
Dans notre République, les déplacements du président de la République constituent des moments importants de la vie nationale, car ils permettent de mettre en lumière les réalités du terrain, d’écouter les populations et de rappeler la présence de l’État sur l’ensemble du territoire.
Ces visites officielles doivent toutefois s’inscrire dans un principe fondamental : la continuité de l’action publique et de la vie économique, en tout point du pays, en tout temps.
Or, il est de plus en plus constaté que, lors de ces déplacements, une grande partie des responsables administratifs, des cadres publics et de certains acteurs économiques quittent la capitale pour rejoindre la région visitée, laissant l’activité à Nouakchott fortement ralentie, voire temporairement paralysée.
Cette situation soulève une question de fond : peut-on concevoir un État moderne et efficace dont le fonctionnement dépendrait, même provisoirement, de la présence physique des mêmes personnes aux côtés du Chef de l’État, plutôt que de la solidité de ses institutions et de l’engagement quotidien de ses serviteurs ?
Le rôle du président et la responsabilité des institutions.
Le président de la République incarne l’unité de la Nation et la permanence de l’État.
Sa parole, ses déplacements et ses décisions ont une portée symbolique et politique majeure. Cependant, si le Chef de l’État est le premier garant des institutions, il n’est pas, et ne doit pas être, le seul moteur de la vie nationale.
Un État solide repose sur des administrations structurées, des procédures claires, des responsabilités bien définies et des femmes et des hommes qui assument pleinement leurs fonctions, en tout lieu.
Accompagner le président lors d’une visite officielle peut être légitime lorsqu’il s’agit de présenter des projets, de signer des accords ou de répondre à des enjeux locaux précis. Mais transformer chaque déplacement en déplacement massif de cadres, de responsables et de « délégations d’applaudisseurs » ne correspond ni à l’esprit de la République, ni aux exigences d’une gestion rigoureuse des affaires publiques.
La présence au terrain ne doit jamais se traduire par l’absence à son poste.
La nécessité de garantir la continuité administrative et économique.
La vie administrative et économique d’un pays ne peut, en aucun cas, s’arrêter au rythme des déplacements officiels.
Lorsque les bureaux se vident, que les signatures sont retardées, que les décisions sont ajournées et que les entreprises ne trouvent plus d’interlocuteurs publics, c’est la confiance des citoyens et des investisseurs qui s’érode.
Dans un contexte où chaque jour compte pour l’emploi, l’investissement et le développement, une telle situation n’est ni acceptable ni soutenable.
Il importe donc de rappeler un principe simple : servir l’État, c’est d’abord assurer une présence effective et responsable là où le devoir appelle.
Le véritable soutien au président de la République ne consiste pas à se montrer sur les images et dans les cortèges, mais à garantir que, pendant qu’il porte la voix de la Nation dans une région donnée, l’administration reste pleinement opérationnelle à Nouakchott et dans toutes les autres wilayas.
Pour une culture de responsabilité et de sobriété institutionnelleIl appartient à l’ensemble des responsables publics – ministres, hauts fonctionnaires, directeurs d’administrations, élus locaux – de donner l’exemple en privilégiant une culture de responsabilité et de sobriété institutionnelle.
Cela implique de limiter les déplacements non indispensables, d’éviter les cortèges pléthoriques et de veiller à ce que chaque administration maintienne un niveau de fonctionnement normal, voire renforcé, lors des visites présidentielles.Une telle évolution suppose également une prise de conscience collective : l’État n’est pas un spectacle, c’est un service.
Son autorité et sa dignité ne tiennent pas à l’ampleur des foules rassemblées lors des cérémonies, mais à la capacité de ses institutions à répondre, chaque jour, aux besoins concrets des citoyens, qu’il s’agisse de délivrer un document, de régler un litige, d’accompagner une entreprise ou de soutenir une initiative locale.
Appel au sens de l’État et à la maturité citoyenne.
Cet appel s’adresse à la fois aux responsables publics et à l’ensemble des citoyens.
Aux responsables, il rappelle que leur première loyauté envers le président de la République et envers la Nation consiste à assumer leurs missions avec sérieux, discrétion et constance, plutôt qu’à rechercher systématiquement la proximité des caméras et des tribunes.
Aux citoyens, il rappelle que la véritable grandeur d’un pays se mesure à la solidité de son administration, à la fiabilité de ses services et à la continuité de sa vie économique, et non à la seule ferveur des foules lors des visites officielles.Redonner tout son sens au service de l’État, c’est accepter que chaque poste, chaque bureau, chaque entreprise est un maillon essentiel de la chaîne nationale.
Pendant que le président de la République se rend auprès des populations pour écouter, encourager et orienter, il est du devoir de chacun de veiller à ce que la machine de l’État continue de fonctionner avec rigueur, dignité et efficacité.
C’est à ce prix que la Mauritanie pourra consolider ses institutions, renforcer la confiance et préparer, avec sérénité, son avenir.
Abdoulaziz DEME
Observateur de la vie politique en Mauritanie
Le 05 février 2026



