Maintenir la ligne du dialogue

Maintenir la ligne du dialogue
Aprés la remise par le coordinateur du Dialogue de la derniere mouture de la feuile de route aux pôles politiques participationnistes pour marquer le demarrage du processus, nous assistons à une montée en puissance des forces politiques hostiles, pour des raisons diverses, à la réalisation de cette aspiration profonde du peuple mauritanien.
Cette poussée s’est transformée, ces derniers jours, en une véritable vague de défiance, portée par la convergence objective de partis et de mouvements issus d’horizons idéologiques et politiques très différents, animés sans doute par des intentions variées, mais désormais unis autour d’un seul mot d’ordre : « Pas de dialogue, pas de réformes ! ».
Dans cette offensive, les forces opposées à l’unité nationale et à un règlement responsable des questions qui divisent la nation mènent la charge, en particulier en instrumentalisant des sujets sensibles, tels que l’officialisation des langues, la lutte contre les discriminations, ou encore le dossier du passif humanitaire, en jouant sur les peurs et en maîtrisant l’art du déni, des contrevérités et de la manipulation des opinions.
La tactique privilégiée par ces forces consiste, dans un premier temps, à disqualifier, par tous les moyens, l’idée même du dialogue.
Cette entreprise de disqualification s’articule autour de trois axes.
Le premier consiste à s’en prendre à la crédibilité de l’appel au dialogue, en soutenant qu’il ne saurait être recevable dès lors qu’il émane d’un Président de la République qu’ils ont choisi de vouer aux gémonies. Cette posture est notamment celle des partisans les plus en vue de l’ancien Président et de leurs alliés, dont la ligne politique repose sur le rejet systématique de toute initiative susceptible d’apaiser le climat national.
Le second axe, plus insidieux, vise à empoisonner le débat par une diversion soigneusement construite : mettre au centre de la scène une thématique qu’ils savent explosive et inacceptable, et que personne — en dehors d’eux-mêmes — n’a pourtant jamais sérieusement introduite dans les discussions, à savoir l’hypothèse d’une révision constitutionnelle destinée à ouvrir la voie à un troisième mandat du Chef de l’État.
Un troisième axe, tout aussi préoccupant, consiste à insinuer — voire à marteler — les risques de dérapage et de crise identitaire prétendument inhérents à tout débat relatif à deux questions pourtant essentielles : d’une part, la nécessité d’une officialisation décomplexée, unitaire et apaisée des langues nationales négro-africaines ; d’autre part, la recherche d’une solution consensuelle, définitive et désormais à portée de main, au dossier du passif humanitaire.
Cet axe est en réalité central dans la stratégie de sabotage. Il vise à réinstaller la peur, à faire croire que le simple fait d’aborder ces sujets constituerait en soi une menace pour la cohésion nationale, alors même que c’est précisément leur maintien artificiel dans le registre du tabou qui, depuis des décennies, alimente les frustrations, les incompréhensions et les fractures.
Plus grave encore, cette entreprise s’accompagne désormais d’une escalade verbale inacceptable : certains n’hésitent plus à interpeller le Président de la République sur un ton comminatoire, en proférant à son égard des menaces à peine voilées, pour avoir osé démystifier ces sujets indûment tabous et pour avoir choisi de les inscrire, enfin, dans le champ normal du débat national.
Il faut le dire avec force : il ne s’agit plus ici d’un désaccord politique classique, ni même d’une critique légitime. Il s’agit d’une tentative d’intimidation, d’une volonté délibérée de faire reculer l’État et d’imposer, par la pression et la peur, la loi du silence sur des dossiers qui engagent la justice, la dignité et l’unité nationale.
Ces menaces, quelles qu’en soient les formes, sont inacceptables et dangereuses . Elles constituent une mise en danger du climat de stabilité et un appel implicite à la confrontation de type chaotique. Elles révèlent surtout une stratégie claire : prendre en otage la cohésion nationale en faisant croire que toute discussion sur l’unité nationale, les langues nationales, la lutte contre les discriminations ou sur le passif humanitaire conduirait mécaniquement au chaos et même pourrait justifier un coup de force.
Or, la vérité est exactement inverse : ce n’est pas le débat qui menace l’unité, c’est le tabou ; ce n’est pas la recherche de solutions qui fragilise la nation, c’est l’entretien organisé des frustrations ; ce n’est pas la parole responsable qui divise, c’est la manipulation et l’instrumentalisation des peurs.
Face à cette stratégie de sabotage et d’intimidation, il est impératif de réaffirmer une évidence : le dialogue national n’est ni une concession faite à qui que ce soit, ni une manœuvre politicienne, mais une nécessité républicaine, une exigence de stabilité durable et une condition du progrès économique et social.
Les questions liées aux langues nationales, à la lutte contre les discriminations et au passif humanitaire ne doivent plus être traitées comme des sujets interdits ou comme des prétextes à la surenchère. Elles doivent être abordées avec responsabilité, dans un cadre serein, institutionnel et respectueux, afin de parvenir à des solutions justes, consensuelles et définitives. Il faut reconnaître que le Président de la République semble clairement s’y atteler comme on l’a vu notamment lors de ses récents déplacements à l’intérieur du pays. Et c’est ce qui dérange les milieux obscurantistes hostiles aux réformes et à l’unité nationale, au progrès social et au véritable développement économique inclusif.
Aucun acteur politique ne peut prétendre aimer ce pays tout en cherchant à empêcher qu’il se parle, qu’il se réconcilie avec lui-même, et qu’il règle enfin, par la voie pacifique et démocratique, ce qui divise encore sa conscience nationale.
Il appartient dès lors à toutes les forces patriotiques, quelles que soient leurs sensibilités, leur obédience ou leur passé, de refuser la logique du blocage, d’isoler les saboteurs et de défendre, sans faiblesse, le principe même du dialogue, qui demeure aujourd’hui la voie la plus sûre vers l’unité nationale, la justice et la stabilité.
Le Dialogue national n’est pas une option : il est une nécessité vitale. Il suffit de nous regarder en face et d’observer ce qui se passe autour de nous et dans le reste du monde.
La Mauritanie ne peut plus se permettre le luxe du tabou, de la peur et du blocage organisé.
Ceux qui refusent le dialogue ne défendent pas la nation : ils défendent leurs intérêts, leurs calculs et leurs rancunes.
Le moment est venu de choisir : la division ou l’unité, le silence ou la vérité, le blocage ou la République.
Gourmo Lô, 19 février 2026



