Réponse à la tribune de Maître Gourmo Abdoul Lô

Réponse à Maître Gourmo Abdoul Lô
Maître Gourmo Abdoul Lô,
En lisant votre article éminemment politique intitulé « Quand le cynisme devient le meilleur atout de l’État profond », on ne peut qu’être d’accord avec vous à propos des méfaits du cynisme (tout comme, d’ailleurs, de l’optimisme béat, soit dit en passant), ainsi que de ceux de « l’État profond ».
D’un point de vue « pratique », après la lecture de votre article, la question qui m’est venue à l’esprit pourrait être énoncée de la manière suivante : que pourrait alors faire immédiatement le Pouvoir, après ce discours, pour montrer sa bonne volonté, renforcer l’espoir (et donc bénéficier du soutien populaire), atténuer l’impact du cynisme et réduire la marge de manœuvre de ce que vous appelez « l’État profond » ?
De notre modeste point de vue, en se fondant sur votre analyse du mode d’action de l’État profond, le Pouvoir devrait commencer par un nombre restreint d’actions fortes, simples à mettre en pratique, dont les résultats seraient visibles à très court terme et simples à quantifier, et qui touchent un ou des sujets majeurs concernant les citoyens.
Le premier sujet qui, de notre point de vue, répondrait à ces critères, parce qu’il est d’une part au carrefour de presque tous les sujets majeurs qui se posent à notre pays citoyenneté, éducation, planification (économique, urbaine, sanitaire…), résolution du problème du génocide dit « passif humanitaire », lutte contre l’esclavage et ses séquelles, lutte contre le racisme et les discriminations, cohésion sociale , et d’autre part parce qu’il est relativement simple à résoudre, avec des résultats facilement quantifiables, et enfin parce que l’État profond pourrait difficilement « vider la mesure de sa substance » tant elle est simple et le résultat binaire.
Ce sujet qui réunirait tous ces critères, c’est celui de l’état civil.
En effet, est-il possible :
– de résoudre efficacement le problème de l’éducation sans résoudre le problème de l’état civil, qui jette chaque année les enfants mauritaniens sans papiers hors de l’école à partir du CM2 ? Non.
– de résoudre celui de l’esclavage et/ou de ses séquelles, d’émanciper réellement qui que ce soit sans lui octroyer une pièce d’état civil ? Non.
– d’améliorer le jeu démocratique en excluant du vote une portion considérable de la population ? Non.
– de rétablir dans leurs droits les déportés sans leur octroyer des pièces d’état civil ? Non.
– de résoudre le dossier du génocide dit « passif humanitaire » ? Non.
– de résoudre la mal gouvernance ? Non.
– de résoudre la planification ? Non.
– de résoudre la décentralisation ? Non.
– de résoudre la citoyenneté, dont la première matérialisation formelle est une pièce d’identité ? Non.
– de résoudre le vivre-ensemble ? Non.
– de résoudre la justice ? Non.
– de résoudre le foncier ? Non.
La réponse est la même pour chacun des points de cette liste non exhaustive…
Et ce problème de l’état civil est relativement simple à résoudre si le minimum de volonté politique y est.
En effet, si l’on schématisait par un petit calcul de « cp gnebel », on pourrait par exemple dire qu’en « recrutant » 1000 chômeurs ou étudiants (à travers tout le pays et en fonction des besoins réels de nos communes) pour une durée de 3 mois, en renfort dans les centres d’enrôlement, chacun d’eux traitant simplement 7 dossiers par jour, du lundi au vendredi, pendant 3 mois, plus de 400 000 dossiers pourraient être traités à travers tout le pays. Cela nécessite bien sûr de faire confiance aux témoignages des maires, des imams, des chefs de villages, etc.
Mais si leurs témoignages n’ont pas de valeur pour ce sujet, inutile d’en donner à leurs témoignages sur d’autres sujets
(si l’État ne leur fait pas confiance sur ce sujet, il n’y a pas de raison de leur faire confiance sur d’autres sujets comme le recensement du foncier, par exemple, etc.).
Une fois cette preuve simple, majeure et irréfutable de la bonne foi du Pouvoir fournie, qui pourrait contester le bien-fondé des discours du Président ?! Pas moi, en tout cas.
Mais en l’absence d’actes concrets, tangibles et significatifs, dans un délai relativement court après le discours de Kaédi (qui vient après ceux de Djowol, Tichitt, Ouadane…), il ne paraîtrait pas déraisonnable, ni cynique, de penser que le Pouvoir cherche à gagner du temps avec les discours, pendant qu’il continue, par les actes, dans la même direction, sans changement d’orientation, de qhibla politique.
T.O.B.
Le 10/02/2026 – 22/06/1447



