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Iftar présidentiel à Nouakchott : appel au dialogue et à la citoyenneté adressé à Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani

Au Palais de Nouakchott, l’iftar présidentiel organisé par le chef de l’État devient un plaidoyer pour la citoyenneté, l’unité nationale et le dialogue républicain.

Iftar présidentiel au Palais de Nouakchott : plaidoyer pour une citoyenneté vivante et un dialogue direct

L’iftar présidentiel organisé cette semaine au Palais de Palais présidentiel de Nouakchott, sous l’égide de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, n’était pas seulement un moment de rupture du jeûne. Il fut, à bien des égards, une scène politique et symbolique où la République s’est donnée à voir dans sa diversité : chefs de partis, imams, députés, société civile, diplomates, responsables militaires et sécuritaires, tous réunis autour d’une même table, dans l’esprit du Ramadan.

La présence de la Première Dame, le Dr. Mariem Mohamed Fadel Dah, du Premier ministre, du président de l’Assemblée nationale et de hauts responsables des institutions constitutionnelles a conféré à la cérémonie une solennité particulière. Mais au-delà du protocole, c’est le message porté par la conférence du cheikh Cheikh Ould Saleh sur « la citoyenneté en Islam » qui mérite attention.

La citoyenneté, a-t-il rappelé, n’est ni slogan ni posture. Elle est un lien juridique et moral entre l’individu et l’État ; un équilibre subtil entre droits garantis et devoirs assumés. Elle repose sur la fraternité humaine, la dignité, la justice et le respect des engagements. Elle suppose loyauté, respect des lois, contribution au développement national. Elle transcende les appartenances ethniques, linguistiques ou confessionnelles pour faire primer l’appartenance à la patrie.

Ces mots résonnent avec les déclarations répétées du chef de l’État en faveur de l’unité, de la cohésion et de la valorisation de notre diversité comme richesse nationale. Dans une Mauritanie plurielle, aux héritages multiples, la citoyenneté constitue le socle indispensable d’un État moderne, juste et inclusif.

C’est précisément dans cet esprit que j’écris aujourd’hui.

Monsieur le Président,

Notre dernière retrouvaille remonte à trente et un ans. Trois décennies ont passé, avec leurs épreuves, leurs transformations, leurs espérances déçues parfois, mais aussi leurs maturations silencieuses. Le temps a creusé des sillons dans le désert comme dans nos vies. Il a redessiné les responsabilités et élargi les horizons.

À la lumière de cet iftar républicain, je forme le vœu simple – mais profondément symbolique – de pouvoir vous rencontrer à nouveau. Non dans le cadre solennel d’un dîner d’État, ni sous l’éclat des caméras, mais autour d’un thé, à la mauritanienne, dans la sobriété et la sincérité.

Car le thé, chez nous, n’est jamais anodin. Il est patience, écoute, échange. Il est cet espace où les paroles se décantent comme les feuilles dans l’eau chaude, où les divergences peuvent se dire sans fracas, où l’on refait le monde à petites gorgées.

Parler de citoyenneté, c’est aussi accepter le dialogue. Accepter que l’intellectuel, le journaliste, l’acteur de la société civile ou le simple citoyen puissent s’asseoir face au chef de l’État pour questionner, proposer, critiquer parfois, mais toujours dans le respect des institutions et de la patrie.

Trente et un ans après notre dernière rencontre, je ne viens ni réclamer privilège ni solliciter faveur. Je viens, si l’occasion m’était donnée, porter une parole libre, nourrie d’expérience, animée par le seul souci de l’intérêt général. Discuter de l’état de notre démocratie, des défis sociaux, de la jeunesse en quête d’avenir, de la cohésion nationale que nous appelons tous de nos vœux.

La citoyenneté, vous l’avez rappelé à maintes reprises, est le fondement de l’unité nationale. Elle ne saurait être complète sans l’écoute active des voix diverses qui composent la nation. Elle gagne en force lorsque le dialogue devient pratique régulière et non simple invocation.

Je crois, profondément, que la Mauritanie a besoin de ces espaces d’échange direct, francs, respectueux. Elle a besoin que ses élites politiques et intellectuelles se parlent, non pour s’opposer stérilement, mais pour construire. Elle a besoin que la diversité ne soit pas seulement célébrée, mais comprise et intégrée dans des politiques concrètes.

Autour d’un thé, Monsieur le Président, il serait possible d’évoquer tout cela : la citoyenneté comme exigence morale, la justice comme impératif politique, la dignité comme horizon commun. Il serait possible de revisiter ces trois décennies écoulées et d’interroger ensemble l’avenir.

Le Ramadan est le mois du recueillement, mais aussi du rapprochement. Si l’iftar présidentiel a ouvert les veillées ramadanesques, puisse-t-il aussi ouvrir des chemins de dialogue plus larges et plus profonds.

Trente et un ans après, le temps n’a pas effacé la possibilité de la rencontre. Il l’a peut-être rendue plus nécessaire encore.

Ahmed Ould Bettar

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