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La question foncière : bref aperçu sur certains aspects saillants de la crise actuelle.

Me Gourmo Abdoul Lô analyse la question foncière en Mauritanie, ses origines dans l’ordonnance de 1983 et les dérives ayant fragilisé la cohésion nationale.

Premier vice-président de l’UFP, Me Gourmo Abdoul Lô livre une lecture historique et politique de la question foncière en Mauritanie. Revenant sur l’esprit initial de l’ordonnance de 1983 adoptée sous le régime du Colonel Mohamed Khouna Ould Haïdalla, il souligne le décalage profond entre l’ambition de justice sociale qui animait la réforme et les pratiques administratives ultérieures, marquées par la spéculation, la captation et la montée des tensions identitaires. Une analyse qui replace la question foncière au cœur des enjeux de cohésion nationale.
Me Gourmo Abdoul Lô analyse la question foncière en Mauritanie, ses origines dans l’ordonnance de 1983 et les dérives ayant fragilisé la cohésion nationale.

LA QUESTION FONCIERE: BREF APERÇU SUR CERTAINS ASPECTS SAILLANTS DE LA CRISE ACTUELLE.

L’ordonnance foncière de 1983 a été adoptée dans un contexte politique et social particulier, marqué par une instabilité politique du régime militaire et une contestation forte de l’ordre économique et social traditionnel, notamment en milieu rural. Cet ordre reposait souvent sur un enchevêtrement de pratiques relevant à la fois du féodalisme et de l’esclavagisme, surtout au sein des trois principales communautés ethnolinguistiques du pays (arabe, pulaar et soninké), les olofs étant plutôt épargnés chez nous. À cette époque, les milieux progressistes, notamment le MND et El Hor, portaient un discours de rupture, influençant sensiblement une partie du régime militaire, en particulier autour du Président du CMSN, le Colonel Mohamed Khouna Ould Haïdalla, un patriote sincère, homme de foi, de courage et de décision.
Dans ce cadre, l’ordonnance de 1983 apparaît comme une réponse politique à une revendication centrale : élargir l’accès à la terre et redistribuer le foncier au profit des catégories sociales historiquement exclues de toute propriété foncière. Il ne s’agissait nullement, dans l’esprit de cette réforme, de transformer le régime traditionnel antérieur en un nouveau régime d’expropriation des populations locales au profit de nouvelles catégories dominantes installées au sein de l’État ou proches des autorités. La réforme visait la justice sociale, non la substitution d’une domination à une autre.
Or, le nouveau régime foncier fera rapidement l’objet d’une réinterprétation erronée et intéressée. La terre agricole deviendra progressivement un objet de spéculation et de constitution de patrimoines privés, au bénéfice d’hommes d’affaires, d’administrateurs ou d’acteurs disposant de relais au sein des autorités centrales et locales. Des zones agricoles traditionnelles, temporairement délaissées par les populations de la Vallée pour cause de sécheresse, d’absence de moyens modernes de mise en valeur, ou du fait des déplacements forcés liés aux événements de 1989-1990, ont été requalifiées en “terres mortes”, puis attribuées à des tiers.
Un autre effet pervers majeur de cette dérive réside dans la négation des usages collectifs non agricoles. L’administration a trop souvent refusé d’incorporer, parmi les terres collectives traditionnelles, les zones de passage du bétail autour ou le long des villages, pourtant vitales pour l’équilibre économique et social du monde rural. Ces espaces, traités comme des réserves foncières “disponibles”, ont parfois été attribués à des citoyens allochtones, au mépris des réalités pastorales. Il en est résulté des conflits graves et récurrents entre villageois et bénéficiaires de titres délivrés sans enquête sérieuse.
Ainsi est née la crise foncière, aggravée par une dimension identitaire de plus en plus marquée. La question foncière n’est plus seulement une question de droit ou de développement : elle est devenue un enjeu de cohésion nationale. Le décalage entre l’esprit initial de la réforme – fondé sur la justice sociale – et les pratiques administratives ultérieures – marquées par la captation et la spéculation – a nourri les tensions intercommunautaires et fragilisé durablement la confiance.
Je reviendrai de manière un peu plus détaillée sur le sujet, dans un prochain post.
Gourmo Abdoul Lô, 15 février 2026
Premier vice-président de l’UFP

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