Entre discours et réalités : ce que disent les chiffres de l’action publique en Mauritanie
Face aux critiques parlementaires, analyse factuelle des politiques publiques en Mauritanie à travers les chiffres, la DPG et les données officielles.

Entre discours et réalités : les chiffres face aux critiques parlementaires
Par-delà les critiques exprimées à l’Assemblée nationale, l’examen des données officielles permet de mesurer, au-delà des perceptions, la portée réelle des politiques publiques engagées.
Lors du débat parlementaire consacré à la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre Mokhtar Ould Diay, le député Mohamed Bouya Ould Cheikh Mohamed Fadel a mis en cause ce qu’il considère comme un « décalage entre le discours officiel et la réalité vécue par les citoyens ». Une critique politique classique, mais qui mérite d’être confrontée aux faits, aux chiffres et aux engagements formellement actés par l’État mauritanien.
Car au-delà des formules et des postures, la DPG – document programmatique engageant la responsabilité du gouvernement – s’appuie sur des actions planifiées, des réalisations déjà exécutées et des projets en cours, financés en grande partie dans le cadre de partenariats internationaux vérifiables.
Un État en reconstruction budgétaire et institutionnelle
Contrairement à l’idée d’un immobilisme institutionnel, les finances publiques ont connu, ces dernières années, une réorientation progressive vers la soutenabilité et la transparence. Selon les données du ministère des Finances, la pression de la dette publique a été stabilisée autour de 45 % du PIB, contre des niveaux plus élevés observés lors de la décennie précédente, tandis que les arriérés intérieurs ont été significativement réduits.
La réforme de la gestion des finances publiques, menée avec l’appui de la Banque mondiale et du FMI, a permis :
- la généralisation du budget-programme,
- le renforcement du contrôle a priori et a posteriori des dépenses,
- l’opérationnalisation progressive de la Cour des comptes, désormais plus visible dans l’espace public.
Des investissements tangibles dans les services sociaux
Sur le terrain social, souvent au cœur des critiques, les chiffres témoignent d’un effort budgétaire soutenu.
Dans le secteur de la santé :
- plus de 200 structures sanitaires ont été construites ou réhabilitées depuis 2020,
- le budget de la santé a dépassé 10 % du budget général de l’État, un seuil rarement atteint auparavant,
- la couverture sanitaire de base a été élargie à plusieurs centaines de milliers de citoyens vulnérables dans le cadre du programme Taazour.
Dans l’éducation :
- plus de 1 500 salles de classe ont été construites ou réhabilitées,
- des milliers d’enseignants ont été recrutés ou intégrés,
- les cantines scolaires couvrent aujourd’hui une part significative des zones rurales, réduisant l’abandon scolaire.
Ces investissements sont cofinancés par des partenaires comme la Banque mondiale, l’UNICEF, l’AFD et la Banque islamique de développement, dont les mécanismes de suivi excluent, par définition, l’opacité généralisée souvent évoquée.
Infrastructures : une dynamique mesurable
En matière d’infrastructures, les réalisations sont également quantifiables :
- plus de 1 000 km de routes bitumées réalisés ou en cours de réalisation,
- l’extension du port de Nouakchott et la modernisation de corridors stratégiques,
- des projets énergétiques structurants, notamment dans le solaire et le gaz, avec l’objectif d’atteindre un mix énergétique majoritairement renouvelable à moyen terme.
Ces projets ne relèvent pas de simples annonces, mais de contrats signés, financés et suivis par des bailleurs internationaux.
Dialogue politique et rupture avec les cycles du passé
Le député a également évoqué l’histoire politique tourmentée du pays, marquée par des ruptures institutionnelles et des crises de gouvernance. Un constat largement partagé. Mais la lecture du présent ne peut se limiter à l’énumération des échecs passés.
Le dialogue politique prôné par le gouvernement ne se veut pas une amnésie historique, mais une tentative de rompre avec les cycles de revanche, d’exclusion et de personnalisation du pouvoir. Pour la première fois depuis l’indépendance, un ancien président a été jugé par la justice, dans un cadre institutionnel, sans effondrement de l’État ni règlements de comptes extra-judiciaires – un précédent majeur dans la région.
Corruption : des mécanismes, pas des slogans
La corruption demeure un défi réel, reconnu par les autorités elles-mêmes. Mais là encore, des mécanismes ont été mis en place :
- renforcement de l’Inspection générale de l’État,
- audits sectoriels réguliers,
- obligation de déclaration de patrimoine pour certains responsables,
- numérisation croissante des procédures administratives pour réduire les zones grises.
Ces outils ne suffisent pas à eux seuls, mais ils marquent une rupture avec une époque où la corruption n’était ni nommée ni combattue.
Entre critique politique et responsabilité collective
La critique parlementaire est légitime et nécessaire dans une démocratie. Mais elle gagne en crédibilité lorsqu’elle s’appuie sur une analyse rigoureuse des politiques publiques plutôt que sur une généralisation du désenchantement.
La Mauritanie reste confrontée à des défis structurels profonds : pauvreté, inégalités territoriales, chômage des jeunes. Nul ne le conteste. Mais affirmer que les milliards investis « n’ont eu aucun impact tangible » revient à ignorer des indicateurs sociaux, budgétaires et infrastructurels aujourd’hui mesurables et documentés.
Entre le discours et la réalité, il existe certes un écart. Mais il existe aussi, désormais, des chiffres, des projets et des institutions qui témoignent d’un État en transition, encore imparfait, mais en mouvement.
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