Discours du Dr Houssein Meddou à l’UNESCO à Paris (Février 2026) : La Mauritanie défend la diversité culturelle et la Convention de 2005
À Paris, le ministre Dr Houssein Meddou réaffirme l’engagement de la Mauritanie pour la diversité culturelle et la mise en œuvre de la Convention UNESCO 2005.
À Paris, devant le Comité intergouvernemental de la Convention de 2005 de l’UNESCO, le Dr Houssein Meddou a réaffirmé, du 17 au 20 février 2026, l’engagement résolu de la Mauritanie en faveur d’une diversité culturelle gouvernable, équitable et adaptée aux mutations numériques. Portant la vision du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, il a plaidé pour un traitement préférentiel effectif au bénéfice des pays en développement et pour un environnement culturel international plus juste, ouvert et coopératif.
Discours de SE le Ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, Porte-parole du Gouvernement Dr Houssein Meddou
Paris du 17 au 20 Février 2026
Février 2026
Monsieur le Président,
بسم الله الرحمن الرحيم والصلاة والسلام على نبيه الكريم،
Monsieur le Directeur général, Mesdames et Messieurs les Ministres, Excellences,
Mesdames et Messieurs, Permettez-moi, en ouverture, de rappeler que la force de la Convention de 2005 ne réside pas dans la proclamation d’une évidence — celle de la diversité — mais dans sa capacité à rendre cette diversité gouvernable : par des politiques publiques, par des mécanismes de coopération, et par des choix collectifs aptes à corriger les déséquilibres qui s’installent, parfois silencieusement, au détriment des créateurs et des cultures.
À cet égard, notre session se tient à un moment où deux réalités s’imposent avec une acuité particulière : d’une part, l’exigence que la circulation internationale des œuvres bénéficie effectivement aux pays en développement ; d’autre part, le fait que l’environnement numérique recompose, à grande vitesse, les conditions de visibilité, de diffusion et de valeur des expressions culturelles. La Mauritanie aborde ces enjeux avec un esprit de responsabilité, et avec une conviction simple : la diversité n’est réelle que lorsqu’elle est accessible, découvrable et soutenue de manière équitable.
Dans notre pays, cette conviction s’inscrit dans la vision impulsée par Son Excellence le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, à travers son programme « Mon ambition pour la patrie », qui fait de la diversité culturelle, linguistique et artistique une richesse stratégique, une source de cohésion et un levier de développement. Cette orientation a permis des avancées tangibles, y compris sur le plan international, avec des reconnaissances récentes qui honorent notre mémoire et notre créativité : l’inscription de la Mahadra, l’épopée de Samba Gueladio, ainsi que la mise en valeur de la langue soninké comme langue transfrontalière, expression vivante d’une histoire d’échanges et de continuités humaines. Cette trajectoire a renforcé la confiance envers notre engagement multilatéral, et a consacré la place de la Mauritanie au sein des instances pertinentes, dont le présent Comité intergouvernemental.
Sur le plan national, la diversité linguistique n’est pas un slogan : elle se traduit en dispositifs concrets. Conformément à la nouvelle loi d’orientation, des dizaines de salles de classe dédiées à l’enseignement des langues nationales ont été ouvertes. Dans le même esprit d’accès aux droits, des dizaines de traducteurs en langues nationales ont été recrutés au profit de la justice, afin de la rendre plus accessible aux justiciables. Pour la première fois, des stations de radio dédiées aux langues
nationales ont été mises en place, et l’Agence Mauritanienne d’Information, principale source nationale d’information, a déployé une plateforme d’actualités en langues nationales. Dans cette dynamique, notre pays a également institué une Journée nationale de la diversité culturelle, qui sera célébrée la première fois ce 1er Mars sur l’ensemble du territoire, afin de consolider l’unité dans la diversité et d’ancrer la pluralité culturelle et linguistique dans la vie publique. L’objectif est clair
: faire de la diversité un facteur d’inclusion, et non un motif de distance.
La diversité artistique et créative suit cette même logique : structurer, professionnaliser, protéger, et offrir des perspectives. La création de l’Institut National des Arts, l’instauration du Prix du Président de la République pour les Beaux-Arts, l’adoption du décret portant statut des professionnels de l’art, ainsi que la mise en place d’un Conseil des professionnels de l’art, s’inscrivent dans une stratégie cohérente. Ce Conseil procédera, dès cette année, à la délivrance de la carte professionnelle d’artiste, dans le cadre d’un plan d’action ambitieux visant à améliorer les conditions des praticiens, renforcer la formation et élever la qualité de la production. Dans le même esprit, la Mauritanie a organisé, pour la première fois, un Festival de la musique, ainsi qu’un Salon international du livre à Nouakchott, comme cadres structurants de promotion de la création, de diffusion des œuvres et d’élargissement des publics.
