême en 2019 a marqué une première dans l’histoire politique récente de la Mauritanie : un passage de pouvoir entre deux présidents élus, dans un contexte relativement apaisé. Succédant à son ancien compagnon d’armes et prédécesseur, Mohamed Ould Abdel Aziz, Ghazouani s’est présenté comme l’artisan d’une « rupture dans la continuité ».
Dès les premiers mois, le nouveau chef de l’État a multiplié les gestes d’ouverture envers l’opposition et la société civile, instaurant un climat politique moins conflictuel que lors de la décennie précédente.
Apaisement politique et dialogue national
L’un des marqueurs forts du premier mandat de Ghazouani a été la décrispation du climat Le dialogue avec les partis d’opposition, la reconnaissance d’un espace d’expression plus large pour certains acteurs critiques et la réduction des tensions institutionnelles ont contribué à installer une atmosphère plus stable.
Toutefois, les organisations de défense des droits humains estiment que des efforts restent nécessaires pour consolider l’État de droit, renforcer l’indépendance de la justice et garantir une pleine liberté d’expression, notamment dans les affaires sensibles.
Priorité au social : le programme Taazour
Sur le plan socio-économique, le président a mis en avant une politique centrée sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion. La Délégation générale à la solidarité nationale et à la lutte contre l’exclusion (Taazour) a été érigée en instrument central de cette stratégie.
Des transferts monétaires directs, l’extension de la couverture sociale et des programmes d’accès à l’eau et à l’électricité ont ciblé les ménages vulnérables, notamment en milieu rural. Cette orientation sociale a été saluée comme un tournant, même si son impact structurel sur la réduction durable des inégalités reste à mesurer.
Une économie en mutation : cap sur le gaz offshore
L’un des événements majeurs du sexennat est l’entrée de la Mauritanie dans l’ère gazière. Le développement du champ offshore Grand Tortue Ahmeyim (GTA), à la frontière maritime avec le Sénégal, représente un tournant stratégique pour l’économie nationale.
Ce projet énergétique, mené en partenariat avec le Sénégal et des compagnies internationales, pourrait transformer en profondeur les perspectives budgétaires du pays. Les autorités misent sur ces nouvelles recettes pour financer le développement, moderniser les infrastructures et renforcer la souveraineté énergétique.
Mais cette manne attendue pose aussi la question cruciale de la gouvernance des ressources : transparence, gestion équitable et prévention des dérives liées à la « malédiction des ressources » seront déterminantes.
Diplomatie et repositionnement régional
Sur le plan extérieur, Ghazouani a consolidé la position de la Mauritanie comme acteur stable dans un Sahel en crise. Dans un contexte marqué par les bouleversements politiques au Mali, au Burkina Faso et au Niger, Nouakchott a cultivé une image de partenaire fiable pour les puissances occidentales et les institutions internationales.
La diplomatie mauritanienne s’est également illustrée par un rôle accru dans les organisations régionales et une volonté de diversification des partenariats, notamment vers l’Europe et le monde arabe.
Défis persistants : emploi, jeunesse et cohésion nationale
Malgré les efforts engagés, les défis structurels demeurent considérables. Le chômage des jeunes, la faiblesse de la diversification économique, la vulnérabilité face aux chocs climatiques et les tensions sociales liées aux inégalités restent des préoccupations majeures.
La question de l’unité nationale, régulièrement évoquée dans le débat public, continue d’exiger des réponses inclusives et durables, notamment en matière de justice sociale et d’égalité des chances.
Un second mandat sous le signe des attentes
Réélu en 2024, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani entame une nouvelle phase de son leadership dans un contexte différent : celui d’un pays à l’aube d’une transformation énergétique majeure, mais aussi d’une société plus exigeante.
Le second mandat s’annonce décisif. Les Mauritaniens attendent désormais des résultats tangibles en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, de services publics et de gouvernance.
Bilan contrasté, perspectives ouvertes
Six ans après son arrivée au pouvoir, le président Ghazouani laisse l’image d’un dirigeant pragmatique, soucieux de stabilité et de consensus. Son action a permis d’atténuer certaines tensions et d’engager des réformes sociales notables.
Cependant, la profondeur des changements institutionnels et économiques reste sujette à débat. L’ère du gaz, si elle est bien maîtrisée, pourrait constituer le véritable test historique de son leadership.
Entre continuité maîtrisée et ambition réformatrice, les six années de Ghazouani apparaissent comme une période charnière pour la Mauritanie — un moment où les fondations d’un nouveau cycle de développement ont été posées, sans que toutes les promesses de transformation ne soient encore pleinement réalisées.
Rédaction Rapide info