Cette dynamique ne peut être durable sans infrastructures. C’est pourquoi nous portons un projet structurant de Cité culturelle à Nouakchott, qui abritera, entre autres, un Palais de la Culture, un village patrimonial, des théâtres de plein air et des espaces scéniques, afin d’offrir un cadre national fédérateur de création, de diffusion et de rencontre.
Dans le même mouvement, nous généraliserons les espaces audiovisuels multilingues dans les capitales des wilayas de l’intérieur, et nous avons entamé la généralisation des musées dans les capitales régionales et dans les villes historiques, pour rapprocher la culture des citoyens, partout sur le territoire.
La Mauritanie entend, parallèlement, renforcer la valorisation de son patrimoine naturel et culturel. Le Parc national du Banc d’Arguin, inscrit au patrimoine mondial, vient de célébrer son cinquantenaire par une « marche bleue » en faveur de la préservation des océans. Ce lieu exceptionnel n’est pas seulement un sanctuaire de biodiversité : il est aussi un espace où se rencontrent, depuis des siècles, les routes du Sahara et les horizons de l’Atlantique. Il demeure, dans notre mémoire historique, porteur de la trace d’un épisode qui a marqué l’imaginaire universel : celui de la Méduse, dont le drame est devenu un symbole mondial — preuve que les lieux, parfois, relient la nature, l’histoire et la culture au-delà des frontières.
Notre patrimoine non classé n’est pas oublié. Le Guelb Er Richat, Azougui — où les fouilles scientifiques ont été relancées —, et bientôt Aoudaghost et Koumbi Saleh, constituent des repères majeurs. Leur valeur n’est pas seulement archéologique : ils témoignent d’une profondeur historique où la diversité et la cohésion ne sont pas une invention récente, mais une réalité historique.
À cette politique de sauvegarde s’ajoute une diplomatie culturelle assumée, qui a déjà permis l’acquisition et la valorisation d’un tableau rare de Géricault lié à la Mauritanie. Elle se poursuit par le rapatriement, depuis l’Égypte, de la bibliothèque du grand érudit Mohamed Mahmoud Ould Tlamid. Elle s’exprime également dans notre démarche de candidature au programme « Mémoire du monde » autour de l’ouvrage de l’Imam al-Hadrami, « Al-Ishâra vi tadbir al-imâra » — l’un des tout premiers guides politiques et administratifs connus — dont la valeur dépasse le seul patrimoine national : c’est une pièce de pensée et de mémoire pour l’histoire intellectuelle du monde.
Dans le même esprit, et dans le cadre du Festival des Cités du Patrimoine, dont le rayonnement a été renforcé par la composante développement, par la mise en valeur accrue de la dimension culturelle et par l’introduction d’une véritable composante scientifique, nous avons eu l’honneur d’accueillir à Ouadane Monsieur Miguel Ángel Moratinos, Sous-Secrétaire général des Nations Unies et Haut Représentant pour l’Alliance des civilisations, qui a lancé une initiative sur les « voies des caravanes ». Nous l’avons adoptée comme cadre de mise en récit, de coopération et de valorisation de notre héritage de carrefour.
Mesdames et Messieurs,
Ces efforts nationaux donnent un sens très concret à nos priorités dans cette enceinte. Nous souhaitons que le traitement préférentiel prévu par la Convention se traduise, dans la pratique, par des facilités effectives de mobilité et de circulation des œuvres : coproductions, résidences, diffusion, distribution, accès aux marchés, et mécanismes financiers réellement accessibles aux acteurs des pays en développement.
De même, nous souhaitons que l’environnement numérique devienne un espace où la diversité est à la fois visible et viable : découvrabilité des contenus, transparence des logiques de mise en avant, renforcement des capacités de production et de diffusion, et conditions plus justes de rémunération des créateurs. La transition numérique, si elle n’est pas accompagnée, risque d’uniformiser les imaginaires ; si elle est régulée avec intelligence, elle peut, au contraire, multiplier les voix.
Conformément aux orientations de Son Excellence le Président de la République,
Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, le Gouvernement met en œuvre
cette vision avec constance, sous la conduite de Son Excellence le Premier Ministre, Monsieur Mokhtar Ould Diay.
Nous souhaitons que les travaux de cette session se traduisent par des orientations opérationnelles, propres à renforcer la mise en œuvre effective de la Convention de 2005, à consolider la coopération entre les États Parties et à promouvoir un environnement culturel international fondé sur l’ouverture, le respect mutuel et l’intérêt partagé. La Mauritanie réaffirme sa pleine disponibilité pour contribuer, aux côtés de l’UNESCO et de l’ensemble des États Parties, à des décisions pragmatiques, équilibrées et effectivement applicables, au service d’un monde plus ouvert, plus juste et plus créatif.
Je vous remercie.



